Guinée, Djibouti… Le faussé se creuse entre la population et les dirigeants

Djibouti, Guinée, Angola, Congo Brazzaville, Burundi... Le point commun entre ces pays africains ? Tous ne sont pas dirigés par des dictateurs, mais tous sont gouvernés par des hommes semblant s’être définitivement coupés de la réalité.


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Les dirigeants djiboutien, guinéen, angolais, etc., enchaînent les décisions douteuses voire baroques, opèrent des choix politiques ou économiques plus que discutables, qui mettent en péril leur population. En privilégiant, le plus souvent, leurs intérêts de court-terme. Ces responsables africains hypothèquent dangereusement l’avenir de leur pays et du continent tout entier. Voyage dans cette Afrique aux prises avec les pires formes de gouvernement.

A Djibouti, sous le joug d’Ismael Omar Guelleh

Au pouvoir depuis 1999, Ismael Omar Guelleh, surnommé IOG, règne d’une main de fer sur le petit pays de la Corne de l’Afrique. Et lui impose ses choix aussi arbitraires que contestables. Comme ce spectaculaire retournement d’alliance diplomatique : alors que Djibouti accueille depuis des années la plus importante base militaire américaine à l’étranger, IOG a décidé d’offrir la même possibilité à la Chine. 

Quelque 10 000 hommes de l’Armée de libération du peuple devraient donc bientôt stationner à quelques encablures des GI's américains. A Washington, cette proximité contrainte et forcée fait tousser. Plusieurs parlementaires américains ont adressé une lettre aux ministres de la Défense et des Affaires étrangères, condamnant le « comportement erratique et antidémocratique » d’IOG et appelant à son remplacement. Le président Trump, dont la méfiance à l’égard de la Chine est connue, pourrait reconsidérer le soutien de son pays à Djibouti.

Non content de se brouiller avec ses alliés historiques, IOG dilapide l’argent de son pays dans des croisades judiciaires aussi inutiles que dispendieuses. Poursuivant son compatriote Abdourahman Boreh pour « trahison » devant la justice britannique, le régime djiboutien aurait gaspillé pas loin de 90 millions dollars en pure perte — autant d’argent qui manquera aux habitants du pays, dont 80 % vivent sous le taux de pauvreté.

Djibouti s’en est également pris à Facebook devant la justice irlandaise, afin de faire annuler la publication de contenus publiés sur le réseau social par des opposants au président, et considérés par ce dernier comme « offensants » et « diffamatoires ». Une autre quête judiciaire délirante, qui rappelle que le pays vit sous une féroce répression. Des manifestations organisées avant les dernières élections s’étaient ainsi soldées par la mort d’une vingtaine de civils.

La Guinée victime de l’exploitation chinoise de la bauxite

En Guinée, la situation est différente, mais guère plus riante. Comme son homologue djiboutien, le président Alpha Condé a décidé d’ouvrir grand les portes de son pays à la Chine. Ou plutôt à ses entreprises. Le sous-sol guinéen, qui regorge de bauxite, un minerai indispensable à la production d’aluminium est vendu à la découpe aux groupes miniers chinois.

En mars 2015, le plus grand producteur chinois d’aluminium, China Hongqiao Group, a signé un accord de 200 millions de dollars avec la Guinée afin de sécuriser son approvisionnement en bauxite. 10 millions de tonnes par an devraient être extraites. 

Le problème est que cette exploitation intensive des sous-sols guinéens se fait au détriment des considérations environnementales et sociales. Les camions transportant la bauxite répandent le minerai dans les cours d’eau et les champs, polluant irrémédiablement l’environnement. D’un autre côté, les populations locales ne profitent pas des retombées économiques et se contentent le plus souvent de travaux sous-qualifiés et sous-payés.

C’est ce cocktail explosif qui a mené la ville guinéenne de Boké à se soulever, à la fin du mois d’avril dernier. Après la mort accidentelle d’un habitant, percuté par un camion de transport de bauxite, la ville a connu plusieurs jours d’émeutes, les habitants s’en prenant aux installations et équipements des compagnies minières, dont l’une d’entre elles, la Société minière de Boké (SMB), est aux mains d’un consortium regroupant deux entreprises chinoises : Winning Shipping Ltd et Shandong Weiqiao (Hongqiao Group).

Pour faire entendre leur revendication, les manifestants de Boké ont créé un comité de crise présidé par le journaliste Oumar Diallo. Parmi leurs revendications, on trouve : la fourniture d’eau potable et d’électricité 24h/24, la construction « d’une route de contournement afin de diminuer les risques d’accident », le respect du code de l’environnement, le recrutement d’habitants de Boké, « l’interdiction de tous les Engins miniers » à l’intérieur de la ville de Boké ou encore « l’arrêt immédiat de toutes les agressions physiques et verbales des étrangers (chinois, etc.) sur les employés guinéens. 

La situation à Boké a poussé le gouvernement à réagir. Abdoulaye Magassouba s’est alors rendu sur place pour négocier avec les différentes parties prenantes. Les compagnies minières se sont engagées sur 12 des 35 demandes émises par les manifestants, notamment en ce qui concerne le recrutement d’employés locaux et la réalisation d’une route contournant Boké. En ce qui concerne 23 autres, celles-ci ont considéré qu’elles n’étaient pas de leur ressort…

Déjà responsable du mauvais traitement que subit sa population de la part des entreprises chinoises, Alpha Condé est aussi coupable de ne pas exiger de ces mêmes entreprises qu’elles transforment la bauxite dans son pays au lieu de l’envoyer en Chine. Si les usines d’alumine étaient construites en Guinée, leur activité profiterait bien plus à l’économie locale que la simple extraction de la bauxite. D’autres pays, comme l’Indonésie, ont pourtant interrompu leurs exportations de bauxite en direction de la Chine afin de contraindre les groupes miniers à transformer les minerais sur leur sol. 

Répression généralisée en Angola, au Congo-Brazzaville et au Burundi

Autres pays, mœurs similaires. Dix-sept chercheurs ont dénoncé, en 2015, la dérive autoritaire du gouvernement de l’Angola. Arrestations arbitraires d’opposants politiques, condamnations de journalistes et répression généralisée n’empêchent pas le pays de traiter avec les puissances occidentales, qui ferment les yeux. L’ancien président français François Hollande a ainsi accompagné une délégation de chefs d’entreprises hexagonaux qui auraient signé, en juillet 2015, pour un milliard d’euro de contrats avec l’Angola. 

Au Congo-Brazzaville, le régime de Denis Sassou Nguesso, au pouvoir depuis plus de 30 ans, est accusé par des ONG “d’enlèvements nocturnes, arrestations et détentions arbitraires, torture”. Quant au Burundi, un rapport datant de 2016 s’inquiétait d’une “répression aux dynamiques génocidaires” de la part des forces du président Nkurunziza, qui “s’est lancé dans une fuite en avant criminelle pour conserver le pouvoir par tous les moyens”. Si l’Afrique s’éveille, certains de ses pays sont encore plongés dans la nuit. 

 

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