La destruction du Code du travail n’aura pas lieu

Un espoir se lève ! Face à la contre-révolution libérale commanditée par le MEDEF et ourdie par un premier ministre autoritaire, la jeunesse s’organise et refuse d’être une génération sacrifiée sur l’autel de la précarité. Dès le 9 mars, tous ensemble, salariés du privé et du public, chômeurs, étudiants, citoyennes et citoyens attachés à nos droits, mettons un point d’arrêt à la loi-Travail !

Ce qui devait être le point d’orgue de la politique libérale du gouvernement socialiste le plus à droite de toute notre histoire politique, ce qui devait couronner l’édifice des lois Macron, s’est transformé en quelques jours en une étincelle qui a réveillé les consciences et mis le feu aux réseaux sociaux. Les organisations syndicales de salariés, jusque-là attentistes et concevant une montée en puissance des mobilisations sur l’ensemble du mois de mars, seront très certainement débordées, dès le mercredi 9, par une mobilisation forte des syndicats étudiants et lycéens, et des organisations de jeunesse qui prennent le relais des mots d’ordre sur les réseaux sociaux, dont certains appellent à la grève générale. Il sera de la responsabilité des syndicats de salariés de les accompagner, de les soutenir, sans attendre les journées de grève qu’ils organiseront eux-mêmes. Nous ne sommes pas à l’abri de provocations, y compris d’un pouvoir qui nous a habitués au pire, et d’un premier ministre qui méprise une pétition qui chemine vers le million de signataires et qui est prêt à tout pour imposer sa loi. 

Une contre-révolution libérale

La loi-Travail de Manuel Valls n’est pas seulement, comme on l’a déjà dit, une contre-révolution sur un siècle d’histoire du travail et d’acquis sociaux, la destruction de la protection des salariés et de leurs droits fondamentaux, la cogestion de l’État par le MEDEF, ou encore le plus vil reniement d’un parti qui fit adopter jadis les 35 heures. Elle est un acte politique qui désigne le droit du travail comme l’ennemi : le premier responsable du chômage, une entrave à la flexibilité du travail, au développement des entreprises et de l’économie. C’est aussi et surtout une machine de guerre contre tous les salariés, contre les chômeurs, contre les syndicats, contre la jeunesse de France, et en définitive contre toute notre société.

Pour Valls-Macron le droit du travail doit être déconstruit. Ou, plus exactement, il doit être remis dans la main des patrons, sous la forme d’un permis de licenciement et d’exploitation des salariés, commandité par le MEDEF. Car les patrons seront désormais les premiers rédacteurs du droit, un droit différent dans chaque entreprise. L’inversion de la hiérarchie des normes (primat de la loi sur les accords d’entreprise) et l’éclatement des droits des salariés d’une entreprise à l’autre, sont au fondement de ce projet de loi qui imposera la fin de l’égalité des salariés devant le droit. A la suite d’une pétition très pédagogique et efficace, et dont le succès est historique, les Economistes atterrés ont démontré tout ceci, dans un texte clair et très bien informé. Je n’y ajouterai qu’une seule chose : dans ce nouvel esclavagisme du 21ème siècle, qui n’apportera que davantage de chômage, de misère et d’exploitation éhontée de la jeunesse, les syndicats, même majoritaires, en seront réduits à négocier le poids des chaines. Le projet de loi de Valls n'est pas négociable. Il doit être retiré.

La loi de Valls 

Ce permis de licencier et d’exploiter est voulu et accordé au MEDEF par Manuel Valls. Et non directement par Mme El Khomri, qui n’est au plus que la greffière de cette loi inique, et dont la personne et la fonction ont été lamentablement instrumentalisées par un pouvoir machiste, faussement ouvert à la diversité, au profit de l’image et de la communication. Ne nous trompons pas d’adversaire : la ministre est le fusible, le premier ministre est l’instigateur et le concepteur. C’est lui, l’ennemi du droit !

