pascal convert
Artiste
Abonné·e de Mediapart

7 Billets

0 Édition

Billet de blog 25 mars 2020

La jeunesse est immortelle

Une certaine ignorance scientifique demeure sur les raisons pour lesquelles le Covid-19 ne toucherait que faiblement une catégorie sociale bien particulière, les jeunes. La maladie frappe implacablement mais, sauf cas rare, semble préserver les jeunes gens comme si, ayant acquis de longue date une capacité à être transparents dans une société qui les ignore, le virus ne les décelait pas davantage que ne le font les adultes. 

pascal convert
Artiste
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Une certaine ignorance scientifique demeure sur les raisons pour lesquelles le Covid-19 ne toucherait que faiblement une catégorie sociale bien particulière, les jeunes. La maladie frappe implacablement mais, sauf cas rare, semble préserver les jeunes gens comme si, ayant acquis de longue date une capacité à être transparents dans une société qui les ignore, le virus ne les décelait pas davantage que ne le font les adultes. A moins qu’avec une certaine bienveillance, le Covid-19 n’hypothèque pas totalement la possibilité d’une vie future, plus digne et fraternelle, sur terre...

A la fin de cette "crise sanitaire", le soulagement sera immense que nos enfants soient passés à côté. On ira même jusqu’à dire qu’ils ont vécu une expérience unique, l’expérience d’une « guerre » tout en restant loin du front, inconscients du danger, le regard fixé sur leurs consoles de jeux vidéo, partageant des fake news sur les réseaux sociaux.

Le fait qu’au final ils auront perdu un grand-père, une grand-mère, un parent n’en fera pas des victimes mais ajoutera à leur culpabilité d‘avoir survécu du seul fait de leur jeunesse. A leur invisibilité dont témoignent les deux discours présidentiels des 12 et 19 mars dans lesquels aucune référence n’est faite à la jeunesse sauf pour annoncer la fermeture des écoles, collèges, lycées, universités et la mise en place d’un télé- enseignement à l’échelle du territoire, s’ajoutera une culpabilité sans retour. Le portrait qui est fait d’eux dans les médias est le plus souvent celui d’une jeunesse profitant d’une situation critique, vivant l’annonce de l’arrêt des cours avec la même liesse que la victoire des Bleus lors de la coupe du monde 2018 : « Wallah, dans mon internat c’était la coupe du monde 2018 ! ».

Dans les faits, la jeunesse paye déjà un lourd tribu au Covid-19. Les premiers dans les entreprises à avoir été remerciés ont bien sûr été les stagiaires, des stagiaires le plus souvent non salariés. On parle aussi beaucoup du dévouement des caissier(e)s, vendeur(se)s, surveillant(e)s, qui sont sur la ligne de front du ravitaillement. Un quart d’entre eux sont des étudiants qui doivent travailler pour payer leurs études à défaut de recevoir des bourses suffisantes. Les étudiant(e)s infirmier(e)s, ont été réquisitionné(e)s sur la base du volontariat alors même que leur formation n‘était pas terminée et sont en première ligne. D’autres s’organisent pour porter assistance aux plus démunis. Contrairement au discours général, l’altruisme, le goût du commun est dans les gènes de cette jeunesse que l’on qualifie le plus souvent d’individualiste, voire d’égocentrique.

Dans son discours du 12 mars annonçant dès la sortie de crise à un retour à « l’Etat-providence », à « la santé gratuite sans condition de revenu, de parcours ou de profession [qui] ne sont pas des coûts ou des charges mais des biens précieux, des atouts indispensables », le chef de l’Etat aurait dû ajouter qu’il était urgent de sortir la jeunesse de l’état de précarisation économique et morale dans laquelle le système ultralibéral la maintient pour en faire une main-d’œuvre à bas coût alors qu’elle est le plus souvent surdiplômée, qu'il était urgent d'annoncer comme mesure prioritaire la mise en place d’un revenu universel minimum permettant de poursuivre dignement des études.

