Lettre ouverte au Président de la République

Je ne pouvais pas laisser passer la « pseudo » lettre aux Français de M. Macron sans y répondre, sous forme de "lettre ouverte." Je l’ai bien sûr envoyée à l’intéressé, par internet (même si la « machine » de l’Élysée n’a pas apprécié) et par courrier postal. Je réponds (en commentant son propos et avec mes propositions) ... au fil de sa missive et y ajoute quelques thèmes de réflexion

Lettre ouverte au Président de la République en réponse à son courrier paru dans les médias


Le 30 janvier 2019


Monsieur Macron,
qui, à la suite d’un étrange processus électoral, occupez la fonction élective de Président de la République, ce que beaucoup de Françaises et de Français ont déploré et déplorent encore plus aujourd’hui, y compris certains de ceux qui avaient voté pour votre candidature.
Vous avez bien voulu m’écrire ou, plutôt avez adressé une lettre, par voie de presse, une lettre aux citoyens de ce pays, procédé que je trouve discourtois. Ne me dites pas qu’il s’agissait de faire des économies ! qu’en eût-il coûté au regard de la dépense des deniers publics pour mener votre nouvelle campagne électorale du « grand débat » à travers la France ?
Vous avez montré ces derniers mois que vous n’aviez pas entendu les revendications que vous adressaient les citoyens les plus démunis de notre pays.
Ils vous demandaient de respecter sa devise : liberté, égalité, fraternité.
Ils vous demandaient, et vous demandent encore, la liberté de manifester ; vous l’avez refusée. Ils vous demandaient, et demandent encore, l’égalité dans la répartition des moyens de subsistance ; vous la refusez. Ils vous demandaient, et demandent encore la fraternité des femmes et des hommes vivant dans ce pays ; vous la refusez.
Vous avez répondu par la mendicité et le mépris qui l’accompagne. Pis ! pour payer l’aumône que vous accordez, vous puisez non pas dans le porte-monnaie des nantis (ces fameux « 1% » qui voient encore s’accroître leur richesse après vos mesures) mais dans celui de tous les autres citoyens de ce pays : en maintenant ou en augmentant la pression fiscale, mais aussi en détruisant les services publics et en en remettant les clés à des organismes privé qui feront payer beaucoup plus cher leurs prestations aux citoyens.
Tels des pompiers qui tentent d’enrayer un incendie social, vous et votre gouvernement avez allumé le contrefeu de ce « grand débat » dont vous vantez, à tort, l’originalité. Je ne citerai que deux exemples : les magnifiques débats publics à l’Assemblé Constituante au début de la Révolution Française et, beaucoup plus proches, ceux que les « gilets jaunes » eux-mêmes ont lancés, animés, animent encore à tous les carrefours du territoire national et dont, hélas, la presse dont une bonne partie est muselée par les pouvoirs financier, politique, policier ne rend que très mal compte. Et que vous ne voulez pas entendre.
Vous procédez, assez honteusement, à la récupération des initiatives spontanées des quelques mairies qui avaient ouvert leurs portes aux manifestants pour leur permettre d’exprimer leurs doléances sur les cahiers du même nom.
Pour appuyer votre démarche, vous avez donc écrit cette lettre. Elle me fait penser aux sermons, aux trop longs sermons que les curés et leurs dames patronnesses adressaient aux travailleurs pauvres de la paroisse sous le Second Empire.
Contrefeu disais-je. Car, plutôt que de répondre de façon concrète et satisfaisante aux questions et aux demandes des citoyens, vous leur retournez trente-quatre – si je ne me trompe - questions ! Tout en précisant bien, je vous cite, que « nous ne reviendrons pas sur les mesures que nous avons prises » notamment pour limiter l’impôt des plus riches ! Alors même que ces mesures constituent le fond des revendications. Rien que cette phrase pourrait clore votre « grand débat ». Elle la clôt de fait pour ceux que vous éloignez des lieux où vous prétendez débattre, à coups de grenades lacrymogènes et de tirs (bientôt mortels ?) de LBD de vos force de police. Les dénégations hypocrites de vos ministres et les vôtres pour vous dédouaner de vos responsabilités, alors que la politique que vous menez depuis deux ans ainsi que celle que vous avez menée précédemment vous rendent totalement responsable, ne font qu’aggraver cette atteinte à la liberté.
Rassurez-vous (même si moi je ne suis pas du tout rassuré par vos pratiques), je vous prends au mot et je vais quand même répondre à votre pseudo-missive, ne serait-ce que pour ne pas laisser le champ libre à ceux qui, dans le climat de clientélisme qui vous a porté au pouvoir, n’auraient d’autre souci que celui de vous complaire. Je n’utiliserai ni gaz, ni grenades de « désencerclement », ni LBD, seulement ma plume.
Pour ce faire, je suivrai simplement le cours de votre propos.
Tout d’abord, vous signalez le caractère singulier de la France. Ce que vous en dites aurait été exact si vous aviez employé le passé au lieu du présent. Depuis plusieurs années, notamment sous la présidence de votre mentor, M. Sarkozy (vous venez de l’appeler à l’aide pour qu’il vous inspire), sous celle de M. Hollande dont vous avez hélas largement aiguillé l’action dans ce sens, et bien sûr depuis votre accession, la France est devenue beaucoup moins fraternelle et de moins en moins égalitaire.
Ne nous leurrons pas en rappelant au monde entier que la « déclaration des droits de l’homme et du citoyen » fut élaborée chez nous. Le monde entier nous rappelle chaque jour combien d’iniquités doivent souffrir nombre de nos concitoyens et … d’expatriés, auxquels vous auriez pu aussi vous adresser car ils participent autant que les « Français » (de « souche » ou non) à la vie de notre pays… et à sa prospérité, car prospérité il y a, qui n’est malheureusement pas partagée par tous. Que peuvent penser celles et ceux sous les yeux desquels on étale quotidiennement - dans les médias, par la publicité - des richesses qu’ils ont contribué à créer par leur labeur mais auxquelles ils n’ont pas, n’auront jamais accès ?
Non ! L’éducation, la santé, la sécurité, la justice ne sont pas, comme vous l’écrivez, « accessibles indépendamment de la situation et de la fortune ».

