La Tunisie, à l épreuve de l égalité des droits

En Tunisie, la COLIBE, ou commission pour les libertés individuelles et l egalite, a rendu son rapport au président de la République: de quoi soulever l enthousiasme des plus progressistes, mais aussi une levée de boucliers de la part des éléments les plus conservateurs ou réactionnaires de la société tunisienne!

 La Tunisie s était dotée, des son indépendance, et la proclamation de la République, de dispositions ou lois progressistes en faveur des femmes. L interdiction de la polygamie avait été instaurée, ainsi que le droit au divorce et à l avortement promulgués. La laïcité avait été inscrite dans la Constitution, et le Code du Statut Personnel de la Femme proclame.

 Les débats sur cette question ont été remis à jour depuis la Révolution du Jasmin de 2011. La Constitution de 2014 n était pas dénuée d ambiguïté, puisque sans remettre fondamentalement en question les acquis de 1956 sur le droit des femmes, elle inscrivait dans un des articles de cette Constitution le principe de complémentarité entre l homme et la femme. Plus inquiétant: alors que le parti Ennadha était aux responsabilités, juste après la Révolution du Jasmin, l actuelle et nouvelle maire de Tunis, et membre de ce parti, n avait elle pas fustige les femmes célibataires, et les familles monoparentales, en expliquant que cela ne devait pas exister?

 C est dans cet esprit, et pour contrer vraisemblablement l influence des islamistes dans la société tunisienne, qu un rapport avait été commande l an dernier, par le président Caïd Béji Essebsi, à madame Bochra Belhadj Hmida, députée et ancienne dirigeante de l association Tunisienne des Femmes Démocrates, pour moderniser le Droit et les libertés fondamentales en Tunisie. Une commission à été créée, intitulée COLIBE, ou commission pour les libertés individuelles et pour l égalité. La présidente de cette commission vient de rendre son rapport: elle y propose d instituer l égalité dans l heritage, pour les hommes et les femmes, une disposition qui n avait pas été retenue par Bourguiba, puisque les femmes actuellement en Tunisie héritent de la moitié de ce que touchent les hommes, en succession. Par ailleurs, la COLIBE propose d instaurer dans le droit l abolition de la peine de mort, ainsi que la dépénalisation de l homosexualité.

Si ce rapport qui a été remis au président de la République est progressiste, il n en a pas moins provoquer une levée de boucliers de la part des éléments les plus conservateurs et réactionnaires de la société tunisienne. Les tunisiennes ont néanmoins manifesté lors de la journée de la femme, en Tunisie, et 150 associations environ, ont appelé à soutenir les conclusions et propositions de la COLIBE. Que va devenir ce rapport? D autant que les islamistes du parti Ennadha disposent au sein de l Assemblée des Représentants du Peuple d un pouvoir de nuisance non négligeable! Quoi qu' il en soit, les questions soulevées par ce rapport, témoignent de la réalité d un long combat, qui n est pas près de s arrêter dans la jeune démocratie tunisienne!

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