Les bourdes de Patrice Talon à l'étranger

Crise diplomatique avec le Nigéria qui pourrait coûter cher à l'économie béninoise, entente franchement cordiale avec Vladimir Poutine, président russe peu réputé pour sa sensibilité démocratique : Patrice Talon, le chef d'Etat béninois, mène une inquiétante politique étrangère.

Patrice Talon aurait-il perdu la tête ? Quelques mois après avoir remporté des législatives plus que controversées – seuls deux partis proches du camp présidentiel avaient été autorisés à se présenter –, le président béninois, dans la veine autoritaire qui le caractérise désormais, a initié une politique régionale et internationale extrêmement préoccupante, manifestement au profit de ses intérêts personnels.

Une politique régionale fondée sur des rancoeurs personnelles

Le 20 août dernier, le Nigéria décidait de fermer sa frontière avec le Bénin, Abuja reprochant notamment à Cotonou de ne rien faire pour endiguer les activités massives de contrebande entre les deux pays. Mis sous pression par son patronat, Muhammadu Buhari, le chef d'Etat nigérian, a également agi pour protester contre les surtaxes que subissent les entreprises de la première économie africaine à la frontière béninoise. Autant d'accusations auxquelles le président (et homme d'affaires, faut-il le souligner) Talon n'a pas daigné réagir, ignorant au passage son homologue.

C'est que les relations entre les deux voisins ne sont plus vraiment cordiales depuis que l'actuel chef d'Etat béninois a pris les rênes du pays en 2016. Lors de la dernière crise politique née des contestations populaires au moment des législatives fantoches, l'ancien président nigérian Olusegun Obasanjo avait exhorté Muhammadu Buhari à intervenir pour raisonner un Patrice Talon qu'effleurait visiblement toute sensibilité démocratique. En retour, celui-ci avait fait arrêter son prédécesseur, Thomas Boni Yayi – qui a conservé d'étroites relations avec M. Obasanjo –, accusé d'avoir déclenché les vagues de protestation.

Ce n'est que le 22 juin, sous la pression d'Abuja et de l'Union africaine (UA), que l'ancien président béninois sera autorisé à quitter le pays, alors qu'il était jusqu'alors maintenu en résidence surveillée. Un revers pour Patrice Talon, qui perdait ainsi la face dans ce duel régional, lui qui a toujours voulu rehausser la place du Bénin par rapport à celle de son imposant voisin. C'est vraisemblablement cette rancoeur tenace qui le pousse aujourd'hui à faire la sourde oreille aux appels de M. Buhari.

Condescendance plutôt que pragmatisme

Problème : l'économie de Cotonou est fortement dépendante du Nigéria – selon la Banque mondiale, le commerce informel entre les deux pays représente 20 % du PIB béninois – et pourrait sortir affaiblie si le bras de fer présidentiel s'éternisait. Le 14 septembre dernier, lors du sommet de la Cedeao (Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest), les deux chefs d'Etat auraient évoqué ce sujet, Muhammadu Buhari promettant à son homologue que la situation serait bientôt débloquée. Réaction un brin condescendante d'un membre de l'entourage de M. Talon : « Nous attendons que les Nigérians se décident. Nous n'allons pas les supplier. »

Le fait que le grand rival de l'homme fort de Cotonou, Thomas Boni Yayi, ait des soutiens à Abuja n'est sans doute pas étranger à l'inimitié latente du premier à l'égard du président nigérian. Une politique régionale esquissée sur de telles bases, sans souci de l'intérêt général – en particulier de l'économie du Bénin –, est éminemment critiquable. Elle s'inscrit en attendant dans le sillage très personnel et autoritaire qu'a pris la gestion du pouvoir sous Patrice Talon.

Pas étonnant, d'ailleurs, qu'il s'entende à merveille avec Vladimir Poutine, chez qui il est attendu le mois prochain. Le « tsar » de Moscou n'étant pas réputé pour son respect de la démocratie, à l'intérieur comme à l'extérieur des frontières russes.

 

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