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Billet de blog 10 mai 2020

QUARTIERS POPULAIRES : NOUS NE SOMMES PAS UN RISQUE

Quel traitement politique et médiatique des quartiers populaires périphérisés par temps de pandémie ?

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NOUS NE SOMMES PAS UN RISQUE

Les derniers évènements dans les quartiers populaires mais aussi ceux qui ont précédés depuis de nombreuses années, nous interrogent et nous interpellent. Quel est ce rapport construit et entretenu par une alliance politico-médiatique, dont l’objectif premier est d’essentialiser et de diviser nos concitoyens ? Pourquoi s’étonner de la violence ? Comment maintenir la précarité, la discrimination, la pauvreté ?

L’exclusion sociale et politique place les habitants de ces quartiers dans un confinement permanent en les exhibant comme au temps des zoos humains. Elle les expulse hors de nos territoires protégés et hors de l’histoire.

Toute personne est façonnée par un grand nombre de caractéristiques, sociales, historiques, culturelles, de genre, de pratiques sexuelles que chacun aménage et vit. Or le discours dominant sur les quartiers et leurs habitants se caractérise par le fait qu’il sélectionne une seule de ces caractéristiques pour la projeter dans l’espace public en la transformant ainsi en une entité collective : l’origine, la religion, les traditions, etc.

Les mots sont le pouvoir. Qui parle et qui est parlé ? Comment sont racontés les habitants de ces quartiers ? Les mots désignent et font surgir des effets. C’est vrai dans tous les domaines, mais ça l’est d’autant plus dans le champ de l’immigration. Ils les présentent ainsi que leurs descendants comme un problème et non comme une donnée sociale, historique et humaine.

Ils sont perçus comme un élément extérieur de l’espace socio-politique alors qu’ils sont un élément constitutif de notre histoire. Ces mots, même décalés de la réalité, ont un impact fort sur les représentations sociales qui en découlent. Ils façonnent nos rapports et ont des effets sur les relations que nous pouvons établir : le fameux « eux » et « nous » conscient ou inconscient.

En effet, l’immigré est réduit à son seul départ. Il n’est rien d’autre, ni passé, ni présent. Décontextualisé, il est donc une cible qui peut cristalliser toutes les tensions. Ses enfants et ses petits-enfants ne sont que les descendants de ce départ : « issus de l’immigration ». Ils sont réduits à cela : première, deuxième, troisième, énième génération ! Sans mouvement, sans contradiction, sans interaction, il s’agit d’une reproduction mécanique, sociale, culturelle, raciale, présentant les mêmes caractéristiques. Une catégorie à part de l’ensemble, définie dans un processus migratoire abstrait, dû au hasard, sans visage ni émotion. L’immigration constitue l’origine indépassable qu’on leur a assignée : être d’ici sans jamais l’être réellement. Cette posture contribue à défaire les manières de se lire, de se raconter, de se relier aux autres. Les récits dans lesquels sont inscrits les habitants créent une figure dans l’imaginaire collectif. Les immigrés et leurs descendants sont devenus le levier d’une construction sacralisée et ethnicisée de l’identité nationale.

Les mots, et les notions qui les accompagnent « intégration, assimilation » sont devenus les figures rhétoriques et emblématiques des discours des médias et des politiques. Ils sont chargés d’un héritage colonial qui construit un groupe social en opposition à un ensemble harmonieux qu’est l’identité nationale. Cette réactualisation de l’anthropologie coloniale fabrique la figure de l’ennemi intérieur, dans une société où l’espace public s’est métamorphosé en espace médiatique de production intensive d’images. Une production massifiée de représentations dans un système technicisé qui occulte toute production de sens. C’est bien tout le contraire d’un espace démocratique permettant la discussion, la réflexion, le débat pour prendre connaissance et juger rationnellement des enjeux de la société dans une démarche éclairée.

L’objectif stratégique est de dépolitiser les faits sociaux pour maintenir une domination par la mise à l’écart et une distanciation racialiste. C’est dans ce cadre là qu’il faut analyser et comprendre le rapport particulier qu’a l’institution policière avec nos quartiers et nos concitoyens.

Je ne vais pas faire ici l’histoire de la répression (bavures, violences, contrôles au faciès), ni faire le décompte des morts. Ce rapport particulier est l’émanation d’un regard qui considère ces populations comme des populations à risque.

D’ailleurs, la répression subie par les gilets jaunes a toujours existé, avec les mêmes méthodes, les mêmes outils, les mêmes armes dans ces quartiers. Ils ont aussi été les terrains d’expérimentation de la militarisation de la police.

La politique de la ville, cette politique si particulière pour un public particulier est aussi une illustration de notre propos.

Les mots utilisés par le chef de l’état (séparatisme) et l’actuel maire de Toulouse (islamo-fascisme) sont dans cette logique là et créent la confusion et les conditions de la violence physique et symbolique. En effet, ces discours ont pour objectif de camoufler les réalités socio-économiques des couches populaires qui se dégradent de plus en plus.

Les vrais enjeux se trouvent dans la privatisation de nos biens communs, la remise en cause de nos services publics et la destruction massive et criminelle de notre environnement pour répondre aux seuls intérêts de la finance et de la spéculation.

Les vrais ambitions de ce système et des dominants sont la défense du capital au détriment du bien public et de l’intérêt collectif ; la destruction de nos acquis et la privatisation de nos vies.

J’appelle à une vigilance collective contre cette politique séparatiste que l’État veut nous imposer et qui renforce un climat de méfiance, de rejet, d’exclusion et de violence.

J’appelle à une vigilance collective contre le scénario qu’on nous prépare et qui consiste à nous faire choisir entre la peste ou le choléra : le fascisme lepéniste ou l’ultralibéralisme macronien.

Affirmons notre identité sociale et collective.

Opposons leur des alternatives collectives, écologiques, solidaires et populaires.

Jamal El Arch, sociologue doumentariste, candidat Archipel Citoyen, Toulouse.

Nous vous invitons à voir ou revoir le documentaire réalisé par l’association ESMA sur le Mirail Gardien de la paix : fiction ou réalité, 2008.

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