« Récréer l’aréole du sein grâce au tatouage 3D de reconstruction »

Les femmes victimes d’un cancer du sein doivent parfois subir une mastectomie, soit le retrait du sein. Après cette opération et cicatrisation totale, il est désormais possible de faire appel au tatouage 3D de reconstruction pour récréer l'aréole et le téton par illusion d'optique. Entretien avec Denis Larminier, premier en Belgique à pratiquer cette technique dans son salon Little Tear Tattoo.

En quoi consiste cette technique de tatouage 3D ?

Le principe est de faire un trompe l’œil, il n’y a aucun implant, c’est que du dessin. Toute la difficulté est de ne pas faire de gros traits noirs, comme pour un tatouage classique, mais de travailler avec l’anatomie de la personne en adaptant les ombrages. Sinon cela donnera un effet plat, sans grand intérêt. A la différence d’un tatouage plus classique qui cherche à recouvrir une cicatrice, nous on va essayer de récréer l’aréole du sein grâce au tatouage 3D de reconstruction

Concrètement, je reçois la femme une première fois, je regarde si le travail est possible et ce qu’il y a faire. Je prends le temps pour dessiner l’aréole, le mamelon. C’est un travail qui se fait à main levée, ce n’est pas pré-dessiné et prêt à poser directement sur la peau. Sur une première séance je me concentre surtout à travailler le graphisme d’une première partie de la tête et la forme générale. Sur une deuxième séance je vais rectifier la tête et focaliser sur les détails. Ce qui est très difficile c’est qu’on ne peut pas tatouer pendant des heures, on doit être très très rapides pour ne pas abimer la peau qui a souvent des cicatrices. 

Existe-t-il des restrictions ? 

Il y a des demandes très régulières, particulièrement en ce mois d’octobre rose et j’ai déjà dû refuser des gens malheureusement. Il s’agissait de personnes dites à risques, qui ont eu énormément de chirurgies et qui ont énormément fréquenté les milieux hospitaliers. Il faut aussi savoir que le tatouage se fait toujours sur des personnes entièrement guéries, la rémission ne suffit pas. Et le plus important, c’est que plus aucune chirurgie ne doit être prévue après. Moi je suis vraiment le dernier maillon de la chaîne.   

Comment avez-vous débuté dans le tatouage 3D de reconstruction ? 

Il y a deux ans, au mois d’octobre, trois personnes sont venues me demander de leur en faire un. Une première en 18 ans de pratique. Je n’avais pas accepté parce que c’est du tissu cicatriciel, et parce que c’est une technique qu’il faut avoir en plus de la pratique classique du tatouage. Ma femme a plusieurs cas de cancer du sein dans sa famille, et elle doit elle-même passer des mammographies tous les ans. Après une longue conversation avec elle, j’ai décidé de me former au tatouage 3D.

Vous avez dû suivre une formation à cette technique ?

Malgré tout mon bagage, je suis entré en contact avec des tatoueurs qui ne font que ça. Je suis tombé sur l’association de Stacie Rae, basée au Canada, et qui est spécialisée dans cette pratique. Elle a développé une technique spécifique, elle travaille en partenariat avec des entreprises qui font des encres spécialement pour ça. Donc je me suis formé avec Stacie en Angleterre où elle était de passage pour une session de formation. Cela a duré deux jours, avec une grosse partie technique pour apprendre à ne pas abimer le tissu cicatriciel. Il y a également des vidéos conférences avec des gens de l’association et surtout des mises en pratique. Ce sont deux jours très intenses.   

Avez-vous modifié la pratique de votre métier depuis ?

J’ai la chance d’avoir pu diviser mon salon de tatouage en deux, avec deux entrées, une pour le tatouage esthétique, plus classique, et une pour le tatouage 3D de reconstruction.  Donc il y a maintenant tout un endroit consacré à ça dans le studio. La première femme que j’avais reçu pour un tatouage 3D était passée par le studio classique, avant la division, et de ses propres mots ça ne lui a pas plu. Les personnes qui ont déjà subi beaucoup d’interventions chirurgicales ont parfois du mal à entrer dans un salon de tatouage. Elles n’ont pas fait la démarche de vouloir un tatouage. Contrairement à la clientèle qui vient se faire tatouer pour le plaisir, c’est un moment qu'auraient préféré éviter les femmes qui ont été victimes d'un cancer du sein. En arrivant dans la partie du studio où je pratique le tatouage 3D, elles sont en confiance plus rapidement.  

Maintenant je fais partie de l’association The A.R.T qui regroupe des tatoueurs spécialistes de la 3D de reconstruction. Comme je suis membre de cette organisation, j’essaie de pratiquer des prix raisonnables, 250 euros pour un sein. En France il existe aussi quelques tatoueuses qui font de la 3D après une mastectomie. Dans les deux pays, ce tatouage n’est toujours pas remboursé par la sécurité sociale, et j’aimerai que ce soit le cas. C’est un tatouage reconstructif et pas esthétique.  

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