Uber c'est Over?

Uber USA a récemment publié un rapport.

En octobre 2017, The New-Yorker et The New-York Times révélaient à la face du monde les violences sexuelles qui existent dans le milieu glamour du cinéma, à travers les agissements d'un producteur redoutable : Harvey Weinstein. Depuis, les mouvements #balancetonporc et #metoo ont permis une certaine libération de la parole de la femme et ont sans doute mis hors jeu certains pervers mais pas vraiment. Comme nous montre l'affaire Adèle Haenel, le chemin est encore long à parcourir dans le cinéma comme dans les autres milieux concernant les agressions sexuelles. 

Par contre, 5 décembre 2019, Uber rend public un rapport sur la sécurité de ses passagers. BA-DA-BOM :  les médias français le reprennent à foison, à croire que le débat sur le voile commençait à lasser. Les titres affolent la toile : 
Près de 500 viols et 6000 agressions sexuelles enregistrés dans les Uber aux États-Unis en 2017 et en 2018
3 045 agressions sexuelles, 9 meurtres : Uber rend public un bilan terrifiant
Uber admet 6000 viols et agressions sexuelles en deux ans aux Etats-Unis

Deux jours plus tard, soit le 7 décembre 2019, en France le hashtag #Ubercestover est créé et somme l'entreprise de réagir face à cette actualité. Il est vrai que l'entreprise ne s'est basée que sur les chiffres de sa branche Etats-uniennes et donc ne nous permets pas d'avoir de visibilité en France face aux agressions sexuelles subies par les utilisateurs.trices et chauffeurs.es. Alors que sur Twitter le mouvement prend de l'ampleur, le collectif féministe "Collages Féminicides" s'est hâté de détériorer les façades des locaux de cette entreprise et accuse Uber au passage d'avoir délibérément caché ces viols. Ainsi, la secrétaire d'état chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, Marlène Schiappa a convoqué Uber pour demander des comptes aux dirigeants.

Pour résumer, en moins de 10 jours après la publication d'un rapport dit inquiétant, nous avons droit à un hashtag, quelques tags et une rencontre à l'Elysée. Ni-ckel!!
Il faut  bien entendu libérer la parole des femmes et Uber doit être tenu responsable de la sécurité de ses passagers.ères comme de ses chauffeurs.es. Mais alors qu'en ce moment, la France se mobilise pour ses retraites, que les inégalités se forment dès la maternelle, que l'on fête les 1 ans des 146 jeunes lycéens de Mantes-La-Jolie qui ont été mis à genoux pendant plusieurs heures par la police, comment se fait-il que les violences sexuelles dans les uber prennent autant d'importance dans les médias? 
Ou que même si nous reprenons tout simplement notre sujet : pourquoi personne ne s'intéresse à Uber et ses pratiques à l'égard de ses chauffeurs VTC qui sont pour la plupart au régime d'auto-entrepreneur alors que pour la grande majorité d'entre eux il s'agit de salariat déguisé? 
Prenons strictement les chiffres établis dans le rapport par UBER Usa : 

  • Il y'a environ 45 courses par seconde aux USA. Ce qui fait que pour une journée, nous avons quasiment 3 888 000 courses par jour (45*60*60*24). Soit 1 419 120 000 courses par an (3888000*365). 
  • Sur les années 2017 & 2018, Uber recense 5931 agressions sexuelles sur 2 ans, mais admettons qu'on arrondisse à  6000.
  • Ce qui fait 0,000211% d'agressions sexuelles  (6000/(1419120000*2)*100).

On est donc à moins de 1% de viols par rapport au nombre de courses totales aux USA.

Dans ce même rapport, Uber fait une série d'annonce qui montre que ce dernier n'a pas simplement été établi dans un soucis de transparence mais bel et bien pour dire que ce problème a été pris en compte par la société. CHECK! En France, où aucun rapport n'a encore été publié, comme dans beaucoup d'autres pays, les dirigeants d'Uber se sont exprimés hier dans l'émission Quotidien de Yann Barthès. Dans cette vidéo, l'équipe va à la rencontre du patron d'Uber France et surprise!!! Petite manifestation devant le ministère!!! Alors que l'équipe ne daigne pas aller à la rencontre des manifestants, elle filme néanmoins la petite quinzaine de manifestants sur place.

Uber Violeurs scandés par les manifestants Uber Violeurs scandés par les manifestants

 

 

Et que voit-on sur cette image ? La plupart des manifestants sont des hommes probablement chauffeurs de VTC. Bien entendu, il serait plaisant de savoir que leurs revendications se bornent aux violences sexuelles mais quelles sont réellement leurs revendications? Très peu de médias ne s'y intéressent mais n'hésitent pas à valoriser un sujet qui concerne moins d'1% des courses annuelles de Uber. Et Uber France, qui avec les dernières annonces de Uber USA sont préparés au sujet des violences sexuelles, commente ses prochaines mises à jour qui permettront aux utilisateurs.trices de se sentir en sécurité.  D'accord, mais à quand un rapport sur les chauffeurs VTC qui montre les conditions de travail, les salaires, les dépenses de ces derniers ? Existe t-il de la précarité avec les courses Uber ? Et si oui, pourquoi? Le modèle Uber existe en France depuis 2011, est-il vraiment si performant?  Toutes ces questions qui restent en suspens et qui attendent un semblant de réponse... 

 

PandaBirdie

 

 

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