Sans cela, il est à craindre que les lois d’exception permises par cette crise, en particulier la mise en place du télétravail « rendu obligatoire pour tous les postes qui le permettent », n’ouvrent une nouvelle boîte de Pandore et que les jeunes n'héritent d’un système dans lequel ils seront soumis à trois voire quatre entreprises simultanément pour boucler leurs fins de mois.

La crise des gilets jaunes deviendra alors la crise des gilets jeunes et jaunes et, refusant dans un même élan ce monde qui justifie l’injustice au nom d’une intelligence supérieure, balaiera réellement cette fois le vieux monde, celui des sachant, des experts, d’une élite qui a oublié qu’elle était au service de la nation et du projet européen et non d’une classe de privilégiés.

Alors nous découvrirons pourquoi la jeunesse est immortelle et que le Covid-19 ne peut rien contre elle, contre son énergie, sa lumière, son amour, son avenir d’été.

Glas d’un monde trop aimé
J’entends les monstres qui piétinent sur une terre sans sourire. Ma sœur vermeille est en sueur.
Ma sœur furieuse appelle aux armes.

René Char

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Social
Lidl : les syndicalistes dans le viseur
Dans plusieurs directions régionales de l’entreprise, les représentants du personnel perçus comme trop remuants affirment subir des pressions et écoper de multiples sanctions. La justice est saisie.
par Cécile Hautefeuille et Dan Israel
Journal — Social
Conditions de travail : la souffrance à tous les rayons
Le suicide de la responsable du magasin de Lamballe, en septembre, a attiré la lumière sur le mal-être des employés de l’enseigne. Un peu partout en France, à tous les niveaux de l’échelle, les burn-out et les arrêts de travail se multiplient. La hiérarchie est mise en cause.
par Cécile Hautefeuille et Dan Israel
Journal — Politique
Zemmour : quand le candidat parle, ses militants frappent
À Villepinte comme à Paris, des antifascistes se sont mobilisés pour ne pas laisser le premier meeting d’Éric Zemmour se tenir dans l’indifférence. Dans la salle, plus de 10 000 personnes s’étaient réunies pour l’entendre dérouler ses antiennes haineuses, dans une ambiance violente.
par Mathieu Dejean, Mathilde Goanec et Ellen Salvi
Journal — Politique
En marge du meeting de Zemmour, des habitants de Seine-Saint-Denis fustigent « sa politique remplie de haine »
Éric Zemmour a tenu le premier meeting de sa campagne présidentielle dans un département qui représente tout ce qu’il déteste. Cibles quotidiennes des injures du candidat d’extrême droite, des citoyens de Villepinte et des alentours témoignent.
par Hannah Saab (Bondy Blog)

La sélection du Club

Billet de blog
Le fascisme est faible quand le mouvement de classe est fort
Paris s’apprête à manifester contre le candidat fasciste Éric Zemmour, dimanche 5 décembre, à l’appel de la CGT, de Solidaires et de la Jeune Garde Paris. Réflexions sur le rôle moteur, essentiel, que doit jouer le mouvement syndical dans la construction d’un front unitaire antifasciste.
par Guillaume Goutte
Billet de blog
Aimé Césaire : les origines coloniales du fascisme
Quel est le lien entre colonisation et fascisme ? Comme toujours... c'est le capitalisme ! Mais pour bien comprendre leur relation, il faut qu'on discute avec Aimé Césaire.
par Jean-Marc B
Billet de blog
« Pas de plateforme pour le fascisme » et « liberté d’expression »
Alors que commence la campagne présidentielle et que des militants antifascistes se donnent pour projet de perturber ou d’empêcher l’expression publique de l’extrême droite et notamment de la campagne d’Éric Zemmour se multiplient les voix qui tendent à comparer ces pratiques au fascisme et accusent les militants autonomes de « censure », d' « intolérance » voire d’ « antidémocratie »...
par Geoffroy de Lagasnerie
Billet d’édition
Dimanche 5 décembre : un déchirement
Retour sur cette mobilisation antifasciste lourde de sens.
par Joseph Siraudeau