Sous Joseph Kabila, la RDC devient peu à peu une dictature…

Plus le temps passe et plus la République démocratique du Congo (RDC) ressemble à une dictature. Au pouvoir depuis janvier 2001, Joseph Kabila, dont le second et dernier mandat présidentiel a pris fin en décembre dernier, refuse de lâcher les rênes du pays et repousse sans arrêt la tenue du scrutin qui doit lui désigner un successeur.

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Officiellement, c’est une question d’argent ; les caisses de l’Etat ne peuvent supporter l’organisation conjointe d’une élection présidentielle et d’élections législatives. Officieusement, tout le monde s’accorde pourtant à dire que M. Kabila joue la montre, car il renâcle à céder son trône. Et ceci alors que le pays traverse une crise politique profonde qui flirte avec la guerre civile.

« Confiscation du discours démocratique »

Le 7 août dernier, des affrontements entre forces de police et assaillants — dont l’identité précise est ignorée — ont éclaté à Kinshasa, faisant au moins douze victimes, toutes tuées par des « balles perdues ». Un épisode sanglant qui s’est déroulé la veille de journées dites « ville morte » organisées par l’opposition, durant lesquelles les habitants de la capitale congolaise étaient appelés à rester chez eux en signe de protestation contre le président Kabila. Le 31 juillet dernier, ce sont pas moins de 70 personnes qui étaient interpellées et arrêtées par la police, en marge de manifestations citoyennes. Dans le lot : une quinzaine de journalistes.

« À Kinshasa, sept journalistes […] ont été interpellés, intimidés et confinés dans la cour d’une école. Ils ont été libérés à la suite de l’intervention du nouveau commissaire provincial de [la capitale] » selon les ONG Reporters sans frontières (RSF) et Journaliste en danger (JED), son partenaire africain. « Ces interpellations visent simplement à empêcher les journalistes de faire leur travail et témoigner des événements historiques pour le pays » a déclaré la responsable du bureau Afrique de RSF, Clea Kahn-Sriber. « Cette répression participe de la tentative de confiscation du discours démocratique par les autorités et doit cesser absolument. »

La revendication des membres de l’opposition — la même depuis plusieurs mois maintenant — est pourtant simple : ils souhaitent que le pouvoir en place arrête un calendrier pour l’élection présidentielle, qui, après avoir été annulée en décembre dernier, a toutes les chances de passer à la trappe cette année également. D’autant plus que l’accord du 31 décembre 2016 n’est absolument pas respecté.

En vertu de celui-ci, le président (injustement) en place avait réussi à arracher à l’opposition, le soir de la Saint-Sylvestre, la cogestion du pays. Sur le papier en tout cas. Car dans les faits, Joseph Kabila reste le seul aux manettes, et ce malgré les appels incessants de l’Eglise catholique, sous l’égide de laquelle avait été passé l’accord, pour que celui-ci soit appliqué.

Moïse Katumbi dénonce une « stratégie criminelle ».

De plus en plus de voix, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, s’élèvent dès lors pour dénoncer cette confiscation du pouvoir. En juin dernier, Jean-Pierre Lacroix, secrétaire général adjoint de l’ONU chargé des opérations de maintien de la paix, s’est entretenu au sujet du scrutin avec Joseph Kabila. « Je crois qu’il y a une attente de tous, du Conseil de sécurité et de la communauté internationale pour que ces élections se tiennent au plus vite » a-t-il déclaré. « Le Conseil de sécurité nous a donné mandat d’appuyer la mise en œuvre de l’accord du 31 décembre 2016 et c’est ce que nous faisons ».

Du 3 au 5 août dernier, à Bruxelles, les leaders de sept partis frondeurs de la coalition au pouvoir (G7) et l’Alternance pour la République, une plateforme de l’opposition, se sont réunis pour discuter du retour imminent en RDC de leur candidat à l’élection présidentielle, Moïse Katumbi, ex-gouverneur de la région du Katanga.

Très populaire, celui-ci est même pressenti pour succéder à Joseph Kabila dans les urnes, ce qui lui vaut d’ailleurs depuis quelques mois de subir un traitement de faveur de la part du pouvoir en place. En juin 2016, il était par exemple condamné à de la prison ferme au terme d’un procès « bidon » — la juge reconnaîtra plus tard avoir agi sous la contrainte — et obligé de fuir le territoire congolais.

Ce qui ne l’empêche pas, depuis son exil, d’observer et critiquer les manœuvres du chef de l’Etat pour rester au pouvoir. Les événements du 7 août dernier qui ont fait une douzaine de morts ? La main de Joseph Kabila, selon lui. « Cet épisode de violence, qui vient s’ajouter à tant d’autres depuis plus d’un an, a été pensé et exécuté par le régime dont la stratégie est claire : faire régner le chaos dans le pays afin d’instaurer l’état d’urgence et ainsi créer un environnement propice à son maintien illégal au pouvoir ». Une « stratégie criminelle » pour Moïse Katumbi.

« L’enrichissement scandaleux de la famille présidentielle »

« Le Congo n’est pas la propriété d’un seul homme. Il est la patrie et le bien commun de plus de 80 millions de Congolais. Ne laissons personne nous confisquer notre pays, notre avenir et celui de nos enfants » ont déclaré conjointement le G7 et l’Alternance pour la République, à l’issue de leur réunion à Bruxelles. Dont le but était, outre de préparer le terrain pour l’ancien gouverneur du Katanga, de dénoncer officiellement les excès de Joseph Kabila ; notamment les assassinats ciblés de plusieurs cadres et sympathisants de l’opposition, comme Etienne Mwami, Henri Shamamba et Delema Kamwendiya, entre autres violations des droits de l’Homme, devenues « systémiques ».

Sur le plan économique et social, les opposants présents à Bruxelles ont également déploré l’hypothèque que fait peser le blocage politique sur la situation du pays, mais également la « faillite du pouvoir, englué dans l’affairisme et la corruption ». « L’enrichissement scandaleux de la famille présidentielle, tel que l’attestent les récentes enquêtes des experts du Groupe d’études sur le Congo et de Bloomberg, contraste gravement avec la misère noire dans laquelle vit l’immense majorité des Congolais » ont-ils noté.


Le peuple congolais est d’ailleurs vivement appelé à s’engager massivement dans les actions prévues par l’opposition, comme des manifestations pacifiques, pour contraindre Joseph Kabila à respecter la Constitution. La condition sine qua non d’une démocratie, finalement.

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