Les Résiliences

Le terme de résilience est à la mode depuis plus ou moins longtemps, selon que l'on soit simple lobotomisé aux médias mainstream ou écologiste impliqué et concerné de longue date. Néanmoins, il nous semble maintenant plus judicieux de parler au pluriel et de considérer qu'il s'agit non plus de l'aptitude d'une entité à résister à un choc.

L'agriculture est elle résiliente ? "il nous faut une agriculture résiliente", "il nous faut un système hospitalier résilient", "il nous faut un système de retraite résilient" entend-on partout, souvent entre 2 autres productions de novlang'. L'idée est assez simple et s'adapte facilement à tous les domaines.

Pour quitter le simplisme et illustrer le propos, nous allons illustrer notre idée avec l'économie post choc du covid (si tant est que le choc, et non ses effets - nous sommes bien d'accord - est passé).

Les effets du virus ont été de plusieurs natures, nous allons simplement prendre en considération le confinement de la population. Les causes et la légitimité en seront discutées longtemps notamment par les tenants du libertarisme, les adeptes du professeur Raoult, de l'intriguant anthropologue de la santé et le nouveau spécialiste mondial auto-proclamé du masque québécois ("un chercheur"). Si l'on prend conscience que ces groupes et leurs pressions s'expliquent par leur idéologie mais aussi par leur proximité avec les milieux économiques qui souhaitent coûte que coûte que l'activité continue sans se soucier des effets d'une pandémie non contenue (ex Bolsonaro, Johnson...).

Le confinement a impacté d'une manière inégale l'économie

En ralentissant les flux physiques, en mettant au repos machines et humains, l'économie a sévèrement ralenti. Des secteurs sont totalement ravagés quand d'autres ont été boostés de manière assez surprenante des fois. Cela tient au caractère atypique du blocage économique "de plein gré".

Personne n'aurait pu en effet prévoir :

- un boom des activités de pleine nature en été (par exemple dans les Alpes, les baptêmes de parapente ou les courses en montagnes sont d'ores et déjà complets jusqu'à septembre)

- un rebond dans les bars de la capitale

- une demande pour les logements avec extérieur, les gens ayant compris l'avantage d'avoir une cellule avec jardin ou balcon

- un effondrement de secteurs réputés hyper-résistants aux crises systémiques comme les boissons, la voyance ou les jeux de pronostic

Quelques surprises ont été assez importantes au sein même de secteurs gravement impactés

- dans un secteur sinistré comme le bâtiment où les marges sont faibles et où les mesures sanitaires ont impacté les coûts, les entreprises sont équipées et on notamment acheté du matériel qu'elle louait traditionnellement comme par exemple les panneaux de coffrage, les bétonnières et les véhicules utilitaires.

- dans le spectacles, certains artistes ayant dématérialisé leurs shows ont connu un énorme boost

Abandonner le concept de résilience unique comme capacité générique à encaisser pour le substituer à celui de rétroactions négatives plus subtiles à des chocs permet de voir les choses avec plus de finesse. Certains phénomènes surprenants cités plus haut l'illustrent bien. Une rétroaction positive va aggraver un choc : c'est par exemple l'alcoolisme consécutif au chômage ou la fonte du permafrost.

Une rétroaction négative va amoindrir le phénomène, c'est par exemple pour rester dans le climat la circulation océanique impactée par le réchauffement qui exportera moins de chaleur des basses vers les hautes latitudes. 

Application du principe de résiliences

Appliquées au secteur économique stressé par un choc, les résiliences seraient les rétroactions négatives sur lesquelles s'appuyer et compter. Les identifier et les valoriser permettrait alors d'être plus résistant. En cas de confinement par exemple, les travailleurs agricoles ont manqué alors que de nombreuses personnes étaient immobilisées. Ce devrait à l'avenir être un cercle vertueux : confiner = dégager des ressources pour des travaux en plein air : nettoyer les rue et les zones naturelles. Idem pour l'économie du spectacle : investir des zones désertées pour y faire spectacle diffusé sur les réseaux. Pour l'aspect sécuritaire, délaisser le terrain vide pour prendre le temps de la lecture et de la formation. Bref, de nombreux mécanismes de résiliences attendent qu'on les découvre. Idem en ce qui concerne l'éducation. Chercher à batir des systèmes plus résilients doit s'appuyer sur la recherche et l'études des mécanisme de rétroactions négatives qui vont tendre à amoindrir un choc dans un système défini.

 

 

 

 

 

 

 

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