Car la politique de Valls forme un tout. Et ce tout est un monstre. Qui accouchera de monstres encore pires que ceux qu’il a déjà conçus. La logique est la même que celle de sa politique sécuritaire, incarnée dans un état d’urgence permanent : désigner le droit et les libertés comme des obstacles à l’efficacité politique ou à la rentabilité économique. La même rationalité ultra-libérale et liberticide ! Nous savons que la fonction publique essuie depuis des années les conséquences de cette rationalité. La destruction du Code du travail n’est que le prélude à une vaste entreprise de défonctionnarisation, d’affaiblissement de l’Etat et de transfert au secteur privé de ses fonctions et de sa masse salariale. Que les fonctionnaires ne s’imaginent pas être à l’abri. Leur solidarité avec les salariés du privé doit être sans faille.

manuel-valls-myriam-el-khomri-et-emmanuel-macron-lors-d-une-visite-a-l-usine-solvay-le-22-fevrier-2016-a-chalampe-5540627 © AFP, Sébastien Bozon manuel-valls-myriam-el-khomri-et-emmanuel-macron-lors-d-une-visite-a-l-usine-solvay-le-22-fevrier-2016-a-chalampe-5540627 © AFP, Sébastien Bozon

Manuel Valls est parfaitement conscient de ce qu’il fait, réforme après réforme : dynamiter les droits pour asseoir un régime politique fort. Le théâtre de ses divisions avec François Hollande et les jeux de positionnement pour 2017 ne changent rien à l’affaire : il est le Premier ministre et il est totalement comptable de la politique conduite par le gouvernement, sous la responsabilité du Président. Cette politique mettra dans les mains  de ses successeurs toute la panoplie utile à un régime d’exception, dans un pays dont le peuple pourrait porter l’extrême droite au pouvoir. Car, mesurons bien que lorsqu’une politique désigne le droit comme son adversaire, elle renonce à l’état de droit, elle dénonce le pacte républicain, elle dynamite le socle même de l’Etat.

« On vaut mieux que ça ! »

Après des années d’échec et de laminage des mouvements sociaux, après des politiques de droite et de fausse-gauche qui ont conduit nos concitoyens toujours un peu plus vers les leurres d’un Front national nourri  par la droitisation extrême du PS et de l’ex-UMP, la jeunesse instruit aujourd’hui le procès de la politique et peut-être aussi de la génération de ses pères. L’appel à témoignages lancé par la communauté « On vaut mieux que ça » recueille un franc succès. Une vidéo didactique posté sur You Tube a été vue 150 000 fois. Dans le sillage de « Merci Patron » des jeunes produisent des analyses politiques engagées. Une vingtaine d’organisations et associations signent un texte intitulé « Précaires un jour, précaires toujours ? Les jeunes, étudiant.e.s, et lycéen.ne.s disent non au projet de loi Travail ! » (voir texte ci-dessous). Une cinquantaine d’événements facebook ont été lancés pour organiser les rassemblements et manifestations du 9 mars. Une carte des rassemblements est mise en ligne sur le site de la pétition lancée par Caroline de Haas.

Une partie de la jeunesse de France a compris que la politique de Valls est non seulement un échec – elle en est quotidiennement la victime -, mais que la loi-Travail ne fera qu’accroître la précarité. Cette rencontre inédite entre des jeunes qui prennent conscience des dangers d’une politique et décident de s’organiser spontanément, des associations de jeunesse et des organisations syndicales conduisent à des actions coordonnées. Ils programment avec efficacité un passage de la mobilisation virtuelle à la mobilisation de rue. Les mains labiles sur les claviers s’apprêtent à devenir gestes, marches, chants et paroles, poings levés.

Un espoir monte. Il vient de la jeunesse. Nous devons l’entendre, l’accompagner, le renforcer. Tant d’espoirs ont été déçus ces dernières années. Tant de trahisons. Mais à la génération des vaincus que nous sommes, « il reste la force / De croire en la beauté / La sève avec l’écorce/ De la liberté ». Ne nous résignons pas. Signons maintenant la déchéance de ce gouvernement ! 

Pascal Maillard

 

Mise à jour du 29 février à 18h :

Manuel Valls vient d’annoncer le report de deux semaines de la présentation du projet de loi en conseil de ministre, répondant ainsi à la demande de Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, formulée le 28 février. Au passage le texte est rebaptisé « avant-projet de loi sur les nouvelles protections pour les entreprises et les salariés »Nul ne peut ni ne doit croire à un recul du gouvernement. Valls a assuré de « la très grande détermination du gouvernement pour faire avancer ce texte ».

La stratégie est triple : casser le mouvement de mobilisation en cours, diviser les organisations syndicales en s’appuyant en particulier sur la CFDT qui veut négocier le poids et la longueur des chaines, laisser espérer des amendements positifs. Le tout sera accompagné d’un matraquage médiatique du gouvernement et du MEDEF signifiant au peuple ignare qu’il a été trompé par les fausses informations des contestataires et que la loi « protège » les salariés. C’EST FAUX ! Les jeunes et les salariés savent lire et ont parfaitement compris que cette loi scélérate est inamendable. Donc, face au traquenard de Valls, du gouvernement, du MEDEF, du PS et de la CFDT, un seul mot d’ordre possible : RETRAIT PUR ET SIMPLE du projet de loi et MOBILISATION DÈS LE 9 MARS.

