Air Sénégal : Philippe Bohn et Jérôme Maillet misent sur l’intercontinental

La nouvelle compagnie aérienne sénégalaise devrait inaugurer son vol Dakar-Paris le 1er février 2019. Le développement d’une compagnie aérienne nationale est un enjeu de taille pour le Sénégal.

 La compagnie Air Sénégal, représentée par Philippe Bohn et Jérôme Maillet fait aujourd'hui face à de nombreux défis. Après les échecs des compagnies précédentes (en 2009 et 2016) la réussite d’Air Sénégal est indispensable afin de relancer le tourisme, mis à mal par les événements dans le Casamance et les attaques terroristes.

Air Sénégal : partie intégrante du Plan Sénégal Émergent (PSE)

Le président du Sénégal Macky Sall, a désigné lui-même le directeur général de la compagnie aérienne : Philippe Bohn. Surnommé « l’ex Monsieur Afrique d’Airbus », Philippe Bohn connaît parfaitement les milieux aérien et aéronautique, tout comme le continent africain. Pendant sa jeunesse, il s’est notamment engagé auprès de Jonas Savimbi, chef nationaliste angolais avec qui il a fondé l’association France-Angola.

Considéré comme un agent d’influence sur la scène internationale, par les nombreux contacts qu’il possède, Philippe Bohn a décrit sa profession dans un livre paru en 2018 intitulé « Profession : agent d’influence ».

Afin de l’épauler dans ses missions, Philippe Bohn a choisi Jérôme Maillet comme numéro deux de la compagnie. « Serial entrepreneur » dans l’aviation, Jérôme Maillet a participé au lancement de trois compagnies aériennes au cours de sa carrière : Volotea (compagnie espagnole à bas coûts reliant les capitales européennes aux villes régionales), Air Côte d’Ivoire (compagnie pour laquelle il a réalisé le plan d’affaires et d’investissement) et Congo Airways (compagnie ayant reçu le prix de « compagnie aérienne de l’année »  de l’AFRAA dans la catégorie « progrès » pour les performances réalisées en 2017).

Jérôme Maillet a également fondé en 2001 sa propre entreprise de conseils en aviation, après avoir débuté sa carrière à la Société Générale au sein du département des financements aéronautiques.

Les deux hommes sont aujourd’hui considérés comme des experts des domaines de l’aviation et de l’aéronautique dont la parole est gage de crédibilité et de sérieux. Par l’écriture de son livre, Philippe Bohn a démontré sa capacité à prendre du recul tandis que Jérôme Maillet intervient dans de nombreuses conférences spécialisées (en octobre 2018 il a notamment participé à la Air Finance Journal Africa).

Philippe Bohn et Jérôme Maillet n’ont pas le droit à l’erreur dans la gestion d’Air Sénégal. En effet, Macky Sall mise sur cette nouvelle compagnie nationale pour prouver que le Sénégal est un pays en plein développement.

Dans cette perspective, l’inauguration de l’aéroport Blaise Diagne en décembre 2017 est un premier pas. Cet aéroport, situé à quelques kilomètres de Dakar, dont la construction aura duré une dizaine d’années, est destiné à devenir le plus grand hub d’Afrique de l’Ouest. L’ouverture de l’aéroport s’inscrit dans la politique de Macky Sall pour son pays : miser sur un développement des routes, du rail et de l’aérien. L’objectif est de permettre la circulation des biens et des personnes, en prenant comme exemple le modèle de l’Union Européenne. Macky Sall possède une vision cohérente et logique : la liberté de circulation doit garantir les échanges, le commerce et à long terme la croissance économique.

Les ambitions affichées doivent bien sûr être en accord avec les possibilités financières : les coûts de construction ou le fioul par exemple sont plus chers en Afrique qu’ailleurs et impliquent donc une vision de long-terme et une stratégie réfléchie afin de permettre un développement viable.

La compagnie Air Sénégal est donc partie intégrante du Plan Sénégal Émergent (PSE), le cadre de référence des politiques du président sénégalais, devant permettre au pays d’atteindre un développement sans précédent d’ici 2035.

