LETTRE OUVERTE À MICHEL ONFRAY

En réponse au brûlot « GRETA LA SCIENCE » (semaine du 26/07/2019) https://michelonfray.com/interventions-hebdomadaires/greta-la-science

Cher Monsieur Onfray,

Oh, Grand Maistre,

Philosophe parmi les philosophes,

Guide parmi les guides,

 

Vous êtes indéniablement Celui qui donne, qui offre, qui distribue, qui dénonce et fait don de son sang au nom de l’ineffable sens de l’intellect, de la Connaissance, de la Vie et de l’Humain.

Aucun doute n’est possible. Privés de votre si fine analyse du « cyborg post-capitaliste » Thunberg, nous en viendrions toutes et tous à nous perdre dans les génuflexions et les dévotions faites au nouveau veau d’or planétaire, notre nouvelle égérie « pré-pubaire », à l’image du manifestement prévisible « avènement du post-humain ».

Devant votre grandiloquent brûlot, votre incontestable maîtrise des mots et votre incomparable démonstration de l’illégitimité du nouveau fer de lance récupéro-politico-libero-climatique suédois, nous ne pouvons que nous incliner respectueusement et admettre qu’il est plus que temps que cette jeune personne cesse de jouer dans la cour des grands et retourne à l’école pour y terminer LA formation dispensée par les si merveilleux anciens, défenseurs du conservatisme le plus chevronné.

 

Il est assurément plus utile pour notre humanité et notre planète que mademoiselle Thunberg cesse toute action séance tenante afin de réintégrer chaque vendredi que Dieu fait le programme scolaire pensé par l’intelligentsia enseignante et ministérielle.  Enfin, si nous en croyons l’école française et son affligeant travail de sape du libre arbitre et de l’intellect, effectué jour après jour avec la régularité d’une horloge – sans parler de la perte du savoir faire. Elle en sortirait transformée, pour le meilleur sans nul doute.

Il est à espérer que l’enseignement dispensé en Scandinavie et plus spécifiquement en Suède reprenne le pas sur les valeurs ethico-climato-environnementales de l’abjecte damoiselle autiste, sans quoi son « corps neutre et sans âme » serait bien fichu de convaincre que le changement de modèle économique et social aurait des chances d’éviter l’effondrement de notre civilisation et de freiner la sixième extinction.

 

Cher Monsieur Onfray, vous avez mille fois raison. Il s’avère évident que la dernière mouture pseudo-capitalo-intellectuelle de la prétendument « dictature verte » - dangereusement militante toutefois - osant se répandre telle un poison au sein de tous les consortiums gouvernants à travers le monde, se trouve être la malheureuse alternative proposée à titre d’avenir aux jeunes générations.

Libéralisme ou extinction ? Extinction ou libéralisme ? Le choix est cornélien, j’en conviens.

Que de manichéisme immature proposé à la réflexion des grands hommes ! Et devant ce difficile dilemme, d’un complexe à faire vriller les synapses et neurones encore existant - si tant est - il est de la première évidence que mademoiselle Greta cesse de se positionner en donneuse de leçon.

Car quoi, effectivement, par quelle incommensurable manque de respect se permet-elle de croire que lorsqu’elle va grandir - une fois son parcours scolaire terminé bien-sûr – elle va hériter d’un monde broyé par les lobbies et la finance, freiné dans son évolution par les réactionnaires et les climato-sceptiques qui, lovés dans ce qui leur reste de zone de confort se targuent de n’être dans aucun déni et continuent de prôner croissance et économie de marché ?

Quelle honte vraiment. Quelle farce. Quelle déplaisante audace de croire que lorsqu’on est jeune, l’on peut en apprendre aux générations précédentes sur le monde dévasté dans lequel on est né ; que l’on est pourvu d’un œil neuf et qu’aborder les problèmes sous un angle nouveau semble pertinent.

 

Vous faites preuve du plus grand esprit lorsque vous vilipendez l’exercice de l’Alerte, rigoureusement inutile à l’heure où les glaces fondent et ou même le permafrost est détruit par la bêtise, la vanité et l’appât du gain.

Greta ne semble effectivement pas sensibiliser outre-mesure ni même affoler les politiques, les hommes d’affaires et les décisionnaires du monde de demain sur l’état actuel de la Planète Bleue.

Vous parlez de Nihilisme ? Celui du Futur des générations qui s’apprêtent à entrer dans le monde merveilleux des adultes rétrogrades, pollueurs et destructeurs en est un.