Les dépassements d’honoraires, l’utilisation des sociétés de sécurité, l’utilisation d’avocats spécialisés dans les divers droits des affaires, du travail, de la santé, par les grandes entreprises, sont affaires d’argent et ne sont accessibles qu’aux plus fortunés. Les autres, dont je suis, voient chaque jour leurs remboursement sociaux diminuer, leur sécurité compromise ; habitant de Saint-Étienne-du-Rouvray, je continue à me poser des questions sur les manquements des services de renseignement en juillet 2016 ; je pense aussi que les cohortes de CRS que vous (et vos prédécesseurs susnommés) ont déployé ou déploient contre les salariés, contre les « gilets jaunes » auraient été mieux employés à protéger les citoyens à Nice ou à Strasbourg. Quant à la justice, vos réformes qui ont déjà réduit à quasiment néant le rôle des conseils de Prudhommes vont la rendre encore moins accessible par la suppression des instances de proximité.
En ce qui concerne notre « liberté d’opinion, de conscience, de croyance ou de philosophie », si elle existe encore sur le papier… qu’en est-il de la liberté de leur expression ? Il me semble – non, j’en suis sûr pour en avoir fait la triste expérience – qu’elle est de plus en plus contrainte par le pouvoir financier (ou le pouvoir politique qui soutient la finance… et réciproquement). Essayer de faire connaître son avis est de plus en plus difficile, tant les médias sont soumis à ces pouvoirs, dont l’expression la plus évidente est la publicité qui masque la moindre tentative de profondeur des propos.
Votre allusion à la « nation française » (comme votre appel aux « chers compatriotes ») ne m’agrée guère. On sait combien de catastrophes humaines nous devons depuis des siècles, et aujourd’hui encore, à la notion de nation et à tout ce qu’elle recouvre.
Devons-nous être fiers d’être Français pour une victoire en coupe du monde de football, ou pour avoir alimenté les différents champs de bataille de la planète en engins de morts : canons, tanks, avions... ? à l’instant où j’écris, vous voilà parti vendre des « Rafale » à l’Égypte, pays hautement démocratique !
Devons-nous être fiers d’être Français parce que notre plus puissant calculateur, le septième du monde, est utilisé pour la conception d’armes atomiques, alors que le cancer, le sida et tant d’autres maladies ravagent encore les populations, en France et dans le monde ?
Vous nous dites que vous savez « bien sûr » « l’insatisfaction » et la « colère ». D’abord, vos mots ne sont pas justes. Il faut parler bien plutôt de désespoir pour nombre de nos concitoyens, ceux-là même que l’on retrouve aux ronds-points. Ensuite, il ne suffit pas de dire, comme dans la chanson, « je sais ». Il faut répondre positivement, avec empathie, aux cris de détresse, et non pas en méprisant (je m’abstiens de citer vos propos insultants) et en proclamant – c’est encore une redite des discours, au mieux paternalistes, du patronat capitaliste du 19ème siècle – « pour réussir on ne devrait pas avoir besoin de fortune mais de réussite et de travail ».
Premièrement, il ne s’agit pas de « réussite » au sens où vous l’entendez, vous et vos conseillers (« celui qui n’a pas une Rolex à 30 ans n’a pas réussi » !!) mais de vivre, de survivre même. Deuxièmement, vous semblez - faites semblant de- ignorer ceux qui chaque jour fournissent cet effort et ce travail (quand ils en ont, quand vos soutiens capitalistes ne ferment pas les usines) et ne s’en sortent pas. Ne s’en sortent pas parce que la société que vous organisez multiplie les travaux à temps partiel (bien pratique pour les statistiques de l’emploi !) et à durée limitée, parce qu’elle taxe (TVA, essence, CSG…) les plus démunis d’entre nous. Parce que les produits de première nécessité, ceux qui seraient les meilleurs pour la santé des enfants et de leurs parents, sont inabordables, à cause des marges bénéficiaires dont se gave la chaîne des intermédiaires. Je n’entre pas dans les détails : allez écouter les « gilets jaunes » ! Écoutez aussi les organisations syndicales de salariés !
Quant au « trouble » qui gagne les esprits en Europe, il faudrait d’abord s’interroger sur leur origine et sur le fonctionnement des institutions européennes, lesquelles sont soumises aux lobbies des grands groupes industriels, européens ou non, que vous protégez et à l’idéalisation des doctrines libérales que vous promouvez. Vous essayez de nous faire vivre dans un panoptique à la Bentham, mais faut-il vous rappeler que les Français on dit « NON » à la constitution européenne de 2005, constitution qui nous est retombée dessus après le coup d’État législatif … encore… de votre mentor M. Sarkozy.
Vous n’acceptez pas la violence. Moi non, plus. À commencer par celle de ceux qui détiennent le pouvoir économique, financier, politique. Je vous recommande une excellent lecture, même si l’ouvrage n’est pas exhaustif tant l’invention pour opprimer les plus faibles est permanente : La violence des riches de Monique et Michel Pinçon-Charlot. Vous découvrirez ce à quoi sont soumis ceux qui se révoltent. N’y rajoutez pas la violence de l’appareil d’État, via les forces de polices ou via des groupuscules surgis d’on ne sait où et jamais attrapés qui, depuis les dernières grandes manifestations (retraites, loi travail, SNCF…) viennent commettre leurs exactions pour justifier la violence policière et ainsi décourager les opprimés de manifester. Je ne relaie aucune « théorie du complot ». Je dis seulement que je sais de quoi sont capables ceux qui tiennent le manche de la cognée. L’Histoire le prouve, longtemps après hélas, lorsque les écrans de fumée du pouvoir se sont dissipés et que les masques sont tombés. Et je ne parle pas des propos de certains qui, se disant philosophes (mais enseigner la philo n’a jamais fait de vous un philosophe !) veulent que l’on tire sur les manifestants.
Quand on vous arrête, a priori, parce que vous allez manifester. Quand on vous gaze, a priori, sans que vous ayez menacé qui que ce soit, alors ne vous étonnez pas des réflexes d’auto-défense de quelques-uns, très peu nombreux. Quand certains médias, certains parlementaires, en particulier ceux de votre majorité, expriment le déni de toute réalité et ne se soucient que de leur propre carrière, alors étonnez-vous qu’ils soient pris à partie. Eux aussi doivent rendre des comptes.
Moi aussi je préférerais que les manifestations se passent sans violence… mais révisez votre Histoire : il n’y pas d’exemple que les opprimés d’un pays occupé ne finissent par se rebeller. D’un pays occupé ? mais nous ne sommes pas occupés me répondrez-vous… Vous savez très bien, parce que vous la favorisez que nous sommes sous l’occupation des pouvoirs économiques américains, chinois, russes, internationaux... N’avez-vous pas été leur candidat à l’élection présidentielle ?
Pour organiser votre « grand débat », vous vous réfugiez derrière les maires. D’abord, vous ne faites que copier, récupérer (comme sait si bien le faire le monde libéral) les initiatives spontanées de nombreuses communes. Ensuite, vous prétendez attribuer un « rôle essentiel » à des élus dont vous ne cessez de vouloir diminuer le nombre et l’importance, dont vous rendez l’exercice de la fonction de plus en plus difficile, voire périlleuse, en compliquant chaque jour leur tâche et en réduisant leurs moyens d’action.
Les lois restrictives votées sous la précédente législature (à votre initiative de ministre notamment ! ne niez pas votre responsabilité) et sous votre présidence, ainsi que la campagne de destruction systématique des services publics (administratifs, hôpitaux, écoles, transports, etc.) ont rendu le fonctionnement des communes de plus en plus difficiles, non seulement dans les campagnes (où vous ne cessez de vous complaire… sans remédier au mal) mais aussi dans les grandes agglomérations ou le « phénomène métropole » éloigne de plus en plus le citoyen de ses devoirs et de ses droits – vous noterez que pour moi, l’un ne va pas sans l’autre - et où, clientélisme oblige, les réalisations se font au profit des plus fortunés et aux dépens des plus déshérités. Je citerai deux exemples d’actualité : le projet de « contournement est de Rouen » qui fait complètement fi de la santé des populations de la rive gauche… une population ouvrière, et celui du « Charles-de-Gaulle express » qui pénalise gravement les populations de la banlieue parisienne, pourtant déjà guère favorisées.
Je ne doute pas un seul instant que vous soyez « demeuré fidèle » à vos « grandes orientations » électorales, qui vous ont fait élire non pas par une majorité mais par une minorité (40%) d’électeurs. Quand vous dites que vous souhaitez la participation du plus grand nombre, vous y êtes encore fidèle en excluant – manu militari – les « gilets jaunes » de vos débats publics (Bourgtheroulde, Souillac…).
Vous avez circonscrit le débat à quatre thèmes. J’en évoquerai d’autres plus tard après avoir abordé ces quatre sujets là.


