Massacre de Nzérékoré : le clan d’Alpha Condé se vautre dans la calomnie

Un bain de sang. Des corps calcinés, mutilés, blessés par balles. Capitale de la région forestière, au sud-est de la Guinée, Nzérékoré a été marquée par des violences communautaires, dimanche 22 mars, alors que se tenaient des élections législatives et un référendum constitutionnel dans le pays.

Si le RPG arc-en-ciel du président Alpha Condé rejette la responsabilité de ces « atrocités » sur le principal opposant, Cellou Dalein Diallo, rien n’étaye ces accusations. Nombreuses sont les voix dénonçant une stratégie de diversion gouvernementale, après la tenue d’un scrutin contesté par l’ensemble de la communauté internationale pour son manque d’inclusivité et de transparence.

Stratégie de diversion

Que s’est-il passé dimanche 22 mars à Nzérékoré, capitale enclavée de la région forestière guinéenne, située à plus de deux jours de route de Conakry ? Ce jour-là, les Guinéens étaient appelés aux urnes pour un double scrutin, législatif et référendaire, largement boudé pour son caractère non-inclusif. En marge de ce vote, Nzérékoré était le théâtre d’affrontements d’une rare violence, de nombreuses personnes ayant trouvé la mort. Si le décompte macabre n’en est qu’à ses débuts, le gouverneur de la région déplorant, mardi dernier, 4 morts, tandis qu’Antoine Akoïsovogui, président du Conseil supérieur de la diaspora forestière (CSDF), avançait le chiffre de 60 morts, au lendemain de ces exactions, une chose ne faisait pas mystère en tout cas : chacun voyait derrière ces atrocités la main du pouvoir.

Pour Antoine Akoïsovogui, « il peut s'agir d'une stratégie du président Alpha Condé pour détourner l'attention des Guinéens et de la communauté internationale, en vue de manipuler les résultats du scrutin de dimanche. Ensuite, nous avions donné pour consigne de boycotter ce scrutin, et en conséquence, monsieur Alpha Condé lance une expédition punitive. Enfin, il veut peut-être donner un exemple au reste de la population pour qu'elle reste tranquille lorsque les résultats seront proclamés ? » Antoine Akoïsovogui de poursuivre : « L'assise fondamentale de cette violence est politique. Il s'agit de punir les nôtres qui n'ont pas voté pour le projet de troisième mandat du président Condé, même si la connotation ethno-religieuse des violences est manifeste. »

Même son de cloche, en filigrane, pour Vincent Foucher, chargé de recherche au CNRS, selon lequel « le pouvoir (…) joue un jeu ambigu avec cette région, qui peut faire basculer le vote en période électorale. (…) Lors de la présidentielle de 2015, les résultats de dizaines de bureaux de vote avaient disparu, apparemment surtout dans les zones de peuplement guerzé, qui n'étaient pas favorables à Alpha Condé. » Tandis que le bureau des Nations unies pour l'Afrique de l'Ouest et le Sahel « condamne avec la plus grande fermeté tous les actes de violence, l'usage excessif de la force qui ont provoqué des pertes de vies humaines et de nombreux blessés, ainsi que les violences à connotation intercommunautaire qui se sont déroulées dans la région de Nzérékoré ». Si les Nations unies ne pointent pas directement du doigt Alpha Condé et ses troupes, chacun aura compris que « la force » dont il est question est celle, régalienne, déployée par le pouvoir en place.

« Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose… » 

Rappelé à l’ordre par l’Union africaine, la CEDEAO, l’Union européenne, la France, les Etats-Unis, l’ONU et tout ce que le monde libre compte d’instances d’envergure après l’organisation d’un double-scrutin opaque, Alpha Condé a-t-il cherché à dévier l’attention sur son principal opposant, le président de l’UFDG, Cellou Dalein Diallo ? Tout l’indique. Dès le lendemain du vote, des publications proches du pouvoir relayaient de graves accusations selon lesquelles, aidé par des hommes d’affaires étrangers, Cellou Dalein Diallo aurait recruté des mercenaires ivoiriens et libériens pour semer le chaos lors du vote.

Accusations reprise en chœur, sans produire le moindre élément de preuve, par le RPG arc-en-ciel, parti d’Alpha Condé. Dans un communiqué, toute honte bue, la formation politique accuse : « A la lumière des informations en notre disposition, il ressort qu’il s’agit de l’exploitation de la fibre ethnique par des acteurs politiques en perte de vitesse dans le cynique but d’opposer des communautés qui ont vécu en harmonie des siècles durant. Les témoignages recueillis indiquent que le leader de l’UFDG, Mamadou Cellou Dalein Diallo, champion du communautarisme malsain, ainsi que ses partisans de concert avec certains membres de la diaspora originaires de la Forêt, ont planifié et orchestré des actions subversives (incendies d’églises et des habitations privées) pour encourager le soulèvement des populations en installant un climat de terreur dans la ville de N’Zérékoré et ses environs. » Avant, plus loin, de « prendre à témoin la communauté nationale et internationale de la volonté manifeste de Mamadou Cellou Dalein Diallo et de ses affidés d’instaurer le chaos en Guinée pour assouvir leur soif de pouvoir leur permettant ainsi de brader les ressources de notre pays. »

Ces propos pourraient faire sourire, venant de ceux que la communauté internationale accuse précisément de prédation du pouvoir par la force, et ciblant celui qui entend réinstaurer la démocratie dans le pays. Ils pourraient s’ils n’étaient si graves. Aux abois, ivres de pouvoir, Alpha Condé et ses affidés semblent prêts à tous les coups bas pour conserver leur mainmise sur le pays. Quitte à se vautrer dans la plus décomplexée des calomnies. Les premières victimes de ces agissements ? Les Guinéens, encore et toujours.

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