Montagne d'Or en Guyane : «Or de Question» répond au sénateur Georges Patient

Le collectif «Or de Question» répond aux propos du sénateur Georges Patient sur la résolution pour l'interdiction du cyanure déposée à l'Assemblée Nationale.

Georges Patient au micro de Alain Jeannin sur Outre-Mer la 1ère

© NORDINE BENSMAIL Georges Patient, sénateur de Guyane © NORDINE BENSMAIL Georges Patient, sénateur de Guyane

La visite en Guyane du co-fondateur de Mediapart, Edwy Plenel, nous a permis de réfléchir utilement sur la notion de transparence et d'investigation de l’information transmise par nos médias locaux. Malgré tout, l’interview récente du parlementaire Georges Patient est un « cas d'école », tant les imprécisions et les inexactitudes sont nombreuses. Or, l'intervieweur Alain Jeannin d'Outre-mer 1ère, aurait dû jouer son rôle de filtre en relativisant la pertinence des arguments avancés !

Tout d’abord, preuve de la méconnaissance du sénateur de la filière aurifère en Guyane, il est absolument faux d’affirmer que les artisans orpailleurs locaux utilisent le cyanure. A ce jour, seul l’industriel Breixa-Auplata l’a testé dans son laboratoire de Rémire, en vue de l’utiliser, à terme, sur le site de St-Elie. Or, ce dernier n’a  toujours pas encore satisfait à toutes les conditions de sécurité et obligations techniques qu’exige l’importation du cyanure en site isolé (cf. port maritime de débarquement, personnels qualifiés, camions, avion et aérodrome à St-Elie aux normes). (1)


Ensuite, Georges Patient confond le cyanure d’hydrogène (HCN, molécule très utile en chimie organique utilisée dans l'industrie cosmétique, les polymères...) avec le cyanure de sodium (NaCN, dont 200 mg suffisent pour tuer instantanément un être humain). Or, c'est bien ce dernier que le député Gabriel Serville propose d’interdire l'utilisation dans sa résolution déposée à l'Assemblée Nationale. Ce cyanure de sodium est utilisé à 75% par l’industrie minière  et la Cie Montagne d’or envisage d’en importer plus de 45000 tonnes sur le sol de Guyane pour son méga-projet minier en Guyane.

Rechercher des préconisations indépendantes et sanitaires auprès du BRGM, n’est pas très judicieux. Cet établissement public « Géologique Minier », à caractère industriel et commercial, a vendu en 2003, plus d'un million d'actions de la Newmont Mining, multinationale minière étasunienne, détenteur de dizaines de milliers d'hectares de permis d'exploration (PEX) à ce jour, en Guyane. Le BRGM a entamé en 2014 un protocole pour l'entrée au capital d'Auplata. L’actuelle directrice du BRGM Guyane est vice présidente de l'organisation « grappe orkidé  » aux côtés des miniers Iamgold, Auplata, Ostorero... Il sera plus pertinent qu’il dirige ses requêtes vers l’Ineris, l’Inserm , le CNRS, ... !

 On n’insistera pas sur cette volonté insensée de vouloir faire croire que l’industrie minière va juguler l’orpaillage illégal… Si ce dernier sera certes repoussé du site minier, les Garimpeiros seront concentrés en périphérie des méga-mines et partout ailleurs dans l’intérieur du pays (Cf les 140 000 illégaux autour de la mine Nordgold en Guinée selon la cellule d’investigation de France-inter)

Enfin, concernant la détermination des écologistes à s’opposer aux Garimpeiros, les propos sont indécents. Contrairement à ses collègues Chantal Berthelot , Gabriel Serville et Antoine Karam, tous trois ayant été très actifs en propositions concrètes sur le sujet dans les hémicycles, le Sénateur Georges Patient n’a jamais pris la parole pour soutenir la lutte contre l'orpaillage illégal. A l’inverse, des fondateurs des Hurleurs de Guyane œuvrent désormais au sein du collectif Or de Question.