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À propos de l’impôt, je redis l’injustice sociale que représente la suppression de l’ISF. Quant à l’évaluation de ce type de mesure, les citoyens vous ont déjà répondu.
Mais avant tout, avant même de parler de baisses ou d’augmentations de la pression fiscale, encore faudrait-il que tous les impôts dus soient perçus ! que faites-vous contre l’évasion fiscale ? Rien ! comment luttez-vous contre la fraude des entreprises en matière de cotisations sociales ? en aucune façon ! vous matraquez le moindre citoyen de base qui tarde à s’acquitter de l’impôt et vous accordez le « droit à l’erreur » à des entreprises qui emploient des milliers de juristes pour contourner « l’obstacle fiscal ».
Surtout, vous avez dès avant ce quinquennat, maintenu et augmenté la pression fiscale la plus injuste sur les moins favorisés, les plus exploités de nos concitoyens, celle à laquelle ils ne peuvent échapper : la TVA. Avez-vous déjà vu, à la caisse d’un magasin « bon marché », une personne âgée ou une mère de famille, être obligée, au moment de payer, de remettre en rayon un article pourtant de première nécessité, parce qu’elle dépasse de quelques dizaines de centimes les dix euros (dix euros !! lisez-le bien) dont elle dispose pour les courses de toute une semaine ? Ces quelques centimes qu’elle ne devrait pas payer parce qu’ils résultent d’une TVA trop élevée, une TVA trop élevée qui rend même les transports en commun inaccessibles à certains.
Oui, on peut baisser cet impôt injuste, et d’autres, sans baisser la dépense publique. Cette dépense publique est indispensable pour construire les équipements nécessaires à la population, en particulier le logement indigne tant dans les villes que dans les campagnes, et ainsi donner du travail à tous. Cet argent, allez le chercher là où il se trouve : au Luxembourg, aux îles Caïmans, etc… Pour cela vous devrez vous affranchir du diktat des grands groupes financiers internationaux.
Non, il n’y a pas trop de services publics. Il n’y en a pas assez. Il y a trop de « délégations de service public » qui ne servent qu’à enrichir les propriétaires des entreprises adjudicataires. Il faut favoriser, voire rendre obligatoire, la régie directe des services : eau, gaz, transports, entretien des routes, etc… par les collectivités publiques : mairies, départements, régions, État… Les marchés ne doivent être qu’exceptionnels. Là aussi, n’en déplaise à la Cour des Comptes et à ses émanations régionales, c’est la garantie d’une juste utilisation des fonds publics et du développement de l’emploi local.
Vous dites que notre « modèle social est « mis en cause ». Évidemment ! puisqu’il ne cesse de se dégrader depuis plusieurs années et plus encore depuis vos « avènements » au Ministère de l’Économie et à la Présidence de la République. Vous et votre gouvernement n’avez de cesse de remettre en cause le modèle social issu du programme du CNR, qui était, lui, réellement fondé sur des principes d’égalité et de fraternité, alors que vos projets et vos décisions ne le sont que sur celui du profit de quelques-uns. Ainsi des attaques contre les vraies mutuelles de santé pour les livrer à des organismes financiers qui n’ont de « mutuelle » que le nom. Ainsi de vos projets de capitalisation des retraites aux profit des fonds de pension dont le peu que nous savons est qu’ils ruinent dès qu’ils le peuvent notre industrie, nos équipements … ce qu’il en reste après qu’on les a soldés (comme Alsthom, comme les aéroports…) aux puissances étrangères.
Quant à l’efficacité de la formation, arrêtez de nous leurrer avec l’apprentissage que vous remettez aux mains des puissances industrielles. Celles-ci ne pensent qu’à leurs besoins immédiats et, lorsqu’elles fermeront leurs portes ou, au mieux, muteront dans dix ans, leurs ouvriers se retrouveront complètement disqualifiés. Par la même occasion : arrêtez de lorgner vers les modèles américain, allemand, scandinave… qui ne conviennent (pas toujours d’ailleurs) qu’à des sociétés américaine, allemande ou scandinave. La formation dans son ensemble, la formation professionnelle en particulier, doit être publique et viser à porter chaque enfant, chaque adolescent puis chaque adulte (via une Formation Continue réellement à son service) au plus haut de son potentiel. Ceci est absolument impératif dans le cadre d’un sujet que j’aborderai à la fin : celui des mutations considérables qui atteignent déjà l’humanité, ce dont vous oubliez, sciemment ou pas, de nous parler.
Que vous parliez de « larges concertations » me fait sourire… jaune ! à chaque fois, vous mobilisez, urbi et orbi, les médias pour annoncer des « concertations » alors que les décisions sont déjà prises. À chaque fois, vous avez négligé, bafoué, l’avis des citoyens utilisateurs de tel ou tel service (Poste, Chemin de fer…) et surtout celui de travailleuses et des travailleurs qui font fonctionner ces services. Quand vous ne les menacez pas purement et simplement de les mettre à la porte s’ils ne se plient pas à vos desiderata, comme vous venez de faire pour le personnel de la SNCF.
Il ne peut y avoir de pacte social que si le principe d’égalité entre tous les citoyens est reconnu et surtout si on ne brandit pas a priori une menace financière ou une menace sur l’emploi.


