Job comme pauvre ?

 Il y a quelque temps, je me rendis chez un médecin, et dans la conversation - c'est un médecin qui ne dédaigne pas la conversation, et qui par ailleurs est humain - j'ai dit "mon métier". Yeux ronds de sa part. Je lui ai demandé ce qui le surprenait, et il m'a répondu que c'était l'emploi du mot "métier" (visiblement périmé à ses yeux).

"Emploi" est très à la mode, pour ceux qui n'en n'ont pas ("demandeurs d'emploi").

"Travail" est périmé, trop connoté étymologiquement, car il évoque encore pour certains un moyen de torture. (On se demande pourquoi.)

"Profession" est quasi inutilisable sans adjectif (genre "libérale", "lucrative"...).

Progressent à grand pas "boulot" ("petit", souvent) et "job", qu'on entend constamment. On n'a plus de métier, qui supposait du reste un apprentissage, mais, quand on a de la chance, un "job". (Je ne parle pas de l'usage ridicule que fit naguère de ce mot l'un de nos membres de la "gouvernance").

L'évolution de la langue est en ce moment bien tristement révélatrice.

À propos de vocabulaire, extraordinaire publicité du ministère du Travail, de l'Emploi (voyez bien que ce n'est pas pareil, d'avoir un travail et d'avoir un emploi), de la Formation Professionnelle et du Dialogue Social (je ne commente pas la fin de l'intitulé du ministère), qui annonce que désormais les fonctionnaires, comme les salariés, auront doit aux chèques-vacances. Chouette alors. Mais il faudra que l'on m'explique en quoi un fonctionnaire n'est pas un salarié (surtout ceux qui auront ce mirifique droit, les hauts fonctionnaires n'étant pas, a priori, concernés).

 

 

 

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