La jeunesse de gauche et son problème avec la libération sexuelle

Par le biais des réseaux sociaux, s’est construite ces derniers mois une communauté de jeunes aux revendications de gauche, qui tend à se définir comme telle, mais qui use de plusieurs éléments de langage qui les rapprochent du conservatisme et de la réaction, notamment sur la question de la sexualité et celle de la pédophilie.

   Par le biais des réseaux sociaux, s’est construite ces derniers mois une communauté de jeunes aux revendications de gauche, qui tend à se définir comme telle, mais qui use de plusieurs éléments de langage qui les rapprochent du conservatisme et de la réaction, notamment sur la question de la sexualité et celle de la pédophilie. Je reviens sur ce qui m’apparaît comme des fourvoiements considérables dans l’optique d’une génération qui veut faire vivre une gauche émancipatrice et libertaire.

  En effet, à travers une prise en main de plusieurs sujets politiques actuels -plus ou moins émergent- de la part de la jeunesse, plusieurs sujets d’actualité ont été largement relayés sur les réseaux sociaux, et bon nombre de jeunes ont pris des positions qu'ils pensaient de gauche. Cependant, si parfois les objectifs sont louables, la manière avec laquelle cette jeunesse veut les appliquer semble les détruire de toute visée non-conservatrice, par plusieurs biais et paroles de droite. De plus, beaucoup de jeunes se fourvoient sur des sujets qu’ils mettent au-devant du front de lutte, considérant comme “acquis” leurs représentations de ce qui est juste ou non, et ne s’interrogent pas sur le caractère réactionnaire de leurs discours. 

   

   Le premier point à soulever qui me paraît important, c’est la question des rapports entre  des personnes majeures et des personnes mineures. En effet, à travers l’affaire “The Kairi78” qui a ébranlé Twitter il y a de ça quelques semaines, un aspect réactionnaire et conservateur s’est dégagé de plusieurs milliers de personnes de gauche, dont certain.e.s se réclamant féministe. The Kairi78 est un Youtubeur de 33 ans, à qui l’on reproche sa relation avec une femme de 16 ans. L’histoire peut paraître futile, mais elle est grandement révélatrice du penchant terrible que prend une partie considérable du mouvement féministe. Tous les jours, et ce pendant plusieurs semaines, le vidéaste a été pris à parti très violemment, étant accusé d’être un “pédophilie”, “un pointeur”, ou encore “un violeur” (??). Sa copine, dont la raison et la capacité de libre-arbitre ont été totalement occultées, a été présentée comme manipulée, victime d’un “pédophile”, et les vidéos qu’ils tournent ensemble ont été présentées comme révélatrices de la “normalisation de sa relation qu’il essayait de mettre en place”. Ces accusations n’ont aucun sens, et ce, pour deux raisons : d’abord, la majorité sexuelle est établie en France à 15 ans, d’autant plus si les parents donnent leur aval (c’était le cas). Même s’il est triste de s'imaginer que les parents ont encore leur mot à dire sur la sexualité de leurs enfants, cela crée déjà un premier contre-sens, dans les appellations et les allégations prononcées à son encontre. 

   De plus, dans ce cas, les jeunes activistes ont totalement omis de prendre en compte le parti de l'adolescente, pour qui l’on a totalement oublié de prendre en compte le consentement total et indéfectible. Comme si son avis ne comptait pas, qu’elle était forcément manipulée par le vidéaste, qu’elle ne pouvait pas être attirée par quelqu’un de plus vieux, et qu’il se servirait de son argent et de sa popularité pour amadouer sa copine. Et même, admettons que ce soit le cas (non), pourquoi ne pas célébrer le cynisme dont elle fait preuve pour côtoyer quelqu’un de plus riche, de plus connu qu’elle? Il semble assez peu féministe de réfléchir du point de vue du garçon en omettant les intérêts que la jeune fille pourrait tirer de cette relation , tant bien même elle ne serait pas avec lui car elle l’affectionne. Ces arguments réactionnaires s’inscrivent dans la continuité de ceux qui dénoncent la libéralisation de l’amour, de la sexualité, de ceux qui veulent imposer une norme dans les relations sentimentales. C’est d’ailleurs un argument d’une essayiste réactionnaire qui voit une destruction des relations sentimentales dans les applications de rencontre, victimes d’une désagrégation sociale et d’une montée d’un certain individualisme “néfaste” au détriment de la famille nucléaire. ( CF, Geoffroy de Lagasnerie, ses travaux sur une critique non-réactionnaire du néo-libéralisme ). Pour finir, j’aimerai simplement rappeler que j’ai vu de nombreuses fois sur les réseaux sociaux des pseudo-progressistes qualifier de “porc”, de “tonton pédo”, des personnes comme Vincent Cassel, Marc Lavoine ou encore Jean-Marie Bigard en raison du fait qu’ils entretiennent des relations avec des personnes majeures, mais âgées de quelques dizaines d’années de moins. :’))