Propositions


(Remarque : ces propositions et celles qui suivront dans ce courrier ne peuvent être que des pistes de réflexion à soumettre à la discussion démocratique. C’est pour cela qu’elles sont brèves et n’ont aucun caractère exhaustif)


- Lutter efficacement contre l’évasion fiscale. Au lieu de supprimer les emplois libérés par la « retenue à la source » les employer pour traque la fraude. Faire sauter définitivement le « verrou de Bercy ». Je vous conseille la lecture des travaux d’Alain et Éric Bocquet, parlementaires particulièrement au fait de cette problématique.
- Baisser, significativement, la TVA sur les produits alimentaires ou de soins de base
- Baisser la TVA sur les transports publics
- Baisser la TVA sur les produits culturels : livres, spectacles…
- Renationaliser les grands services publics (poste, transports, eau, gaz, électricité…) et leur donner une gestion démocratique. Mettre fin à leur éclatement en multiples filiales.
- Encourager les régies directes par les collectivités
- Conserver et sécuriser le système actuel de retraite par répartition
- Relancer l’enseignement professionnel public et placer l’apprentissage sous le contrôle des services publics
- Abolir les lois et ordonnances prises depuis 2014 sur le réseau ferré

 

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Votre « deuxième sujet » aborde donc ce thème de l’égalité. En effet, chaque fois que vous placerez l’État au-dessus des collectivités publiques, que vous les rendrez dépendantes (c’est le sens de votre réduction – suppression ? – de la taxe d’habitation) des décisions de l’État, vous plongerez de plus en plus les citoyens dans l’état de servitude.
Pour qu’un citoyen puisse participer à la vie de la collectivité (locale, régionale, nationale, internationale) il faut lui en donner les moyens. Par l’éducation d’abord (mais je réfute aussi bien l’instruction « civique et morale» que le « salut au drapeau du service national »), par des conditions de vie décentes, par une écoute réelle, par une implication effective dans le fonctionnement des rouages sociaux. Combien de retraités, dont le bénévolat est devenu indispensable, êtes-vous en train de décourager par l’augmentation de la CSG, les menaces sur les pensions de réversion et le mépris que vous affichez à leur égard.
Il faut des élus à tous les niveaux. On y reviendra en quatrième sujet. Mais, d’abord, il faut qu’eux aussi soient formés à leurs tâches d’élus, qu’ils ne deviennent pas (ou ne soient plus) seulement les membres d’une chambre d’enregistrement à vos ordres.
Quant à l’administration, on constate de plus en plus une prééminence de l’administratif sur l’électif. Je n’évoquerai que les décisions hâtives (et souvent illégales) prises par certaines préfectures en matière d’immigration. Cette administration au service du pouvoir exécutif tend ainsi à se substituer aux pouvoirs législatif et judiciaire.
Nous avons le même problème avec la justice, mais j’y reviendrai plus en détail, tant le sujet (que vous n’abordez pas) est crucial.

 


Propositions


- Subordonner les administrations (à tous les échelons) à la fois à l’exécutif et au législatif, et non au seul exécutif. Prévoir les modalités de contrôle a priori par les élus
- Redonner une autonomie de ressources aux collectivités locales (bien sûr en diminuant la part de l’impôt collectée directement par l’État)
- Introduire, à tous les niveaux, le contrôle par les citoyens (voir « sujet 4 »)

 

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« Transition écologique ». Votre assertion « personne ne conteste l’impérieuse nécessité d’agir vite » est fausse. Beaucoup, les pollueurs de toutes espèces, les fabricants de glyphosate, les fabricants de couches, les laitiers, les fabricants de médicaments, les transporteurs sur mer, sur route ou dans les airs, et j’en passe, et des pires, font tout pour polluer sans que cela se sache. Un peu la nature, un peu l’être humain. Cela revient au même. Bien sûr vous n’êtes pas étranger à ces déviances quand, par exemple, vous autorisez ou envisager d’autoriser les forages pétroliers de Total au large de l’Amazone ou l’exploitation industrielle de l’or en Guyane !
C’est fou ce que l’on peut discourir au lieu d’agir. Et quand on agit, on agit mal, ou au détriment d’autres personnes. Je ne citerai, bien que ce ne soit pas le seul exemple, que le cas de l’emplacement des éoliennes au Tréport.
C’est une chose que de culpabiliser le citoyen, c’en est une autre pour les politiques et les industriels de prendre les bonnes décisions. Que signifie le remplacement du train (l’un des moyens de transport les moins polluants) par des cohortes de camions et d’autocars ? Que signifie la délocalisation des fabrications, des assemblages qui font traverser, par avion ou par bateau polluants, plusieurs fois la planète au même produit avant qu’il ne soit mis à disposition du consommateur, quand on pourrait le fabriquer, le transformer à proximité immédiate du consommateur ? Que signifie le fait de flatter l’ego de tel président de région en lui donnant la gestion d’un réseau ferré national ?
Il n’y a pas de règle universelle, mais le bon sens doit permettre de développer des solutions adaptées à chaque cas particulier. Toutes les propositions peuvent être retenues pour autant qu’elles s’appliquent avec efficacité au contexte local, régional, national. Ne mettons pas d’emplâtre sur des jambes de bois ni de rustines sur un Zeppelin sous prétexte de satisfaire les actionnaires des fabricants d’emplâtres et de rustines !
Vous parlez de « garantir scientifiquement les choix » à faire. Il serait temps d’y penser quand vous avez particulièrement amoindri le domaine de notre recherche scientifique. Vous dites ne pas vouloir « défavoriser nos producteurs par rapport à leurs concurrents étrangers ». Mais n’est-ce pas ce qui se fait tous les jours quand vous gardez grandes ouvertes vos portes aux représentants des lobbies industriels nationaux et internationaux. Faut-il vous rappeler l’attitude méprisante du PDG de Lactalis (qui était en train d’empoisonner les enfants) face à une commission parlementaire ? (attitude du même type que celle de votre proche (ex ?) collaborateur à l’Élysée, M. Benalla) ou encore la réception par vous-même du représentant du lobby des chasseurs ?
Mais dans ce domaine, non pas de la simple transition écologique, mais du danger résultant pour le monde tout entier et pour notre pays en particulier (notre pays en sa diversité mondiale) le plus important est… ce qui ne se fait pas. On cause, on cause, et pendant ce temps-là, des populations se noient, des érosions rongent nos côtes, des épidémies remontent les latitudes, des sites sont menacés…
Je ne ferai pas du négationnisme à la Monsieur Alègre sur les causes du réchauffement climatique. Je pose seulement une question : sous prétexte de ce réchauffement, faut-il empêcher les pays dits « émergents » de se développer ? quitte à se retrouver confrontés encore plus à l’une des problématiques de votre quatrième sujet.
Bref, la réalité est là. Ça chauffe, ça réchauffe, ça souffle, ça déborde. Ce n’est pas la première fois que l’humanité est confrontée à des variations climatiques vers le chaud ou vers le froid. Jusqu’à présent, peu outillée pour prévoir ou se garantir, elle se contentait de subir. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Tant au niveau national qu’international, il importe avant tout de venir au secours des hommes qui ont besoin d’être secourus. Ceci est certainement plus urgent que la production d’armes de guerre ou de produits de luxe, ou même que la conquête de l’espace qui, elle, peut bien attendre encore un peu, alors que les peuples ravagés par la sécheresse, les inondations, les tornades, les virus, ne peuvent pas attendre. C’est votre rôle de chef d’État d’intervenir auprès de vos collègues pour éviter ces drames plutôt que d’aller leur vendre des armes ou de passer votre temps dans les salles consacrées au « grand débat ».


