Déconstruire les préjugés pour lutter contre l'antisémitisme

Dans le contexte récent de regain d'antisémitisme, il demeure urgent de se rappeler que "le combat contre l'antisémitisme n'est pas celui des juifs, mais celui de la nation tout entière", comme l'a précisé la rabbin Delphine Horvilleur. La pièce de Jean-Claude Grumberg, L'être ou pas, prochainement à l'affiche du Théâtre Libre, rappelle la nécessité de déconstruire les préjugés.

La manifestation pour lutter contre l'antisémitisme qui a eu lieu mardi 19 février à Paris, pose la question des progrès qu'il reste à accomplir en matière d'éducation, d'information, et de tolérance au sein d'une société où s'amalgament les souffrances d'ordre social, économique et identitaire. L'intolérance religieuse envers chrétiens, musulmans et juifs, les confusions insidieusement nourries par la machine à désinformations que peut constituer internet et les analyses géopolitiques non sourcées et souvent imprécises qu'on y peut lire, doivent alerter la société civile sur l'urgence de la situation.

Bien qu'il y ait un projet d'évolution de sa définition juridique (voir l'article de l'Obs sur l'intégration de l'antisionisme), la pénalisation de l’antisémitisme est manifestement insuffisante dans une société où la déscolarisation des enfants de confessions juives va croissante.

Delphine Horvilleur, essayiste, rédactrice de la revue de pensée juive Tenou'a et rabbin du mouvement Juif Libéral de France, le précise dans une entrevue récente (voir l'article de l'Obs: Qu'est-ce que l’antisémitisme?) : la question de l'antisémitisme est intimement liée à la question de l'identité juive. Qu'est-ce qu'être juif ? C'est la question que Jean-Claude Grumberg, auteur, dramaturge et scénariste (notamment Le dernier métro de François Truffaut) a voulu affronter sans détours dans sa pièce L'être ou pas ironiquement sous-titrée : "pour en finir avec la question juive". Sous une forme légère et très drôle (discussions entre deux voisins, l'un découvrant que l'autre est juif), Grumberg parvient avec malice à casser un à un les préjugés qui entourent l'identité juive, et démontre qu'il est possible d'échanger sur cette question de manière dépassionnée et dénuée de toute tension. "Ma génération croyait que l’athéisme allait vaincre, on ne pouvait pas imaginer ce retour de l’obsession religieuse. Nous avons, en quelque sorte, été bernés. Du coup, je me réjouis au moins d’une chose, celle d’avoir réussi à faire rire avec un tel sujet." (cf. Entretien de Jean-Claude Grumberg dans Paris Match).

@Pascal Victor @Pascal Victor

A travers leur contribution, artistique pour l'un, philosophique pour l'autre, Jean-Claude Grumberg et Delphine Horvilleur font oeuvre de pédagogie et apportent ainsi un début de réponse à la question des moyens à mobiliser pour lutter contre l'antisémitisme. 

Ils se retrouvent justement ce dimanche 10 mars au Théâtre Libre (19h), accompagnés du directeur du Fonds Social Juif Unifié Richard Odier, pour prolonger cette réflexion collective autour d'une rencontre avec ceux qui le souhaitent. Cet événement aura lieu dans le cadre de la deuxième édition du festival de théâtre « Paroles Citoyennes », créé afin de rassembler, durant un mois, auteurs, artistes, grand témoins de la société civile et spectateurs autour de spectacles engagés, en prise directe avec les enjeux de notre société. Plus d'information sur le site du festival : ici.

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