Gilets jaunes: la bonne mort.

Le jour où Emmanuel Macron enfonça malencontreusement l'accélérateur de la mort lente de la France périphérique.

On ne peut pas comprendre la violence exprimée à l'encontre du président par les gilets jaunes (ainsi, cet appel à sa destitution), si l'on n'explicite pas celle d'Emmanuel Macron à l'égard de cette France périphérique.
Avant tout, il faut exclure tout manque de clairvoyance de la part du président de la république, si ce n'est son incapacité à prévoir l'émergence de mouvements comme celui des gilets jaunes, au déclenchement par essence imprédictible. Assurément, E. Macron a, avec constance, démontré sa capacité a promouvoir des réformes, aux effets dans le temps soigneusement calculés. Un ministre de l'économie qui libéralise les transports routiers, pour trois ans plus tard engager un bras de fer avec le personnel ferroviaire en tant que Président, n'est pas de ceux qui n'anticipent pas le déroulé de leurs réformes.
Il serait donc très naïf de croire qu'E. Macron n'ait pas anticipé l'impact qu'auront ses mesures en matière d'énergie. Il serait faux, aussi, de penser qu'il ait pu croire offrir de vraies alternatives comportementales énergétiques à la population rurale. Le président, le premier ministre, savent que la plupart des français modestes éloignés des centres urbains ne peuvent se permettre d'acheter une voiture électrique à 15 000 € nets de primes, que ce mode de transport n'est pas généralisable en l'état de notre production électrique, tout comme ils savent que l'alternative au chauffage au fioul n'est lui aussi ni accessible à la plupart, ni généralisable en l'état de notre production d'énergies de chauffage alternatives.
Pourtant, les deux ont manifestement pris le parti de confier l'adaptation de la population aux lois du marché, lois dans lesquelles ils n'envisageaient d'intervenir qu'en augmentant les taxes d'un côté, et des primes inefficaces pour la majeure partie de la population concernée, de l'autre.
Là encore, il ne faut pas concéder à ce gouvernement l'excuse d'ignorer les conséquences de l'inadaptation de la population à ces lois économiques qu'ils organisaient ainsi. Celles-ci ne sont ni plus ni moins que la disparition des populations en question. Privées d'abord de travail par le départ des usines manufacturières, puis de services publics, et enfin de moyens de communication et de subsistance, ces populations ne peuvent que crever, puis disparaître.
Voilà quelle est la feuille de route de M. Macron et de son gouvernement pour ces populations: crever, puis disparaître, pour enfin laisser la place à une France écologique, sobre, urbaine, mondialisable. Et c'est précisément à cette violence que répondent les gilets jaunes: puisque l'on doit crever, autant le faire sur des barricades. Etrangement, cependant, ils ne le formulent pas radicalement ainsi. L'interrogation "je fais quoi, alors ?", revient en boucle. On serait tenter de leur souffler: "ben, tu crèves, espèce de pas-viable !", si l'on ne réalisait que c'est par refus de l'échéance prévue, qu'ils n'articulent pas la sentence.
La France du milieu rural, des petites et moyennes villes ne conçoit pas sa disparition. Sa mort devait être lente, quasi imperceptible. Il a suffi d'une taxe mal placée, pour qu'elle réalise où l'on voulait la mener.

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