 

    Le deuxième point qu’il me semble également important d’aborder, ce sont les injonctions permanentes à la répression, et à la volonté systématique d’enfermer les personnes considérées comme déviantes sexuellement. En effet, il apparaît souvent dans les discours de personnes se considérant comme de gauche l’idée selon laquelle il faut enfermer les personnes qualifiées de “pédophiles”, qu’elles sont un danger pour notre jeunesse. C’est un sujet sensible, je ne prétend pas détenir la bonne solution, mais je compte avancer quelques arguments pour étayer mon propos. Chez une grande partie de la jeunesse de gauche, il est célébré d’appeler à enfermer les pédophiles, d’autres appellent même à la castration chimique (????). La pédophilie étant actée lorsque la personne majeure entretient des relations amoureuses ou sexuelles avec des personnes qui ont moins de 15 ans et trois mois, il faut d’ores et déjà de cesser de faire des raccourcis du type : relation avec un.e mineur.e = pédophilie, ou encore pédophilie = violeur.

   La pédophilie, traduit une attirance d’un adulte pour les enfants. Si l’on peut contester de la validité du consentement émis par une personne de moins de 15 ans quant à l’idée d’entretenir une relation avec un adulte, même si selon moi les choix des enfants sont trop souvent renvoyés au non-fondé, (cf mon billet de la création de l'immaturité par les adultes) il apparaît complètement inhumain et anti-progressiste de vouloir enfermer certaines personnes pour une attirance sexuelle qu’ils subissent malgré-eux. Certains y voient une pathologie : je ne suis pas d’accord, mais l’on ne met pas les malades en prison. Dans cette optique, il serait intéressant d’établir une manière de protéger les personnes de moins de 15 ans des personnes qui sont attirées par elles en leur permettant d’affirmer haut et fort leur “non”, tout en permettant à ceux qui le font de leur plein gré de pouvoir vivre librement, sans subir le déchaînement et être soumis à la vindicte populaire ( l’affaire Gabrielle Russier par exemple). Aussi, il serait intéressant de penser au délit de “détentions d’images pédopornographiques”. Pendant l’affaire Christian Quesada, qui a été condamné à trois mois de prison ferme pour le délit évoqué juste avant, ainsi que pour corruption de mineur, on a vu de la part des forces se réclamant progressistes une véritable envie de l’enfermer, de le castrer (??). Je ne reviendrai pas sur la “corruption de mineur”, mais sur l’infraction “détention d’images pédopornographiques”. En effet, il serait sûrement plus intéressant de s’interroger sur la provenance et les réseaux qui créent ces images plutôt que de vouloir enfermer celui ou celle qui en détient, en conformité avec son attirance sexuelle, aussi réprimandée soit-elle. En résumé, lutter contre l’attirance sexuelle d'une personne n’a aucun sens humain ni progressiste, et cela rappelle qu’auparavant, d’autres sexualités étaient aussi réprimandées et réprimées. 

 

   L’idée ici n’était évidemment pas de nier les différents abus sexuels commis sur des enfants non-consentants, mais de s’interroger sur le caractère infondé de l’argument selon lequel il faut enfermer des gens pour leur attirance sexuelle, alors qu’il faudrait plutôt réfléchir au fait que des personnes mineures peuvent tout à fait être consentantes à l’idée d’entretenir une relation ou un rapport sexuel avec une personne majeure, et que les arguments qui renvoient leur décision au non-fondé sont âgistes. De plus, l’idée selon laquelle il existerait un rapport de domination entre les adultes et les enfants conforte simplement le fait que ce rapport est entretenu par les adultes pour contrôler la sexualité de leurs enfants, en leur interdisant telle ou telle relation. Et même si un rapport de domination existait et qu’il rendrait le consentement altéré, il faudrait alors s’interroger sur les relations hétérosexuelles, dans lesquelles il existe aussi, de fait, un rapport de domination établi. (cf, la domination masculine, Pierre Bourdieu). 

   J’aimerai, pour finir, accentuer sur le fait que les injonctions à la répression et à l’enfermement ne sont pas des idées de gauche, et que cette dernière devrait davantage se définir par une meilleure compréhension du monde et des relations entre les individus, qui pourrait fournir un certains nombre d’excuses. ( Le terme renvoyant au pardon s’adressant aux personnes qui, légitimement ou non, trouverait que certaines sexualités devraient être qualifiées de délictuelles). Il faut faire vivre et perdurer la libération sexuelle, en prenant en compte ses difficultés mais en évitant les propos qui la détruisent. 

   

Oscar Maslard

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