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Billet de blog 28 mars 2022

L'épanouissement personnel ce bullshit.

L'épanouissement personnel est gangrené par de nouvelles injonctions comme : "l'amour de soi"; "se connaître"; "faire la paix avec soi-même", mais aussi toutes ses idées de faire de nos faiblesses, une force (la fameuse notion d'empowerment). Sur le papier, ce sont des idées très chouettes, mais en réalité cela peut se révéler extrêmement toxique.

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Plouasne, champ © Orsinos - Rio Clémence

Une des idées les plus répandue est que nous serions la clé de notre propre bonheur. Notre épanouissement personnel ne dépendrait que de nous. Nous serions donc entièrement responsable de notre santé mentale, de nos vies, de nos choix. Cette vision du bonheur supprime toutes les oppressions systémiques de nos sociétés capitalistes et patriarcales. Tout est politique, la société influe sur tous les aspects de notre vie. Ce n'est pas trois cours de yoga qui vont régler le racisme ou la transophobie subite qui influe insidieusement sur sa santé mentale. La violence sociétale est importante et à ne pas négliger.

Dépolitiser les discours de l'épanouissement personnel c'est donner le sentiment qu'on vit dans une société "parfaite" (par là j'entends égalitaire, équitable et non capitaliste et patriarcale), ce qui est faux. Ce n'est pas rien que les principaux "gourous bien-être" sont des personnes hétéros cis-blanches avec des moyens financiers conséquents. Iels ne comprennent pas les inégalités subites. Iels peuvent se permettre de dépolitiser leurs pratiques car iels sont le problème et les privilégié.e.s.

Le bonheur ne peut pas passer uniquement par le "moi". C'est une vision individualiste. Nous vivons en société et celle-ci se construit sur le principe de sociabilisation. Si le bonheur ne repose que sur soi, il exclut les autres et la société. C'est s'enfermer dans sa bulle et refuser de voir le monde tout en restant focus sur les privilèges que l'on se construit. Il n'y a plus d'entraide, plus de compréhension du monde. Je pense qu'il faut équilibrer cela. Ce focus sur soi, se couper des informations, des problématiques sociétales de temps en temps est bénéfique, mais cela ne peut pas être permanent. Sinon, c'est se construire une sorte de distance excluante et refuser de remettre en cause son comportement face aux autres.

Tout est politique 

Cela ouvre une autre problématique : à dépolitiser la santé mentale, nous réservons les idées d'épanouissement personnel qu'à une partie de la population. 

Les personnes influentes sur ces problématiques n'ont pas conscience que leurs conseils ne sont pas réaliste et réalisable pour beaucoup de personne. Tout le monde ne travail pas avec des horaires de bureaux ; a le temps de courir 10 magasins et maraîchers différents pour se nourrir sainement, bio, locavore et cie ; ne peux consacrer du temps à la méditation. Se nourrir mal coûte souvent moins cher et c'est aussi plus facile. Il serait au final plus pertinent que les influenceur.euse.s "bien-être" militent pour la réduction du temps de travail et l'augmentation des salaires. C'est ce qui aiderait le plus et prendrait en compte tout le monde, mais ça ne rentre pas dans leur schéma capitaliste. Iels ne veulent pas que votre bien, iels veulent se faire de l'argent sur votre santé mentale, votre souffrance et votre détresse.

Il y a aussi la réappropriation de certains mouvements issus des personnes précaires par les privilégié.e.s. Le mouvement bodypositive était à la base un mouvement politique pour lutter contre les discriminations subit par les personnes grosses et tout ce qui en découlait dans leur quotidien et sur leur santé (physique et mentale). Ce mouvement a perdu toute valeur politique pour devenir un vulgaire discours d'empowerment sur l'amour de soi et s'est totalement vu réapproprié par les personnes blanches bien normées qui ont juste trois vergetures. (Bien plus facile de s'aimer quand toutes la société nous valide mais bref).

Se soigner à un prix 

L'épanouissement personnel c'est aussi très cher. Se soigner mentalement est un budget important. Les psychologues ne sont pas remboursés par la sécurité sociale. Les manières alternatives sont aussi très coûteuses et se dégager du temps, se payer des cours de sports, des moments à soi ne sont pas des priorités quand on vit dans la précarité. La précarité qui bouffe la tête et/ou te créer des insomnies est juste le résultat d'une politique sociale et économique dégueulasse. Et à cela s'ajoutent nos maux personnels que l'on peut même ne pas soigner car une séance chez le psy c'est beaucoup trop cher. 

C'est aussi une nouvelle forme d'injonction. Les discours sont souvent culpabilisants. Quand on fait des efforts, quand on essaie de faire au mieux, nous avons vite le sentiment de ne pas en faire assez comparer à ce que nous pouvons voir sur les réseaux sociaux et chez les autres. Si nous n'arrivons pas à avoir cette vie super healthy, à pratiquer du sport régulièrement, nous finissons par se sentir comme une merde. 

L'empowerment de trop

Il y a aussi cette nouvelle injonction d'empowerment qui consiste à faire de tous ses problèmes et ses défauts : des forces et des atouts. J'en ai marre que chaque galère, chaque problème, chaque défaut (physique et caractériel) doivent devenir des atouts, des forces, des combats. Nous avons le droit de ne pas s'aimer, de trouver que ce que nous vivons est nul et que nous préférerions que cela soit autrement. Parfois non, c'est juste la merde et c'est comme ça. Alors je ne dis pas que la démarche n'est pas louable et peut-être même bénéfique pour certain.e mais cela met une sorte de pression aux personnes qui n'ont pas la force de tout s'approprier pour en faire du positif et quelque chose d'incroyable qui les fait grandir. Donc non, par exemple, vous n'êtes pas obligé.e.s de revendiquer votre célibat comme la meilleure chose qui vous soit jamais arrivé (vous avez le droit de dire que c'est de la merde et que c'est chiant), de créer tout un récit spirituel sur la découverte du soi lors d'une galère, d'aimer votre corps, etc, etc. Vous avez le droit de dire que non, vous ne vivez pas bien la situation et non, cela ne fera pas de vous un looser et/ou une looseuse.

Il faut prendre du recul sur toutes ces nouvelles modes autour de l'épanouissement personnel et santé mentale. C'est très bien que le tabou se lève sur le sujet mais il ne faut pas qu'il devienne une nouvelle injonction. Battons-nous pour la gratuité des soins qui entoure la santé mentale, pour une baisse du temps de travail et une revalorisation des salaires à la hausse.

Faite ce qu'il y a de mieux pour vous surtout.

Orsinos - Rio Clémence 

Retrouvez Orsinos ici 

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