Jeanne

C'était en 1976-1977, je sortais du Conservatoire et tu m'avais donné rendez-vous chez toi, dans ta cuisine, tu m'avais engagée pour ce deuxième film que tu réalisais.

C'était en 2005, et je t'avais téléphoné pour savoir si tu accepterais de dire trois phrases au milieu de 343 femmes au Théâtre de la Colline; tu m'avais donné rendez vous dans ta cuisine comme d'habitude et tu m'avais dit oui, simplement.

En 2006, tu nous avais lu chez toi, seule devant uniquement Frédéric Franck et moi, La maladie de la mort de M.Duras. Inoubliable.

Tu m'avais invitée à déjeuner un midi pendant le Festival d'Avignon quand tu jouais dans la cour d'honneur Heiner Muller. On parlait de tout et de rien, de Gilles Aillaud, de K.M.Gruber, d'argent, de cuisine, de Bernanos...

Puis je t'ai présenté un jour à Bernard Maris...

Et quand je t'ai demandé de lire un texte d'une Pussy riot, publié sur Mediapart en 2013, tu as dit oui.

Il t'arrivait de m'appeler corne d'abondance en te moquant de moi et ça me faisait du bien.

On s'est engueulé une ou deux fois, mais toujours réconciliées le lendemain.

Je pleure aujourd'hui non à cause de mon admiration pour l'immense actrice, ton intelligence, ton ironie.

Mais parce qu'on ne fumera plus de cigarettes dans ta cuisine en buvant un verre de vin, mangeant du saucisson et riant.

Merci. 

B.

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