Propositions


- Rétablir le fret ferroviaire. Ça passe par l’unicité du service public, n’en déplaise aux lobbies européens, par le rétablissement du wagon isolé et par la mise à l’écart de ceux qui ont tant nui au ferroviaire depuis plusieurs années et que vous gardez encore près de vous : M. Pepy, Mme Borne… entre autres.
- Interdire le glyphosate et tous les produits dont l’innocuité n’est pas scientifiquement (et indépendamment des lobbies industriels) prouvée.
- Développer la recherche indépendante sur la qualité des produits avant toute commercialisation
- Créer un fond de sauvegarde de l’environnement et contre les menaces liées au réchauffement climatique en l’alimentant par la suppression des dépenses inutiles, en premier lieu militaires.


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Abordons votre quatrième « sujet ».
Vous écrivez que « beaucoup ne se sentent pas représentés à l’issue des élections ». Et pour cause ! Je l’ai déjà dit en ce qui vous concerne personnellement, mais cela vaut aussi pour l’Assemblée Nationale qui a vu arriver des gens qui ne représentaient qu’eux-mêmes en étant à votre service. Certains ont d’ailleurs déchanté depuis.
Mais, d’abord, quelle erreur cette concomitance ente élection présidentielle et élection législative ! elle ne concourt, nous en avons eu la preuve, qu’à mettre le législatif au service de l’exécutif. Quant aux citoyens, ils n’ont qu’à … patienter pendant cinq ans !
Cela ne vous étonnera pas si je vous dis, poliment mais fermement, que nous n’avons que faire d’un pouvoir présidentiel sans cesse renforcé. C’est ouvrir la porte à toute forme de dictature. Je vous concède que nous n’en sommes pas encore là, heureusement, mais nous devons veiller au grain car certaines des mesures prises ces dernières années peuvent fort bien en favoriser l’avènement. Je ne citerai que le fichier centralisé des citoyens, véritable scandale et atteinte à la liberté actuelle et future. Dois-je vous rappeler que les Allemands (Nazis) n’eurent qu’à se servir dans les fichiers des juifs et des communistes mis en place par le gouvernement français, de même qu’ils n’avaient eu qu’à utiliser, chez eux, les lois votées sous la République de Weimar pour procéder à l’élimination des handicapés et des malades mentaux ?
Il faut y regarder en deux fois quand on fait une loi : ce qu’on en fera et ce que d’autres peuvent en faire.
La question n’est pas de réduire le nombre des parlementaires, ce qui reviendrait à réduire leur proximité avec leurs électeurs. Eh oui, il y a des députés proches des citoyens ! Nous n’avons pas à faire ce genre d’économies ; je ne partage pas les avis outranciers de l’extrême droite fascisante sur le coût des élus… alors qu’elle-même en tire des profits illégaux. Il suffit d’être attentif au respect des règles.
Beaucoup plus important est d’avoir des élus représentant réellement le peuple. Tout d’abord, je m’opposerai (comme dit plus haut) à l’amateurisme politique qui nous ramène aux régimes napoléoniens (I et III) … mais aussi au professionnalisme politique tout aussi redoutable quand on voit, comme dans votre gouvernement, des gens « changer de veste » sans pudeur et par opportunité pour conserver un pouvoir ou semblant de pouvoir.


Il faut réduire la longueur de la carrière politique (12 -15 ans au grand maximum) en veillant à trois choses : là encore, la formation des élus, car on ne s’improvise pas député (ni conseiller régional, départemental ou municipal) – la possibilité pour chacun de retrouver une carrière professionnelle, quelle qu’elle soit, à l’issue de son mandat, dans les meilleures conditions – lutter contre ce que j’appelle « l’inceste politique » qui consiste à « promouvoir » au rang d’élu non pas tant des membres de sa famille personnelle que des « collaborateurs dévoués ». La Seine-Maritime où je réside offre un excellent exemple de cet inceste politique… fabiusien.
Mais, avant tout, les élus doivent rendre compte de leur mandat, et pas seulement à l’élection suivante et pas seulement par la petite brochure sur papier glacé où ils se glorifient de deux ou trois faits. Nous devons, nous citoyens, être dûment informés de leurs activités parlementaires, mais aussi des décisions qu’ils ont prises, de leurs votes et de leurs motivations (nous ne sommes pas idiots et pouvons comprendre un changement de point de vue, s’il se justifie humainement et démocratiquement et s’il est exceptionnel), des actions entreprises tant au niveau national qu’international ou local. Et non pas découvrir par hasard que notre sénateur ou notre sénatrice se promène régulièrement au Kazakhstan ! (Pour quoi faire ?). Bien entendu, il faut que nous ayons la possibilité d’interpeller, sur place, ces élus à propos de leur bilan et … pourquoi ne pas réfléchir à la question, éventuellement, leur demander de rendre leur mandat.
Bien sûr, on peut associer les citoyens à la prise de décision, dans les grandes occasions si on ne veut pas banaliser l’exercice et diminuer son importance. Les initiatives de ces consultations (qui peuvent être des référendums, mais pas toujours et qui ne doivent surtout pas être de plébiscites !) peuvent venir du gouvernement, des élus nationaux, des citoyens eux-mêmes. Ce qui est beaucoup plus important, c’est la forme sous laquelle elles ou ils sont présentés. La forme de la question qui doit être claire sans être fermée et qui doit être accompagnée des explications nécessaires quant à sa survenue ainsi que des points de vue déjà exprimés nationalement sur le sujet. Dans l’hypothèse de consultations nationales, mais on peut aussi réfléchir à des versions plus régionales ou locales.
Bien sûr, et je reviens sur la vexation énorme subie par les Français après l’annulation du référendum européen de 2005, il est absolument indispensable que l’avis des citoyens soit respecté. Or on peut se demander si on peut vous faire confiance en la matière vu la désinvolture avec laquelle vous avez traité l’avis des habitants de Loire-Atlantique à propos de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Je le dis d’autant plus librement que je n’étais pas électeur et n’aurais pas été de leur avis, mais il est scandaleux que vous soyez passé outre sans autre forme de procès. Cela ne fait que confirmer, hélas, le sentiment éprouvé de décisions déjà prises quand vous interrogez les gens.
Ne jouez pas à ce petit jeu mesquin avec votre « grand débat ».


