Un gilet jaune, dans mon carré de VIPs

"Une femme découvre le gilet jaune, qu'aucun cordon n'écarte plus. On dirait qu'elle regarde une mouche tombée dans son bol de lait"...

Mardi, pas loin de 15 heures. Jeunes, gilets jaunes, anticapitalistes... sont déjà bien engagés, rue de Rivoli. Derrière, les syndicats, leurs ballons, leurs camionnettes, leurs sonos, leurs drapeaux font du sur-place.
Devant eux, les VIP syndicalistes ouvrent la route. Les têtes d'affiches ont déjà quitté les lieux. Restent les seconds couteaux, qui perpétuent cette coutume étrange de déambuler entourés d'un cordon, et flanqués de gros bras.
A un moment, les palissades de chantier qui encombrent la rue obligent le cortège à se rétrécir. Le carré cordelé se comprime pour passer le goulot: plus d'espace, de part et d'autre du carré. Arrivés de l'arrière du cortège, quelques gilets jaunes tentent de se frayer un chemin vers le haut de la manifestation. Ce sont des figures populaires. Peut-être lancent-ils, ou bien est-ce écrit sur leur gilet, des "Macron démission", voire des "Macron tête de con". Comprimé avec le reste du troupeau, un gilet jaune se retrouve dans le carré. Flottement parmi les VIP. Certains se tournent, semblent jauger le danger. Une femme découvre l'intrus, qu'aucun cordon n'écarte plus. On dirait qu'elle regarde une mouche tombée dans son bol de lait - c'est un mélange d'incrédulité et de répulsion; de dégoût, peut-être. Un grand gaillard, patibulaire, vient à son secours: il faut partir, le gilet jaune ne PEUT PAS rester là. Le carré retrouve son calme.

Derrière, les champignons gonflables s'ébranlent, agités sur les sonos. A l'avant, on lira sur une grande bannière, tenue devant les manifestants: " Les gilets jaunes sont dangereux, t'as raison de te chier dessus".

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