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Billet de blog 28 juin 2022

Piétiner le droit à l’IVG, c’est nier les droits fondamentaux

Aujourd’hui, nous assistons avec effroi à un nouveau recul net des droits des femmes et des filles à disposer de leur corps. Ce recul ne concerne pas seulement les femmes américaines, il nous touche toutes et tous. Il nous renvoie à une condition d’objets, dont le corps est réglementé par des décisions arbitraires, émanant notamment d’hommes au pouvoir.

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Piétiner le droit à l’IVG, c’est nier les droits fondamentaux des femmes et les droits humains

Paris, le 28/06/2022 – Le 24 juin 2022 demeurera un jour funeste pour les droits des femmes américaines et du monde entier. La décision de la Cour suprême d’annuler  l'arrêt Roe v. Wade signe la fin du droit à l’interruption volontaire de grossesse (IVG)  aux États-Unis. Elle laisse les États fédéraux légiférer librement pour l’interdire ou non. Au moment où nous écrivons ces lignes, huit États américains ont déjà aboli le droit  à l’IVG. Plusieurs autres pourraient suivre.

L'interdiction de l'IVG ne réduit pas le nombre d'avortements, mais les rend moins sûrs pour la santé des femmes. C’est documenté. Dans le monde, plus de 60 % des grossesses non intentionnelles aboutissent à un avortement, qu’il soit médicalisé ou non, légal ou illégal (Bearak et al., 2020). 45 % des avortements sont pratiqués dans des conditions dangereuses, ce qui en fait une des principales causes de décès maternels (UNFPA, 2022). 

Cette décision vient piétiner des années d’avancées pour la protection de la santé des femmes, de leur droit à disposer librement de leur corps et à décider de leur destin. Elle aura des conséquences catastrophiques sur les femmes et filles américaines, principalement sur les plus vulnérables et précaires d’entre elles, y compris les personnes issues des minorités de genre, qui constituent 70 % des personnes qui ont recours à l’IVG aux USA. Si la Californie a déclaré qu’elle continuerait d’accompagner les femmes qui souhaitent avorter - ce qui est à saluer -, qui aura les moyens venant d’autres États pour s’y déplacer et payer les soins concernés ? Cette décision obligera nombre de femmes à poursuivre des grossesses non désirées ou à chercher à avorter dans la clandestinité au risque de leur vie. Elle aura des répercussions déplorables sur leur éducation, leur autonomie financière, et tout simplement sur leurs projets de vie. Elle renforcera également la stigmatisation des femmes et des filles qui souhaitent avorter en les exposant, en plus des sanctions juridiques, au harcèlement et à la discrimination. 

Aujourd’hui, nous assistons avec effroi à un nouveau recul net des droits des femmes et des filles à disposer de leur corps. Ce recul ne concerne pas seulement les femmes américaines, il nous touche toutes et tous. Il nous renvoie à une condition d’objets, dont le corps est réglementé par des décisions arbitraires, émanant notamment d’hommes au pouvoir. 

Nous nous étions réjouis des avancées positives en Europe et en Amérique latine. En 2018, l’Irlande et en 2020 l’Argentine ont enfin rendu légal l’IVG. La Colombie l’a dépénalisée jusqu’à 24 semaines et le Chili l’a introduite dans le nouveau projet de constitution.

Toutefois, les obscurantismes et les pressions des forces réactionnaires, nous ont fait nous soulever contre l’interdiction quasi-totale de l’avortement en Pologne. Ils nous ont alertés sur le danger de baisser la garde et de prendre ce droit comme acquis. La décision américaine pourrait faire tache d’huile et constituer un excellent argument pour les pays qui hésitent encore à légiférer contre l’IVG. 

En Europe et en France, ce droit n’est pas gravé dans le marbre. Il est, au contraire, constamment remis en question et son effectivité est fragile. Il est important de s’intéresser également à la localisation de la production des pilules abortives et de ne pas laisser cette production aux mains de pays qui sont défavorables à l’IVG. 

Le droit à l’avortement comme le droit des femmes à disposer librement de leur corps sont des droits inaliénables et jamais négociables. Pour cela, nous défendons la proposition d’inscrire le droit à l’IVG dans la Constitution française et appelons le gouvernement et les parlementaires français et européens à sanctuariser l’inscription de ce droit dans la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne. Il y a urgence. Les dystopies ne sont hélas pas toujours des fictions. L’état du monde et les incertitudes qui le caractérisent aujourd’hui exigent que les leaders politiques sécurisent les acquis les plus fondamentaux en matière de droits des femmes. 

Nous sommes aux côtés des femmes et des filles américaines qui vont subir de plein fouet les conséquences de cette décision. Nous continuerons à œuvrer sans concession avec les associations françaises, européennes et internationales, pour sanctuariser ce droit humain et défendre les droits et les libertés des femmes partout dans le monde. 

ONU Femmes France

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