L’Europe. Ne vous y trompez pas, c’est un « Européen de naissance », un peu forcée d’ailleurs, qui l’écrit : je pense l’Europe nécessaire pour un juste équilibre du monde, notre vieille Europe qui malheureusement a fait tant de mal à ce monde par le biais des colonisations, y compris française, et qui pourrait peut-être trouver un moyen de se racheter si elle avait une autre gouvernance que l’actuelle et si elle ne se laissait pas autant guider par les nouveaux colonisateurs économiques qui exploitent à qui mieux mieux les territoires africains, asiatiques, sud-américains… Certes, nous ne sommes pas les seuls puisque les Américains, les Russes, les Chinois s’en donnent à cœur joie, mais ce n’est pas une excuse ! Il faut revoir la Constitution européenne, celle que les Français ont rejetée en 2005.
Transition vers l’immigration et l’intégration des immigrés. Ce pays, dans lequel nous vivons, que l’on nous prête le temps de notre existence, est une terre de croisements depuis des millénaires. Il n’y a pas de raison d’en cesser le flux. Chaque immigré qu’on nous représente trop souvent comme une charge pour ne pas dire pis (mais que ne disait-on pas dans la première moitié du 20ème siècle à propos des migrants italiens, espagnols, polonais !) chaque immigré est une richesse nouvelle pour ce pays. Consommateur, il faut aussi qu’il puisse devenir producteur, créateur, inventeur, artiste de sa vie et de la nôtre… et pas dans la clandestinité !
Je comprends mal vos expressions « une fois nos obligations d’asile remplies » ou encore « fixer des objectifs annuels ». Ou, plutôt, je ne veux pas en comprendre le sens restrictif. Qui peut se permettre de juger de la valeur d’une femme, d’un homme, d’un enfant qui fuient la misère que les changements climatiques et aussi l’ancienne et la nouvelle colonisation ont engendrée.
Il est même scandaleux de parler, comme cela a été fait et se fait encore, d’immigration « sélective ». En quel honneur (déshonneur !) devrions-nous priver les pays qui se sont efforcé de former leurs médecins, leurs infirmières, leurs professeurs, leurs techniciens, pour suppléer nos carences dans ces domaines ? ceci est encore une forme de colonisation, comme celle que pratiquaient les Romains à l’égard de la Grèce, de la Gaule de l’Hispanie…
Les peuples qui frappent à notre porte sont souvent les enfants, les petits-enfants de ceux qui nous ont permis de nous enrichir du temps des colonies, de ceux qui ont donné leur sang et leur vie pour défendre notre territoire. Soyons leur au moins reconnaissants en accueillant leurs descendants.

De la laïcité. Le fait que ce sujet (comme d’autres) arrive dans votre « grand débat » me conforte dans l’idée que cette opération de propagande est aussi et peut-être d’abord un moyen de faire endosser au peuple la responsabilité de réformes que vous avez déjà engagées.
J’ai été scandalisé, au lendemain de la mort de Jacques Hamel (Saint-Étienne-du-Rouvray le 26 juillet 2016) et de celle, inutile, de ses assassins, par les propos de l’archevêque de Rouen qui estimait que cela était « dû au fait qu’il avait trop de laïcité ». Lequel archevêque, depuis, ne cesse de vouloir tirer profit de cet évènement dramatique pour promouvoir son église.
Bien au contraire, il n’y a pas, il n’y a plus assez de laïcité, car on a dévoyé les lois de 1905, en particulier en octroyant aux établissements d’enseignement religieux des subsides qui font cruellement défaut à l’enseignement public et qui permettent d’entretenir une dualité malsaine dans la formation de la jeunesse française. On a ainsi ouvert la porte à l’immixtion du religieux dans le public et porté atteinte à la laïcité.
Je l’ai dit, d’entrée, à propos de la liberté, une de nos devises. Il faut que chacun puisse croire ou ne pas croire ce qu’il souhaite croire ou ne pas croire, pratiquer éventuellement son culte dans des conditions décentes, en respectant les convictions de son voisin. Mais à aucun moment, le fait religieux ne doit intervenir dans la conduite des affaires publiques, dans l’éducation publique de nos enfants.
L’exemple que j’ai donné plus haut des avantages accordés à une communauté religieuse constitue un dangereux précédent qui prend toute son ampleur au moment où d’autres communautés religieuses tentent de s’affirmer et de réclamer les mêmes droits ou, à défaut, d’imposer « leur droit » (qui n’est pas celui de notre pays) dans l’espace public.
Nous devons nous garder de tout communautarisme et de toute emprise de quelque religion que ce soit sur notre vie sociale.
C’est pourquoi il faut revenir aux fondamentaux de 1905. C’est le moyen d’assurer l’égalité de tous devant la loi.


Propositions


- Arrêter de multiplier les lois sur le même sujet (par exemple toutes les lois sécuritaires) quand on n’a pas encore mis en œuvre et évalué l’efficacité les précédentes
- Arrêter le professionnalisme politique en limitant les mandats électoraux
- Ne pas donner le pouvoir à ceux qui « changent de veste politique comme de chemise » par opportunisme de carrière : vous avez du vide à faire au Gouvernement et aussi à rappeler à ceux qui prétendent « être la République » qu’ils ne sont pas la République, mais à son service!
- Exiger des candidats une formation préalable à la l’exercice de la fonction qu’ils briguent. Favoriser, bien sûr l’accès à cette formation (libre)
- Rendre obligatoire un bilan régulier et détaillé des élus auprès des citoyens
- Donner aux citoyens la possibilité de « sanctionner » un élu qui faillit à son mandat (y compris idéologiquement au regard de ses engagements de sa « profession de foi électorale »)
- Rendre le vote obligatoire (sur le temps de travail) ; donner le droit de vote à tous les résidents permanents étrangers
- Valider le vote blanc (50% de votes blancs invalidant toutes les candidatures à une élection)
- Pour qu’un candidat soit élu, il devra atteindre 50% des électeurs inscrits.
- Introduire la notion de référendum en la plaçant au-dessus de toute autre décision de l’exécutif ou des parlementaires, même a posteriori
- Entreprendre la mise sur pied d’une nouvelle Constitution européenne (celle d’une nouvelle Constitution français coule de source au vu des préconisations ci-dessus et ci-dessous)
- Écarter systématiquement les représentants des lobbies de toutes natures de la Présidence de la République, des Ministères, du Parlement
- Fermer les centres de rétention (si mal nommés). Ouvrir des centres d’accueil et d’insertion pour les migrants
- Contrôler l’emploi des migrants par les entreprises (renforcer le rôle et le nombre des Inspecteurs du Travail) (voir « Justice »)
- Abroger la loi Debré et toutes lois subséquentes sur le financement des écoles confessionnelles

