La politique d’exploitation minière en Afrique du Sud remise en cause

L’assassinat d’un militant pour la protection de l’environnement a provoqué un regain de tension en Afrique du Sud au sujet de la politique nationale d’exploitation minière. Les points de vue sur ce projet d’extraction de sable s’affrontent dans un climat délétère depuis de nombreuses années, à coup d’intimidations et de tentatives de corruptions.

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Cet événement tragique va marquer un peu plus les oppositions sur ce dossier devenu critique.

Sikhosiphi « Bazzoka » Radebe était une figure locale de la contestation contre le projet d’extraction du titane du sable des plages de la région d’Amadiba. Il était d’ailleurs le président du comité de crise. Son assassinat par des inconnus, habillés en policier, devant sa famille a donc fait directement écho à son combat contre ce projet mené par la société australienne MRC, dont les méthodes employées font polémiques dans plusieurs de ses mines dans le monde entier.

L’objectif de ce projet est d’extraire du titane, du ziron et du rutile. La société australienne voit dans ce projet, outre l’indéniable aspect lucratif, le moyen pour les communautés de cette région d’Afrique du Sud, parmi les plus pauvres du pays, de se développer tant économiquement que socialement. Sauf que l’endroit qui est visé, à savoir la plage et les dunes, est situé sur la côte sud-africaine qui reste encore sauvage.

Une division entre communautés

Cependant, même entre les communautés, la division règne sur ce projet. L’argument économique et la création d’emplois qui en résulteraient sont mis en avant par plusieurs tribus. En face, les opposants, dont faisait partit Radebe, dénoncent un massacre de terres sauvages et ancestrales, qui nécessiteraient de déplacer le corps de leurs ancêtres. Et cette opposition dure depuis de longues années, une décennie maintenant.

Mais depuis quelques années, les affrontements sont devenus beaucoup plus violents entre partisans et adversaires au projet. Les intimidations se multiplient et plusieurs personnes, opposantes au projet, ont été blessées. Des tentatives de corruption ont également été révélées. Et le meurtre de Radebe ne serait d’ailleurs pas la première parmi les adversaires à la mine puisque plusieurs d’entre eux ont trouvé la mort, à chaque fois dans des conditions qui restent mystérieuses. Si le lien avec le projet n’est pas encore avéré, la probabilité est cette fois-ci très importante et pourrait remettre en cause l’extraction de sable.

Un gouvernement face à ses responsabilités

En effet, le gouvernement sud-africain est désormais mis face à ses responsabilités. A la suite de cet assassinat, une centaine d’organisations de la société civile du pays ont demandé à ce que les autorisations de forer soient suspendues le temps que toute la lumière soit faite sur cette affaire. La position laxiste des autorités est régulièrement dénoncée sur ce dossier face à la société MRC en laissant cette dernière faire pression sur les habitants de la région pour abandonner leurs positions.

Surtout et de manière générale, c’est la stratégie en matière d’exploitation minière du gouvernement sud-africain qui interroge. A force de continuer à être conciliant avec les sociétés minières, laissant passer plusieurs dérapages, il perd une partie de son patrimoine naturel et culturel. Il attise également les contestations locales. Problème, l’Afrique du Sud ne peut pas se permettre de se couper de cette manne financière, base de son industrialisation. C’est surtout une source majeure d’emplois. Au point de passer outre le décès de Sikhosiphi « Bazzoka » Radebe ?

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