A raison, la Terre de Guyane est une terre sacrée pour tous les Guyanais qui devront y faire vivre leurs enfants, en harmonie avec agriculture et pêche raisonnées, élevage durable, foresteries et surtout le tourisme,.. car, comme le soulignait récemment le DGS de la CCIG, Olivier Taoumi, «En Guyane, le tourisme dépasse de très loin l’industrie extractive en valeur ajoutée, c’est là qu’il faut investir ».

Pourquoi interdire le cyanure dans l'industrie est une mesure d'utilité publique ?

En Aout 2018, à l'occasion du Festival Stop Mine Salau (Ariège) un collectif d'associations a proposé au gouvernement et aux hommes politiques candidats aux élections européennes, un moratoire sur l'utilisation du cyanure de sodium dans l'industrie aurifère en Europe.

Ce moratoire en a convaincu plus d'un et vous pouvez retrouver le fil rouge de cette action sur ce lien.

Contrairement à l'activité minière artisanale que nous connaissons en Guyane, l'industrie aurifère génère des quantités pharaoniques.

1 unité produite =  3 millions d’unités de déchets toxiques !

soit près de 4 tonnes de déchets toxiques pour un gramme d'or !

Quel autre produit de manufacture produit autant de déchets ? Pas notre couac, acoupa, crevette, huiles, cosmétiques, rhum, ...

Malgré tout, cette méga-industrie aurifère est rentable pour diverses raisons dont celles que les déchets toxiques ne sont pas taxés ; ces déchets toxiques qui sont de potentiels poisons pour des générations de guyanais, pour des centaines d’années de production agricole en Guyane

Malgré tout, cette méga-industrie est rentable parce que le cyanure, permet de tenir ces dramatiques cadences de rentabilité, rentabilité bigrement enrichissante pour une poignée d'actionnaires russes et canadiens, mais rentabilité probablement mortifère à terme pour la grande majorité des citoyens. 

Le cyanure est donc le nerf de la guerre de ces multinationales prédatrices, ultra-libérales.

En obtenir l’interdiction c’est se prémunir de potentielles et multiples maladies, et autres dysfonctionnements sociétaux ou écologiques, que génère la méga-industrie minière :

  • la contamination au cyanure des fortes pluies liées aux changements climatiques
  • les ruptures de digues de déchets miniers
  • le drainage minier acide. A ce titre, le projet Montagne d'or, c'est 85 tonnes d'or qui partiront avec le consortium russo-canadien mais c'est 200 000 tonnes de 7 métaux lourds et toxiques, dont 12 000 d'arsenic , qui resteront dans les 300 millions de tonnes de déchets miniers, alentours de la fosse 

Interdire définitivement et partout l'utilisation du cyanure est l'espoir que la méga-industrie aurifère, l’une des industries la plus polluante au monde, ne puisse plus envisager de s’installer sur le sol européen.

La France ou l’Europe doivent montrer l’exemple, si ces puissances riches et à la pointe de la technologie, ne prennent pas cette initiative, comment un chef d’Etat d’Afrique pourra un jour oser l’interdire dans son pays  ?

Ne pas autoriser la méga-industrie à utiliser des poisons c’est aussi relever ce défi qui consiste à refuser de servir de caution à ces multinationales qui, sinon, pourront argumenter face aux pays en voie de développement : « Ne soyez pas inquiet pour la santé de vos habitants, nous sommes déjà implantés en Guyane, territoire français, pays des droits de l’homme », avec à la clé, cette contre-vérité que « la France possède la réglementation environnementale la plus stricte »…. ce qui est faux quand on relit les dramatiques épisodes du chlordécone, de l’amiante et du glyphosate…

En savoir plus sur le collectif Or de Question ici

(1) précision apportée le 21/1/2019

Marche collective contre la Montagne d'or - Saint-Laurent-du-Maroni - Guyane Française - Avril 2018 Marche collective contre la Montagne d'or - Saint-Laurent-du-Maroni - Guyane Française - Avril 2018

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.