Manifestations contre la stratégie carbone de l’aviation internationale

Des manifestations ont lieu à Montréal à l’occasion de l’assemblée Générale de l’Organisation de l’Aviation Civile Internationale OACI, du 24 septembre au 4 octobre. Un nouveau rapport montre que, recourant massivement à l’huile de palme, le plan de compensation et de réduction des émissions de CO2 des avions (CORSIA) est voué à l’échec.

Montréal/ Vienne, 23 septembre – Dans les jours qui viennent, des décisions majeures vont être prises à Montréal concernant l’avenir de l’aviation face à l’emballement climatique. Une coalition très large émanant de la société civile, exigeant une réduction drastique du transport aérien, s’est constituée à Montréal en réponse à l’assemblée générale de l’Organisation de l’Aviation Civile Internationale (de l’ONU). De nombreuses actions sont prévues, dont une grande manifestation avec Greta Thunberg aux abords du siège de l’OACI, vendredi 27 septembre, jour de grève mondiale pour le climat.

 

L’OACI propose d’atteindre une croissance “neutre en carbone” pour l’aviation internationale en recourant à des carburants alternatifs et à la compensation carbone, dans le cadre du dispositif CORSIA (pour Carbon Offsetting and Reduction Scheme for International Aviation). « CORSIA est une diversion dangereuse et tout à fait inadaptée qui aboutira à une augmentation et non à une réduction des émissions de gaz à effet de serre », avertit Magdalena Heuwieser de Stay Grounded, réseau international pour la réduction du transport aérien, regroupant 138 associations membres.

 

« La compensation carbone ne nous tirera pas d’affaire. Planter des forêts ne pourra en aucun cas remplacer la réduction des émissions des avions et l’explosion de la demande de compensation ne pourra que conduire à un accroissement de l’accaparement des terres et des violations des droits humains », explique Magdalena Heuwieser. Elle ajoute encore « Le dispositif CORSIA est non seulement inefficace, mais aussi dangereux ».

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Des agrocarburants issus de l’huile de palme.

« CORSIA promeut le recours massif aux agrocarburants pour l’aviation, issus pour partie de l’huile de palme, ce qui aggravera la déforestation et la crise climatique », explique Rachel Smolker de l’ONG Biofuelwatch. L’objectif de l’OACI est d’augmenter l’usage des carburants aviation dits « alternatifs ». Un rapport récent de Biofuelwatch indique que les agrocarburants pour l’aviation seront produits selon toute vraisemblance à partir d’huile de palme, une des causes majeures de déforestation, d’émissions de gaz à effet de serre, et d’atteinte aux droits de l’homme. La compagnie Neste, dont les installations sont basées à Singapour, au cœur d’une région de production d’huile de palme, a déjà annoncé son intention de devenir le leader mondial de la production d’agrocarburants aviation. Créer une nouvelle et très forte demande en huile de palme ne fera qu’exacerber les problèmes déjà constatés liés à sa culture, et ne contribuera en rien à réduire les émissions de CO2 de l’aviation.

 

CORSIA – un obstacle à des réglementations efficaces.

Le dispositif cherche à évincer d’autres mesures régionales visant à réduire l’impact climatique du transport aérien : ainsi, une motion spéciale sera à l’ordre du jour de l’assemblée générale de l’OACI, visant à faire de CORSIA la seule mesure de marché applicable à l’aviation internationale. « CORSIA ambitionne de maintenir une croissance sans fin du transport aérien, et de neutraliser toute mesure restrictive le concernant. Les États devraient veiller à ce que le mécanisme défaillant de compensation carbone n’entrave pas l’introduction de mesures réellement efficaces.”, insiste Magdalena Heuwieser. « A la place de CORSIA et du mythe de la croissance neutre en carbone, nous appelons à une réduction rapide du transport aérien. », martèlent Stay Grounded et la coalition de Montréal, qui proposent divers leviers : « Les privilèges de l’industrie du transport aérien doivent être abolis. Il faut imposer une taxe sur le kérosène, des taxes sur les billets d’avion et pénaliser les grands voyageurs. Les vols court-courrier doivent être restreints, tout en favorisant les alternatives telles que le train et le bateau. Un moratoire sur les projets d’extension ou de création d’aéroports est également nécessaire »

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Traduit par Stay Grounded France (Source)

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