Macron se sublime et pourtant se plante encore, ça commence à sentir le cramé

La conférence de presse du Président pour la clôture du Grand Débat, jeudi 25 avril, a été un moment important du quinquennat, entre charme et mégalomanie, entre propositions semi-concrètes et flou jupitérien, Macron a tenté de séduire, de montrer qu'il avait été à l'écoute, en vain. Il s'est encore planté, et l'étau se resserre.

Il n'a pas de chance Macron. En fait il est tellement 2017. Mais ce qu’il ne comprend pas, c’est qu’à l’échelle d’une prise de conscience générale, 2017 c’était il y a longtemps. Il est arrivé au moment où les gens ont dit « ça suffit! la politique c’est pas ça (en fait). »


Merci qui? Hollande pour le flan? Mélenchon pour la radicalité assumée? Hamon pour avoir redonné au PS un programme de gauche, fut-il celui de son cercueil ? Fillon, d’être Fillon? Il a en tout cas indéniablement accéléré le processus par son impatience et son mépris, par sa vision start-up nation, dont les gens ne veulent pas.


Nombreux ont fait l’effort de l’écouter Macron, et il était bon. Mais il était bon dans ce qu’il sait faire: de la com’ avec une dose d’intelligence d’éducation littéraire -c’est ce qui l’a mis au-dessus de ses congénères. Mais c’est fini. C’est fini! 
La duperie, la fourberie (même inconsciente). Ses ministres et lui-même, formés à une rhétorique fatiguée, où le langage permet des tromperies immenses, c'est terminé. Les gens ont dit stop, et le spectre politique ferait bien de le mesurer fissa, car tandis qu'on l'accusera de populisme, il se mettra enfin à la hauteur des gens, qui en ont tellement besoin. Ce qu'ils redoutent, c'est que se mettre à la hauteur des gens veuille dire tolérer leur bêtise. Condescendance et ingratitude habituelle.

Les gens en France sont éduqués. La foule peut être bête mais les gens en France sont éduqués, et ils meurent d'envie de participer, de s'investir, de décider.
Macron croit aveuglément à sa vision. Et il était charmant, du haut de son mètre jupiteresque. Et il a failli retomber dans son travers rotschildien, tout érudit qu’il est, lorsqu’après une envolée lyrique somme toute belle et dont il était manifestement fier, il a assené un doux clin d’oeil à E. Pineau, journaliste qui posait la première question de l’échange.


Encore raté...


Alors il essaye. Il sait qu’il va devoir faire des propositions pour les gens. Il essaye, en vain. Ça ne marche plus. Il est incapable de sortir de son pré-carré formaté. Chose difficile s'il en est: il n'a été à l'aise que dans ce dernier et y a su susciter confiance et admiration. Mais face au peuple, qu'il ne comprend décidément pas, ce n'est qu'indécence.
Le changement, c’est vraiment maintenant, ont pensé ses -vrais- électeurs, las des appareils. Ils se sont trompés et s’en rendent compte.
Même dans cette mise en scène présidentielle, tout le spectre politique, qu’il croyait transcender, lui vole dans les plumes. Les syndicats aussi, les Gilets Jaunes évidemment. Il ne reste que L. Berger de la CFDT pour lui émettre quelque reproche avec douceur. Combien de corps de métier et combien de grèves en deux ans de mandat ? Il peut s'estimer chanceux qu'elles n'aient pas emprunté les mêmes chemins. Arrivera-t-il à tenir encore sans que cela ne se produise?


Il reste quoi: les CRS et les éditorialistes. Certains de ces derniers commencent à sentir à le vent du boulet, et à retourner leur veste (L. Ferrari, JM Apathie -y croit-on?) car ils sentent bien que protéger la maison démocratique qui les paye trop va peut-être signifier lâcher l’éphèbe, roi de la com’, en dépit des propriétaires de leurs médias. Il serait temps que la résistance gagne durablement les créneaux de grande écoute.