 

Les sous-êtres qui se flattent de faire partie du minuscule cercle des décisionnaires, patrons et dirigeants, pathologiquement atteints par le navrant syndrome de la cumulite aiguë, sont nos guides pour demain.  Vous avez une fois encore mille fois raison de les défendre et de veiller - tels les chiens de garde du système séculaire qui nous détruit, civilisation après civilisation – à ce que de nouveau l’effondrement gagne sur l’éveil.

Anticiper et réfléchir ne sert de rien, si cela ne provient pas des Maîtres et Garants du Savoir et de la Science. Effectivement, comment est-il possible ne serait-ce que d’évoquer un rapport scientifique quand le lait nous coule encore du nez ?

L’apprentissage est pyramidal et n’est envisageable que dans un sens, tout comme la fumeuse théorie du ruissellement.

 

Oh, Grand Maistre,

Dans votre remarquable diatribe est abordé le Panurgisme. Si tant est qu’il reste des moutons – et Dieu sait combien ils sont nombreux - ils n’obéissent obstinément qu’à la voix dictatoriale du capitalisme ambiant ; omniprésent, rampant, tortueux, sifflant sans relâche à nos oreilles matin, midi et soir, par tous les moyens médiatiques possibles. Et, pour ce qui est de la France, cet embrigadement d’envergure est admirablement orchestré par neuf milliardaires.

Alors quoi ? Allons-nous laisser une jeune « Alice suédoise » continuer de « tancer les adultes » en montrant du doigt les acteurs actifs et passifs de la destruction de notre berceau natal ?

Mille fois non. Ne laissons en aucun cas cette « intelligence artificielle » prôner le changement de modèle social, à l’heure où seule la décroissance aurait une chance de sauver la Vie.  Demeurons sur la néfaste résonance sociale et économique de la révolution industrielle, seul modèle à suivre indubitablement. Il a démontré par ailleurs et à de multiple reprises son bien fondé.  Le cycle climatique est planétaire, la bêtise humaine n’est pour rien dans l’accélération du processus de destruction de toute vie sur Terre.

« Les adultes ayant fabriqué cette génération d’enfants rois qui décrète les adultes criminels, irresponsables, méprisables, détestables » n’auront qu’à resserrer les rênes pour faire définitivement taire ce nouveau péril jeune. Mademoiselle Thunberg n’aura qu’à cesser de lever sa bannière et de se proclamer porte-parole des jeunes générations, bien inutilement affolées par la dégradation exponentielle de leur planète. Cela serait effectivement « le monde à l’envers » que de porter à son discours la moindre importance.  Car quoi ? « Quelle civilisation a jamais pu se construire avec des enfants? ».  Comme vous dites ! La Vie ne compte jamais sur les jeunes générations pour se perpétuer ; c’est bien connu.

 

Cher Monsieur Onfray,

Oh, Grand Maistre,

Philosophe parmi les philosophes,

Guide parmi les guides,

Votre « moraline », pour reprendre votre expression, démontre pleinement à quel point votre morale se fait la démonstration de l’esprit sans morale que vous êtes apparemment devenu.

Vous étiez un Grand esprit dont il ne reste aujourd’hui manifestement plus rien.

Vous déclariez haut et fort que l’ère humaine arrivait à sa fin et que mieux valait mourir avec panache.

Vous venez assurément de nous démontrer le contraire.

Mourir, sûrement, mais en vilipendant une jeune personne, mineure de surcroît, avec la facilité, la véhémence et la lâcheté que confèrent l’ étroitesse d’esprit, la misogynie attardée, l’orgueil et le melon.

Une mort bien petite pour un si grand philosophe.

 

Cyrano vous l’aurait sans doute exprimé avec davantage de panache que d’aucun ne l’exprimerait jamais.

Vous qui aviez un apparent « ...heu...un nez...très grand *», comme le Viconte de Valvert l’énonce si finement, vous voici à présent digne de recevoir l’éloge que vous aurait sans nul doute assené le plus pertinent des poètes.

Car quoi, Monsieur,

« Si vous aviez un peu de lettres et d’esprit

Mais d’esprit, ô le plus lamentable des êtres,

Vous n’en eûtes jamais un atome, et de lettres

Vous n’avez que les trois qui forment le mot : sot ! *»

 

 

Elisabeth Osram

 

 

 

 

 

 

 

* Edmond Rostand · ‎Savinien de Cyrano de Bergerac · ‎Cyrano de Bergerac (1897)

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.