La stratégie de Philippe Bohn et Jérôme Maillet

Afin de permettre à la compagnie Air Sénégal d’atteindre les objectifs fixés par Macky Sall, Philippe Bohn et Jérôme Maillet ont élaboré une stratégie précise et cohérente.

Les deux dirigeants misent sur deux axes afin de permettre à Air Sénégal de prendre son envol vers le succès : le développement de vols intercontinentaux et l’acquisition d’avions de dernière génération.

La compagnie Air Sénégal a déjà ouvert huit lignes régionales (à destination de Banjul, Bissau, Abidjan, Cotonou, Praia, Conakry, Bamako et Ziguinchor) mais entend proposer des vols intercontinentaux.

L’ouverture de la ligne Dakar-Paris au 1er février 2019 devrait garantir le succès de la compagnie. Air Sénégal est ainsi la première compagnie d’Afrique de l’Ouest à se positionner sur cette route, considérée comme l’une des plus rentables.

Afin de proposer des vols de qualité, Air Sénégal a fait l’acquisition de deux Airbus A330-900 neo, baptisés Casamance et Sine Saloum. Ces deux avions sont aujourd’hui dans la phase finale de production : ils ont été peints aux couleurs de la compagnie tandis que les moteurs et les sièges ont été installés.

Ils seront tous deux équipés des dernières innovations technologiques : écrans haute résolution, prises USB et électriques individuelles et wifi illimité.

Dans la perspective de montrer que le Sénégal se dote d’une compagnie moderne, conforme aux derniers standards internationaux de voyage, trois classes seront proposées : business, premium économie et économie .

Avec le lancement de la ligne Dakar-Paris, Philippe Bohn et Jérôme Maillet espèrent atteindre leur objectif : la réalisation d’un chiffre d’affaires de cent dix millions d’euros en 2019 et trois cent quarante millions d’euros d’ici 2022.

Air Sénégal entend également ouvrir son capital à hauteur de quarante-neuf pour cent d’ici 2020. Pour ce faire, Jérôme Maillet sera chargé de la levée de fonds auprès d’investisseurs de premier rang. L’ouverture du capital d’Air Sénégal à d’autres compagnies aériennes est elle aussi envisagée.

Air Sénégal entend ainsi devenir une vitrine promotionnelle pour le pays.

Fidèle aux valeurs d’ouverture et d’échange de l’aviation, la compagnie mise également sur la transmission et le partage.

Philippe Bohn sera un des intervenants du nouveau short MBA en diplomatie économie et lobbying de l’Université Centrale : un cursus de cinq moins dont les cours débuteront le 24 janvier 2019.

L’expérience du directeur général de la compagnie constituera une valeur ajoutée auprès des autres intervenants de ce cursus (ministres, diplomates…).

De plus, afin de former les futurs spécialistes de l’aviation, Air Sénégal a noué un partenariat avec l’école Sup de Co. Les étudiants du cursus « transport et logistique » pourront ainsi renforcer leurs connaissances pratiques et techniques et trouver facilement un stage de fin d’année et un emploi à la sortie de leurs études. 

Le directeur de l’école Aboubacar Sedikh Sy se félicite de ce nouveau partenariat qui permettra aux étudiants de prendre conscience à la fois de l’importance des connaissances techniques mais également de la valeur du capital humain.

Philippe Bohn a, lors de nombreuses interviews, insisté sur l’importance du facteur humain, à la base de tout échange, de toute communication et élément indispensable pour permettre la réussite de tout projet.

Selon lui, travailler dans le domaine aérien exige humilité et compétences précises : ce domaine est extrêmement concurrentiel mais représente également un des secteurs les plus normés au monde (avec le secteur nucléaire).

En misant sur l’intercontinental, et notamment la ligne Dakar-Paris, Philippe Bohn et Jérôme Maillet entendent permettre à Air Sénégal de devenir leader sur le marché aérien africain et appuyer positivement la politique de développement économique voulue par Macky Sall.

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