Car quand est professeur dans un lycée professionnel, quand on est médecin urgentiste, quand on est agent territorial, quand on est journaliste de terrain, quand on est ouvrier d'un modèle en voie de disparition, quand on est éducateur social, quand est écolo -et quand on est flic espérons-le, on sait.

Quand on est victime en fait, victime du syndrome uber, de la thatcherisation de la vie (sous toutes ses formes), de la prise en otage par les forces de l'argent roi, reine et princes du plus beau projet international qui ait jamais été lancé -le projet européen- alors que tout est là pour fabriquer le modèle social à grande échelle qui inspirerait les peuples du monde entier, on sait.

La menace écologique est chaque jour plus réelle, les inégalités n'ont jamais été aussi fortes, une crise économique est annoncée, Bayer-Monsanto va s'écrouler (et ne pourra plus dépenser des millions pour influencer les lois et des partis comme LREM), les scandales paradisiaques ne vont pas cesser, et pourtant quelle surdité! Au lieu de protéger et promouvoir notre modèle social à l'échelle européenne (et donc mondiale), clé d'un équilibre social et d'une équité entre les Êtres humains et avec la Nature, le gouvernement s'applique à la fondre dans une mondialisation à perte et fracas. Les gens en sont conscients.


Il a raison Macron, c’est un moment décisif. Mais il n’en saisit pas la portée, aussi symbolique que concrète. Celle qui sort la politique du politique, celle qui la rend au peuple, qui, aujourd’hui, soyons-en fiers, se la réapproprie, la fait redevenir OBJET SOCIAL. Malgré les chiens qui seront lâchés ce samedi. Malgré la bestialité de la répression.

La politique redevient nôtre. Finis le gavage d'un côté, les trous de ceinture de l'autre.


Aussi séduisante soit-elle, la com’ politique dont Macron est l’ultime expression, c’est terminé. Et il faut s’en réjouir. Son régime ne tient plus qu’à un fil, et il nous revient de le couper.
Quand les CRS -les pauvres qui tapent les pauvres pour protéger les nantis- finiront par tous se mettre en congé maladie -parce qu’ils sont malades, et qu’on leur demande la haine, alors il ne restera plus rien. Il est fort à parier que jusqu'au bout on fera craindre le pire, la guerre civile et les bûchers, pour ne pas faire advenir ce qui doit: la redéfinition de ce qui nous concerne, la responsabilisation de tous pour tous.
C’est un risque élevé. Macron joue avec le feu, sans mauvais jeu de mot. Lui et les siens, protecteurs d’une caste réduite à voir la peau et le chagrin des pauvres, dans un dernier souffle, s’autorisent à risquer l’extrême droite (qui arrive, ne nous voilons pas la face), lui rendent service, lui fabriquent des électeurs clés en main, plutôt que de céder. Encore une ficelle lâche et usée. Et quand la foule sera effectivement ouvertement raciste, laissera son imagination exprimer les bas instincts dont l’Histoire nous apprend qu’ils ne sont jamais loin, autant ou plus en France qu’ailleurs, alors que fera-t-on?


Nous, la gauche, doit-on prendre ce risque? Oui, hélas.
La compromission d’aujourd’hui vaudrait mort et mort de la planète. Alors oui. Quelle responsabilité! Sûrement la plus belle du siècle nouveau.
Il nous faut travailler, beaucoup. 
Il faut enfoncer le clou et travailler, et redonner l’espoir qu’apporterait un projet nouveau, un vrai.


Il n'a pas de chance Macron : la révolution qu’il hurlait amener avec lui lui revient en mille dans la gueule. On peut dire merci.
Mais tous ces éclopés des manifestations des derniers mois, et ceux des mois à venir, auront autre parole en bouche à lui asséner, lui qui n’en pipe mot, et qui continue à protéger des crapules, derniers remparts de sa ruine.


Point de bûcher nécessaire, il s’enfonce tout seul.
Ne lâchons rien, travaillons, et proposons, inventons, la politique est nôtre!

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.