Pas de Mérite

La notion de mérite est depuis longtemps constamment présente dans les réflexions politiques. Pour simplifier, on pourrait dire que l'on entend deux sons de cloches :

  • les tenants du "quand on veut, on peut !" qui s'appuient sur des exemples de réussites qui leur paraissent exceptionnelles au regard de l'origine sociale modeste des individus concernés 
  • et ceux qui, souvent d'un point de vue humaniste, souhaitent apporter une aide supplémentaire aux plus modestes pour que les plus "méritants" d'entre eux progressent socialement

Il me semble que ces points de vue qui se ne sont pas complètement disjoints ne prennent pas en compte tout un ensemble de données qui permettraient de mieux comprendre pourquoi des individus ne suivent pas le destin social qui leur semblait promis. Ces données se rapportent :

  • à une analyse plus fine des catégories sociales telles que décrites par l'Insee. En quelque sorte, il y a ouvrier et ouvrier. Le capital culturel peut varier considérablement à l'intérieur d'une même catégorie socio-professionnelle,
  • à une sous-estimation de la force du psychisme dans l'évolution sociale des individus. L'école pour certains permet de sortir d'un milieu qui perçoivent comme étouffant,
  • au poids des traditions culturelles, religieuses, régionales quant à l'éducation
  • à la structure familiale (nombre d'enfants, écart entre les différentes naissances, etc.)
  • aux évolutions technologiques et productives qui rendent plus difficiles les questionnements sur les positions sociales relatives des individus dans l'histoire familiale et générale. Un technicien des années 2000 a-t-il, en termes relatifs, une position sociale "plus élevée", que son père ouvrier dans les années 70 ?
  • ...

Pour finir ce premier billet, j'ajoute que c'est, à partir de ma propre expérience, que je me suis intéressé à ces notions, d'où le titre de ce blog.

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