 

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Précaires un jour, précaires toujours ?

Les jeunes, étudiant.e.s, et lycéen.ne.s disent non au projet de loi Travail !

 

A travers le projet de la Loi Travail, le gouvernement vient de déclencher une offensive sans précédent contre les jeunes et les salarié.e.s.  Nous, lycéen.ne.s, étudiant.e.s, jeunes chômeur.se.s, sommes déjà précaires pendant nos études et notre insertion professionnelle, il faudrait maintenant que nous acceptions d’être précaires à vie !

Le contenu de ce projet, directement inspiré des revendications du MEDEF, représente un véritable retour au siècle dernier pour le monde du travail avec une fois de plus les jeunes comme cibles favorites. Les accords seraient négociés au sein de l'entreprise et primeraient sur les accords de branche et le Code du Travail, exerçant un dangereux chantage pour les salarié.e.s. Ceux-ci auront pour conséquences d'imposer des augmentations de temps de travail et des baisses de salaires aux salarié.e.s. Ce que le gouvernement nous promet c’est :

·       Travailler plus pour gagner moins : avec cette réforme le patronat pourra nous imposer des semaines allant jusqu’à 46 heures et des heures supplémentaires moins rémunérées qu’auparavant. Les apprenti.e.s de moins de 18 ans pourront être contraint.e.s de travailler jusqu’à 10h par jour et 40h par semaine.

·       Se faire virer plus facilement : les licenciements seront possibles sans réels motifs économiques et même de façon abusive avec le plafonnement des indemnités prud’homales

·       Augmenter encore le chômage : du temps de travail supplémentaire pour celles et ceux qui ont un emploi, et moins d'offres d’emplois disponibles pour notre génération alors que 25% d’entre nous sommes au chômage voire 40 ou 50% dans les quartiers populaires ou en Outre-mer. 

Avec cette réforme le gouvernement veut donc nous précariser à vie. La succession de réformes libérales renforce le bizutage social dont nous sommes victimes, nous obligeant à enchaîner les contrats précaires, les stages et les services civiques rémunérés à la moitié du Smic. 

L’ensemble de ces mesures est inacceptable et nous appelons tou.te.s les jeunes de ce pays à se mobiliser pour exiger le retrait du projet de loi Travail et des mesures immédiates pour la dignité des jeunes et des salarié.e.s :

·       Pour les apprenti.e.s et les stagiaires : rémunération et droits à la hauteur du poste occupé. Pas de rémunération en dessous du SMIC et mêmes droits que les autres salarié.e.s comprenant une protection sociale. Les années d’apprentissage doivent être prises en compte dans le calcul de la retraite. L’apprentissage ne doit être légal qu’à partir de 16 ans et doit déboucher sur un emploi stable.

·       La mise à disposition de budgets supplémentaires pour offrir à tous les jeunes une éducation avec une formation de qualité. Mettre en place et une véritable protection sociale durant leurs études avec un revenu, ainsi que compter les années d’études dans le calcul de la retraite et de l'assurance chômage.

·       En finir avec la précarité : le CDI comme norme d’emploi, la répartition par la diminution du temps de travail sans baisse de salaire entre toutes et tous pour en finir avec le chômage et assurer une protection sociale suffisante à chacun, salarié.e.s comme personnes sans emploi.

Pour cela nous appelons tou.te.s les jeunes à se réunir, à débattre et à s’organiser dans les lycées, les universités, les quartiers et les entreprises.

Nous appelons à une journée d’actions et d’initiatives le mercredi 9 mars, à l’occasion du passage du projet de la loi travail en Conseil des ministres.

À L’image de la mobilisation contre le Contrat Première Embauche, où la jeunesse avait fait reculer gouvernement aux côté des salarié.e.s, nous appelons à poursuivre le mouvement, notamment lors des journées de mobilisations intersyndicales.

Signataires : CGT Jeunes, Solidaires Etudiant-e-s, UNEF, FIDL, SGL, UNL, DIDF Jeunes, Génération Précaire, JOC, Maison des Potes, MRJC, OLF, Sos Racisme, AL, Ensemble, Jeunes Ecologistes, Jeunes Socialistes, Mouvement des Jeunes Communistes, ND Campus, NPA Jeune, Réseau jeune du Parti de Gauche, UEC mobilisation intersyndicale.

 

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