 

 

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Parmi les « sujets » que vous n’avez pas, ou peu, abordés, je vous propose succinctement trois pistes de réflexion : la justice, l’école, les nouvelles technologies.
La justice. Pour être franc, je n’ai jamais cru, et encore moins aujourd’hui, que l’appareil judiciaire (pas seulement français) représentait la justice. Je pense qu’il est là, comme la police d’ailleurs, pour faire appliquer des règles décidées par certains citoyens pour, ou plutôt souvent contre, d’autres citoyens, et ainsi préserver l’ordre établi du pouvoir. Très rares sont les juges qui ont essayé d’être… justes. La plupart en ont largement pâti dans leur carrière.
Un seul type de juridiction pouvait encore remettre en cause mon pessimisme et mon sentiment d’oppression: les Conseils de Prudhommes chargés de faire appliquer la législation du travail. Une législation durement acquise par les plus faibles face aux plus forts au cours des luttes sociales de ces deux derniers siècles. Hélas, vous avez tout détruit en promulguant la « Loi travail » (et avec quelle brutalité !) et en réduisant quasiment à néant le rôle des Conseils de Prudhommes, ceci même au mépris des lois internationales ! Une fois encore, vous vous êtes situé du côté de ceux qui tiennent le manche de cognée pour frapper le peuple.
Maintenant, face à des lois mal écrites – volontairement, à mon avis – on récrit de nouvelles lois, on multiplie les procédures et seuls ceux qui en ont les moyens peuvent se payer les juristes nécessaires pour les détourner ou faire traîner en longueur des procès qui alimentent et bloquent une machine toujours débordée.
Mais là, vous avez dépassé et vous préparez à dépasser encore plus les bornes, comme je l’ai dit plus haut à propos des Conseils de Prudhommes et des tribunaux d’instance, mais encore en assujettissant encore davantage le pouvoir judiciaire au pouvoir exécutif, le vôtre. Vous déshumanisez complètement une institution qui avait déjà tendance à ne l’être que très peu, humaine.
La justice et la police existent… en tant que maux nécessaires à notre société, hélas. N’en faites pas, comme en ce moment contre les « gilets jaunes », un instrument d’oppression du peuple.


Propositions


- Abroger la « loi travail » et toutes les ordonnances restrictives prises depuis votre quinquennat.
- Restaurer dans leur pleine puissance et même en renforcer le rôle les Conseils des Prudhommes
- Entreprendre des négociations avec les organisations syndicales pour améliorer les conditions de travail et de rémunération des salariés et le partage du travail par tous pour résorber le chômage
- Maintenir, renforcer et rendre plus accessibles les structures judicaires de proximité (Instance)

 

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L’école. J’ai déjà évoqué rapidement ce que je souhaitais attendre de la formation et de la formation professionnelle. Nous avons tous remarqué que notre pays fonctionne à rebours de ce que préconisait V. Hugo quand il parlait d’ouvrir des écoles pour fermer les prisons.
Si on n’a pas encore multiplié beaucoup les prisons (et là aussi je réfute toute privatisation dans ce domaine) on les a largement surchargées sans que cela se justifie… ou plutôt pour justifier l’existence de la police et de la justice.
Notre école, dont les enseignants sont les plus mal rémunérés d’Europe, a été soumise depuis nombre d’années au « hoquettement » des réformes mal construites, mal préparées, imposées contre l’assentiment des maîtres qui devaient les mettre en œuvre. Cela ne pouvait qu’échouer.
Votre ministre de l’éducation et votre ministre de l’enseignement supérieur veulent eux aussi jouer au chamboule tout. Le premier veut nous ramener, hors de toute considération de l’évolution générale du monde actuel et à venir (objet de mon prochain chapitre) à une école désuète et utilitaire digne des pièces de Victorien Sardou.
La seconde prétend éloigner de l’université des étudiants étrangers insuffisamment fortunés pour payer la somme astronomique exigée pour l’inscription. Nous rejoignons ici mon propos sur l’immigration sélective et le scandale qu’elle représente.

 

Propositions


- Arrêter les réformes en cours
- Ne pas en prévoir une avant le temps de l’évaluation de la précédente (prévoir entre 15 et 25 ans pour évaluer les effets selon le niveau envisagé)
- Augmenter le salaire des enseignants et les moyens mis à leur disposition. Mettre en place une réelle formation professionnelle (pédagogique) et un recrutement qui ne s’appuie pas uniquement sur les diplômes possédés.
- Revenir sur l’augmentation des tarifs d’inscription à l’Université
- Suggestion : supprimer progressivement le fléau de la publicité mensongère (pléonasme conscient !) et reconvertir les créateurs (souvent géniaux) de ces publicités pour œuvrer (sous contrôle des pédagogues) à la création d’outils pédagogiques attractifs pour les jeunes… et les moins jeunes.

 

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Les nouvelles technologies. Il existe actuellement trois grandes menaces pour l’humanité. L’une a déjà été évoquée, celle du changement climatique. La seconde, effleurée, concerne l’atome. Sous ses deux formes. La première, dite civile ou pacifique, productrice d’énergie. Dois-je vous rappeler les précédents de Tchernobyl et de Fukushima ? dois-je vous rappeler qu’il existe en mer, à la latitude de Penly et de Paluel, et à une trentaine de kilomètres, un épicentre de secousses telluriques (force 4 à 5) ? dois-je vous rappeler le fiasco actuel de l’EPR de Flamanville et les risques qu’il fait courir pour l’avenir ? Vous savez la difficulté que l’on éprouve à se débarrasser des installations atomiques déjà existantes (à propos, où en est-on à Brennilis ?), alors n’en rajoutons pas. Il suffit de constater (ce sont les experts de l’Autorité de sûreté nucléaire) de constater « le vieillissement du parc » et, plus grave et résultat de cette manie de recours à la sous-traitance, « les pertes de compétences » des personnes employées. Par ailleurs, maîtrisons et gardons nationale notre production d’énergie non nucléaire, en particulier nos centrales hydroélectriques.
La seconde forme de l’atome est bien sûr celle de la bombe. J’ai dit plus haut mon étonnement de voir les moyens encore déployés pour cette forme de destruction massive de l’humanité, je devrais dire de crime contre l’humanité. D’abord, nous avons des devoirs envers toutes celles et tous ceux qui ont été les victimes inconscientes parce que manipulées par les autorités militaires et l’État de nos essais nucléaires, tant en Algérie que dans le Pacifique. Les torts que nous avons causés tant aux civils qu’aux militaires non avertis doivent être réparés. Il en va de l’honneur d’un Président de la République responsable de l’arme atomique. Ensuite, vous devez en cette qualité, initier les actions nécessaires à la maîtrise (éradication) nationale et mondiale de cette abomination. Et ceci avant que la dite arme ne prolifère aux mains de « responsables irresponsables » tant dans les États qui en sont les actuels détenteurs que dans ceux qui tentent de l’acquérir.

