Les évêques et la covid

Mais que font les évêques de France ? Alors que les gestes barrières s'imposent à tous, ils semblent que nos caciques catholiques réclament, dans notre état laïque, des passe-droits ?

Depuis l’allocution présidentielle et les conférences de presse de Monsieur le Premier Ministre et quelques membres de son gouvernement sur l’allègement allongement du confinement, on entend vociférer les évêques de France sur les libertés fondamentales. Non, bien sûr, ce n’est pas pour défendre le droit des femmes à disposer de leur corps, ou celui de leur prochain à vivre la sexualité de son choix. Il s’agit de celle d’aller à la messe. Nos caciques catholiques développent moultes argumentations sur le non-sens qu’est une messe à trente personnes seulement ou sur l’impossibilité qu’il y a à sélectionner les fidèles qui seraient autorisés à aller à la messe et sur ceux qui ne le seraient pas. Sur un ton fort peu urbain, ils se répandent sur les chaînes de télévision et les radios, en appellent au président pour qu’il tienne des promesses qu’il aurait faites…

Les évêques y tiennent très fort à la messe, il suffit de ce rendre ici ici pour le comprendre : si les ouailles s’éloignent, on risque de les perdre… Loin des yeux loin du cœur. Et donc, au nom de l’importance du culte, les évêques ne réclament rien d’autre qu’un passe-droit, celui de rassembler des gens, autant qu’ils veulent, dans des lieux clos, où on parle fort, où on chante tous ensemble, où on mange une ostie délivrée par les mains d’un prêtre (ou d’un diacre, ou d’un coreligionnaire…). Ces lieux sont en général haut de plafond, certes, mais aussi fort mal aérés et donc, véritables nid à covid du fait de la concentration de Sars-Cov-2 qu’on peut exhaler et inhaler pendant environ une heure, ou manger avec l’ostie…

Dans le même temps, on travaille à une loi sur les séparatismes, euh non, pardon, désormais « un projet de loi confortant les principes républicains ».  Et le ministre Darmanin, dans les colonnes de « La Croix » a été fort clair le 6 octobre : « Il faut que certains catholiques comprennent bien qu’ils ne peuvent à la fois nous demander de prendre des décisions très fortes contre l’islamisme radical et reprocher au gouvernement de vouloir se mêler de religion quand il décide de mesures de protection de la laïcité. »

Parce qu’en effet, le principe de laïcité considère que la religion est du domaine privé. Par conséquent, chacun a le droit de croire ou de ne pas croire, d’appliquer les principes et les valeurs de sa religion, mais ne peut en aucun cas les imposer aux autres, ou obtenir des droits supplémentaires au motif de sa religion et de sa volonté de la pratiquer.

Les supporters de football qui veulent se rassembler dans les stades (ne parle-t-on pas, d’ailleurs, de « communion » entre les supporters ?) ou les spectateurs assidus de cinéma, de théâtre ou de concert ont strictement les mêmes droits que les catholiques qui veulent aller à la messe.

Donc, s’il y a des assouplissements pour permettre aux catholiques d’aller à la messe, il faut qu’il y en ait aussi pour toutes les activités publiques qui rassemblent du monde en quantité, principe de laïcité oblige. Mais alors, bien sûr, quid du principe de distanciation physique ? 

On peut d’ailleurs se poser des questions sur les motivation réelles des évêques de France. Au vu de l’âge moyen des catholiques pratiquants, et sachant que le risque de forme grave de la covid augmente avec l’âge, les évêques ne cherchent-ils pas à propulser vers la vie éternelle nombre de leurs paroissiens, fusse au prix d’une baisse drastique de leur audience ?

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