Venezuela Infos: Les dernière mesures économiques de Maduro

Pendant des années, beaucoup de vénézuéliens ont été obsédés avec le mythe du chavisme pratique.  Selon cette théorie, il arriverait un moment que le gouvernement de Chávez d’abord puis de Maduro ensuite, commencerait à administrer l’économie avec certains critères d’efficacité, tandis qu’ils accéléreraient la répression politique et se scotcheraient au pouvoir.

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Miguél Ángel Santos

 

Et les réactions au mythe aussi ont évolué au fur et à mesure que la situation du pays se dégradait.  De la crainte qu’une meilleure gestion de l’économie pourrait perpétuer le chavisme au pouvoir, nous sommes passés à l’espoir que, au milieu de cette catastrophe humanitaire qui accable le pays, le sens commun  prendrait le dessus.  Mais comme le scorpion de la fable, le chaviste de peut s’empêcher de piquer la grenouille qui l’aide à traverser la rivière, c’est dans sa nature.

Le chavisme pur et dur fut réactivé le 17 Août dernier, lorsque le dictateur Nicolás Maduro, en conference de presse nationale, les fameuses «cadenas» avec lesquelles Chávez aimait monopoliser les chaires de télé et les ondes de radio; il a annoncé des mesures politiques et économiques qui contenaient quelques uns de ses éléments les plus farfelus, déjà connus par le passé. 

Maduro a annoncé une dévaluation de 97% avec le taux de change officiel, et a assuré que «nous irons vers un nouveau système de change» avec «un seul type de change fluctuant ancré au petro», une crypto-monnaie annoncé en fanfare en février dernier, mais qui concrètement n’existe pas.

Il a aussi manifesté son intention d’arrêter d’imprimer de l’argent organique comme mécanisme de financement des dépenses publiques, démarche qui est une des causes de l’hyperinflation, fléau qui ravage le Venezuela.   Il a aussi annoncé une nouvelle taxe aux transactions financières, ainsi qu’une augmentation de la TVA de 12 à 16%.  Lors de la même conférence de presse, il a aussi annoncé l’augmentation de 35 fois du salaire minimum (35 fois 100%), en plus d’une prime compensatoire.  Ceci met le salaire minimum au taux de 30$ par mois, l’équivalent de 1$ par jour, montant internationalement établi pour déterminer le taux de pauvreté d’un pays.    Quant au prix de l’essence - laquelle est quasiment gratuite - serait augmenté jusqu’à atteindre un prix international, avec en complément une subvention complémentaire pour les usagers porteurs de la «carte de la patrie», carte qui est utilisée comme mécanisme de contrôle par le régime, equivalente  aux anciens ticket de rationnement de l’époque communiste.

Il est évident que ces mesures de sont pas fondées sur des éléments solides et ne pourront jamais prétendre de redresser l’économie du pays.  En très peux de temps, les cinq «0» supprimés  au bolívar fuerte pour le rendre «soberano», viendront retrouver leur place, tout comme les trois «0» supprimés lors de l’antérieure réforme  ont pris la leur, se sont multipliés et nous ont obligé à calculer les prix en «millions».

Ces mesures n’expliquent pas comment vont être générées les devises nécessaires pour importer les produits que le pays n’est pus capable de produire.  La dégringolade de la production pétrolière nationale, l’épuisement de la capacité d’endettement, et l’impuissance pour attirer de nouveaux investisseurs dans un cadre qui ne garantie ni le droit à la propriété ni le droit à la prospérité, a forcé le pays à réduire ses importations par habitant d’un 84% des cinq dernières années.

Ensuite, vingt ans d’expropriations, nationalisations sauvages, et régulations plus orientées à s’approprier  du flux de caisse du secteur privé qu’à produire, a détruit le secteur industriel, et le pays ne peut donc pas produire ce qu’il ne peut importer.

 Dans ce contexte la seule donnée qui va être stabilisée avec les mesure suicidaires de Maduro c’est la misère, ce qui commence à se ressentir déjà, après une semaine de leur mise en exécution le 1er septembre dernier.

Seulement pour cette première semaine du  mois de septembre, l’impact des annonces - sans compter les effets sur les retraites et les trois mois de salaires à la petite et moyenne entreprise promis par Maduro - équivaut déjà à 80% de l’argent actuellement en circulation.  Par inertie, la quantité d’argent s’est déjà multipliée par deux, et l’inflation mensuelle en une semaine en est déjà à 125%.  

La mise en place des ces mesure c’est comme vouloir éteindre un feu avec de l’essence.

Malgré la méga-dévaluation annoncée par Maduro, le prix du dollar au marché parallèle continue d’augmenter et il se cotise déjà 54% au dessus du prix du dollar officiel.  Et pour ne plus avoir de doutes, le régime a publié une liste de produits «accordés» (pour faire référence au produits dont les prix sont contrôlés), ce qui a provoqué une hausse de prix, et des achats nerveux par la population, avec les traditionnelles queues, harcèlement des commerçant de la part des autorités et tout le florilège d’inconvénients qui vont avec.

Au faite ce qu'il se passe c’est que les politique dont à besoin le régime pour se perpétuer au pouvoir, ne sont pas forcément celles dont a besoin l’économie pour fonctionner.  Pour asservir les vénézuéliens, le chavisme a besoin de systèmes de contrôles aigües ainsi qu’une totale opacité de la chose  administrative.  C’est seulement comme ça qu’il peut distribuer une rente chaque fois plus exigüe permis les factions qui le maintiennent au pouvoir tout en tenant le peuple soumis.  Au bout du compte, ça a toujours été la nature du chavisme: tout contrôler d’une main de fer et asservir le peuple.

Et pourtant, l’économie vénézuélienne a un urgent besoin de devises, de financements multilatéraux, d’une véritable restructuration de la dette, l’ouverture d’investissement privés pour relancer l’industrie en général et la pétrolière en particulier.

 

Elle a aussi besoin de  relancer le marché, comme outil qui puisse permettre la société de s’organiser pour tirer un maximum profit de ses ressources et pouvoir résoudre ses problèmes.

 

Miguel Ángel Santos est chercheur Senior au Centre pour le Développement à l’université de Harvard.

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