Je termine avec les nouvelles technologies proprement dites. Pour résumer, celles qui tendent à suppléer les actions de l’homme et celles qui tendent à suppléer un nouvel homme à l’homme. Je ne fais pas de science-fiction : les processus sont déjà largement engagés.
Toutes croissent et prolifèrent à des vitesses exponentielles, sous la seule conduite d’une poignée d’individus répartis en différents points de la planète et ce sans aucun contrôle démocratique. Elles se vendent au plus offrant, rapportent des sommes astronomiques à quelques individus qui peuvent les utiliser à leur guise. Je ne citerai, à titre d’exemple qu’on peut multiplier, que le pouvoir devenu interplanétaire d’un certain Elon Musk… que se passe-t-il si ce Monsieur décide, tout seul de son côté, un jour d’envoyer ses fusées, chargées d’explosifs contre un voisin qui lui déplaît ?
Je ne suis pas un adepte du retour à l’araire ou au boulier. Cela va de soi. J’utilise ordinateur et téléphone portable quand ils sont indispensables. Mais ce qui se profile va bien au-delà et doit nous amener à nous interroger sur notre avenir, surtout celui de nos enfants, celui de l’humanité. L’apprenti sorcier est une jolie pièce de Paul Dukas ou un gentil dessin animé de Walt Disney… mais là, les choses risquent de virer au cauchemar si nous n’y prenons garde.
D’abord, la collecte effrénée de « data » tend à dépouiller chaque individu de sa propre personnalité. On peut envisager le jour où le citoyen n’aura même plus à aller voter (n’aura plus le droit !) puis des machines sauront avant lui quelle est son opinion et qu’elles l’exprimeront à sa place.
À ce propos, je dois vous dire mon indignation concernant l’installation des compteurs communicants Linky, collectant des informations sur notre façon de vivre et qui en collecteront encore davantage quand les appareils raccordés auront à leur tour été équipés par les constructeurs des terminaux de mouchardage ; je ne fabule pas : la démarche a déjà été tentée, via les réseaux hertziens par un fabricant de téléviseurs voici quelques années. On ne doit pas s’intéresser aux « GAFAM » uniquement pour leur faire payer l’impôt mais aussi pour contrôler la maîtrise qu’ils acquièrent sur les citoyens et sur l’État.
Ensuite, les avancées formidables de la biotechnologie. Si, certains de leurs aspects, ceux que l’on nous montre pour l’aide aux handicapés par exemple, peuvent sembler intéressants, elles sont par ailleurs inquiétantes quant à l’utilisation qui peut en être faite en faveur de certains hommes (les plus riches) ou au détriment des autres (les plus pauvres). Les dérapages sont tout à fait possibles : un « chercheur » chinois vient de nous le prouver !
Là non plus, je ne fabule pas. Ni Pierre et Marie Curie, ni Rutherford, ni Einstein n’ont fait leurs recherches pour fabriquer une bombe atomique. Pourtant elle est là, elle a tué, elle nous menace toujours.
Ce que je vous demande, en qualité de simple citoyen, c’est que non seulement les comités d’éthique se penchent sur ces questions et envisagent comment maîtriser l’utilisation qui en sera faite, mais que les citoyens soient réellement tenus informés et possèdent de pouvoirs décisionnaires pour éviter toute catastrophe.

 

Propositions


- Interdire tout recours à la sous-traitance dans les secteurs aussi sensibles que le nucléaire (mais pas seulement…). Former les personnels compétents
- Fermer les centrales atomiques le plus vite possible et n’en ouvrir aucune autre
- Arrêter toute recherche et toute expérimentation (y compris par calculateurs) d’armes atomiques… de toutes armes en fait
- Cesser l’exportation des armes
- Initier des négociations à l’international pour la dénucléarisation
- Arrêter la pose des compteurs communicants
- Établir un contrôle national (exécutif + législatif) des fournisseurs d’accès Internet, des laboratoires de recherche biologique et assimilés…

 

 

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J’aurais aimé pouvoir conclure comme vous « en confiance ». Malheureusement ma confiance en nos instances dirigeantes a été trop sérieusement ébranlée au cours des quelques décennies de mon existence et plus particulièrement au cours de ces toutes dernières années de votre mandat. Je ne voudrais pas être conduit, parce que vous auriez rejeté toutes mes « propositions » précédentes, ce qui témoignerait de votre incapacité au débat démocratique, à en formuler une dernière qui serait celle de vous retirer de la vie publique et démocratique.
Bien d’autres sujets mériteraient d’être portés au grand jour et débattus avec les citoyens et non dans les couloirs des ministères par vos seuls « hommes de l’ombre ». Comme la culture, la presse, la santé, l’industrie, l’agriculture… la liste est encore importante !
Mon propos peut vous paraître long, mais on ne peut pas se contenter de réponses ponctuelles à des questions fermées sans envisager l’ensemble des circonstances qui nous conduisent à la situation actuelle et sans en dégager les responsabilités.
Et pourtant, je suis conscient de mon incomplétude : incomplétude quant aux exactions que votre Gouvernement a commises et commet encore en ce moment même à l’égard du peuple, incomplétude quant aux griefs à votre encontre non seulement depuis votre accession à la Présidence la République mais depuis le jour où vous avez mis les pieds à l’Élysée sous la tutelle de M. Hollande, incomplétude quant à la liste des iniquités dont sont victimes les plus démunis de la part des puissants que vous représentez ; je vous renvoie à ce sujet à ce que disent les organisations syndicales à tous les niveaux, de la plus modeste aux confédérations, à ce qu’expriment ceux qui, privés d’emploi ou travail dans un autre cadre social, s’expriment dans le cadre de l’action des « gilets jaunes ». Incomplétude bien sûr, en conséquence, des « propositions » que j’ai faites, tant il est nécessaire de réformer ce pays dans un sens démocratique et de le sortir des griffes de la finance internationale que vous représentez.
Le cadre exigu et restrictif que vous avez donné à votre « grand débat » sur Internet, l’expérience malheureuse des débats publics organisés par le pouvoir, tout aussi restrictifs quant à la liberté d’expression, ne me permettent pas de glisser ce courrier dans la boîte à lettre électronique que vous avez ouverte.
Mais la façon dont vous avez-vous-même pratiqué fait que je n’ai aucun scrupule pour vous faire parvenir ce courrier sous forme de « lettre ouverte » relayée par ceux qui voudront bien la relayer.

Bien sincèrement.

Pierre Ménard


PS – Vous remarquerez que je signe de mon nom. J’ai horreur de l’anonymat derrière lequel certains (des gens comme … Monsanto) se réfugient (ou empruntent pour se multiplier !)

 

 

 

 

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