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Billet de blog 8 nov. 2021

Chronique Judiciaire : Retour sur le procès d'Alexandra Richard - Partie 4

La plaidoirie de Maître Capitaine

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“Sébastien Gest était gentil mais il avait l’alcool mauvais” - minimisation à outrance des violences. Quid des stratégies d’isolement de sa compagne Alexandra, des brimades, des humiliations, des remontrances si elle n’était pas assez soumise, des menaces de mort, des viols et des coups quotidiens ? Était-il gentil à ces moments là ?

“Alexandra Richard va tomber dans l’excès”, “Elle est dans la surenchère” - minimisation des violences, revictimisation d’Alexandra présentée comme une menteuse. Croire les victimes est pourtant la base de leur prise en charge. Et encore une fois, méconnaissance de la mémoire traumatique : oui, le discours d’une victime évolue dans le temps, d’autant plus quand les institutions sont directement responsables de n’avoir pas pleinement recueilli sa parole (cf. les deux auditions lors de la garde à vue d’Alexandra).

“Alexandra Richard n’est pas une femme battue”, “On n’en est pas là”, “Tout ça c’est de l’invention” - déni total.

“On a tout simplement un couple qui était fusionnel, et à un moment ça a dérapé” - Un scénario digne des traitements médiatiques les plus archaïques - cf. le fameux “crime passionnel” pour traiter des féminicides ! Dans cette perspective, le problème, ce n’est plus la haine et la violence d’un homme envers sa compagne, mais une passion réciproque et destructrice ! La culpabilité passe d’un homme, une personne, à quelque chose d’aussi insaisissable qu’une émotion.

“On va vous parler de viol, de sodomie, qu’est-ce que ça veut dire ?” “Allons bon !” “On est loin du viol” - négation du vécu d’Alexandra, culture du viol. 

Maître Capitaine mentionne le certificat médical établi au moment où Alexandra a porté plainte en janvier 2016, qui ne fait état d’aucune lésion ou ecchymose, comme si un seul certificat à un instant T invalidait tout le reste, les coups de ceintures, les coups de poings, les viols qui ont eu lieu les trois années précédentes.

“Lorsqu’on se présente comme une femme victime de violence, on attire la sympathie” - ce cliché est à rebours de toutes les observations de terrain : l’accueil calamiteux des commissariats, les déqualifications (dites “de droit”) de viols en agressions sexuelles par des juges qui ne savent pas reconnaitre un viol. Les femmes ne s’attirent aucune sympathie lorsqu’elles dénoncent des violences masculines, bien au contraire, on les traite exactement comme dans ce procès : on minimise et on nie les violences, on les accuse de mentir, on instrumentalise le doute (ce serait “parole contre parole”) pour assurer l’impunité des agresseurs.

“J’essaye d’être objective” - manipulation du jury.

Au sujet des déclarations d’Alexandra, Maître Capitaine mentionne sa façon de “charger la barque pour justifier pourquoi elle a tué cet homme” - Maître Capitaine plaide l’homicide volontaire. Pourtant, elle nous donne très clairement le sentiment qu’il n’y a aucun mobile à ce “meurtre”. Les experts psychiatres ont montré qu’Alexandra n’avait pas le profil d’une femme qui aurait cherché à se venger. Le fait qu’elle place ses enfants au-dessus de tout décrédibilise totalement cette thèse (elle aurait pensé à eux avant tout autre chose, et donc avant de commettre volontairement un geste qui allait l’envoyer en prison). De plus, la thèse de la vengeance n’a même pas été amenée explicitement par la partie civile, ni par l’accusation, à aucun moment - en bref, on nous présente un homicide sans mobile.

Par ailleurs, beaucoup de “je crois que”, “je pense que” qu’on retrouve aussi dans le réquisitoire de l’avocat général, qui a mentionné des “zones d’ombre” : au final le doute ressort implacablement de leurs plaidoyer et réquisitoire, doute qui est censé bénéficier à l’accusée.

La suite ici : Chronique Judiciaire : Retour sur le procès d'Alexandra Richard - Partie 5 | Le Club de Mediapart

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