République Démocratique du Congo : l’argent des mines évaporé

La société congolaise Gécamines gère les ressources minières de la République Démocratique du Congo. Ce groupe, entre les mains du pouvoir en place, est le réceptacle de centaines millions de dollars dont une importante partie a curieusement disparu entre 2013 et 2015.

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C’est un véritable scandale qu’a révélé en juillet 2017 l’ONG Global Witness : près de 750 millions de dollars se seraient évaporés des revenus miniers congolais, entre 2013 et 2015. Une somme colossale en un laps de temps très court qui laisse apparaître tout un système de détournement de fonds aux circuits financiers opaques. Un modèle bien rodé, organisé par l’ensemble des proches du président Kabila. Pierre angulaire de ce système, la société publique Gécamines, dirigée par un fidèle compagnon du chef de l’État, Albert Yuma. Nommé en 2010 à la tête de la compagnie par le président Joseph Kabila lui-même, Yuma est décrit par Global Witness comme « corrompu et âpre au gain ».


La Gécamines : une société à l’odeur de soufre
Nationalisée en 1960, la Gécamines traîne une longue et sulfureuse histoire derrière elle. « Vache à lait » du pouvoir depuis cette date, elle est désormais sous le contrôle absolu du clan Kabila. À force d’une gestion court-termiste et confisquée par un petit groupe, la Gécamines n’est même plus en mesure d’exploiter les nombreux gisements dont regorge la RDC. Désormais, elle se contente de percevoir des redevances issues de compagnies étrangères (américaines, chinoises, et européennes) présentes dans le pays. Des redevances qui doivent in fine atterrir sur les comptes de l’État congolais, mais qui disparaissent avant. Des centaines de millions de dollars se sont évaporés en à peine 2 ans, privant ainsi l’État de 30 % à 40 % de ses revenus miniers.
Retracer le parcours de ces millions est d’autant plus difficile que la Gécamines ne publie jamais sa comptabilité. Global Witness a toutefois repérer des mouvements à hauteur de 95 millions de dollars entre novembre 2015 et juin 2016 provenant de la Gécamines et en direction de banques privées comme la BGFI, une institution financière congolaise de premier ordre également dirigée par un proche de Joseph Kabila. Il va sans dire que ces millions de dollars qui manquent à l’appel sont extrêmement dommageables dans un pays où huit personnes sur dix vivent en dessous du seuil de pauvreté.


La RDC au bord de la guerre civile
La situation en RDC est particulièrement alarmante, car depuis plusieurs mois, le président Kabila refuse de quitter le pouvoir comme l’obligent la Constitution ainsi que l’accord passé avec l’opposition le 31 décembre 2016. Les protestations se multiplient : le 7 août dernier, des émeutes ont éclaté à Kinshasa et dans la province du Bas-Congo faisant au moins une douzaine de morts.
À la crise économique s’ajoute donc une crise politique majeure dont l’issue est plus qu’incertaine puisque le pouvoir via la Commission électorale nationale indépendante (Céni) a fait savoir il y a quelques jours que des élections générales ne pourraient avoir lieu en 2017 précisément en raison des troubles dans certaines régions du pays. Un alibi peu crédible que l’opposition politique — plutôt morcelée — a rejeté en bloc.


Le régime s’accroche au pouvoir coûte que coûte et la non-tenue des élections s’accompagne de pressions politiques parfois extrêmement violentes. Principale figure de l’opposition, Moïse Katumbi est aujourd’hui contraint de vivre en exil à Bruxelles pour ne pas être broyé par une machine judiciaire aux ordres du pouvoir. L’ancien gouverneur de la région du Katanga est en procès contre l’État qui l’accuse de corruption et de spoliation. L’affaire a été jugée en première instance et les avocats de Moïse Katumbi sont parvenus à la faire transférer au Conseil constitutionnel.


Une manœuvre juridique qui a échappé — dans un premier temps — au pouvoir et qui a suscité la colère de Joseph Kabila. Ce dernier est arrivé à Lubumbashi la veille de l’ouverture de l’audience et le ministre de la Justice lui a emboîté le pas en prétextant une inspection des services. Le pouvoir politique met la pression sur la justice. Hasard ou coïncidence, Jacques Mbuyi le magistrat pressenti pour être juge lors du procès a été sauvagement attaqué à son domicile le 23 juillet 2017. Agressés à son domicile par des hommes cagoulés il a été blessé par balles et sa femme violée. De nombreux observateurs internationaux soupçonnent le clan Kabila d’avoir voulu se débarrasser de ce juge réputé intègre. Le procès se déroule donc sans lui et peut-être sans espoir de faire la lumière sur une affaire hautement politique.


Le pouvoir donne des signes de nervosité et les derniers rassemblements populaires dans les grandes villes du pays ont été matés avec une rare violence par les forces de l’ordre. D’autres manifestations vont avoir lieu et la pression devrait augmenter jusqu’à ce que le clan Kabila lâche la présidence ou précipite tout le pays dans sa chute. Tous les éléments d’une guerre civile sont en place.

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