Une nouvelle loi dictée par les masculinistes: la résidence alternée

Dictée par les mouvements masculinistes, une proposition de loi veut imposer la résidence alternée et surtout imposer la double résidence avec ses conséquences financières pour les mères. Un nouveau recul pour les droits des femmes... et des enfants.

Une fois de plus, une proposition de loi veut imposer la résidence alternée pour les enfants de parents séparés. Une fois de plus, ce sont surtout les avantages financiers qui sont visées par les associations de pères, au détriment des mères.

Pour défendre sa proposition de loi qu'il considère comme un progrès social, le député de Vendée Philippe Latombe n'hésite pas à mentir sur toute la ligne. Sur son blog où il arbore le symbole de la "Manif pour tous" agrémentée d'une paire de ciseaux, Latombe décrit, à la façon des associations masculinistes, la situation terrible de la France où les pères seraient écartés de leurs enfants après divorce.

capture-d-e-cran-2017-11-15-a-12-44-24

Mais comme l'on relevé des membres même de son propre parti (le MoDem), les faits sont têtus. Car une étude de la Chancellerie (confirmant toutes les analyses précédentes) montre que:

- après une séparation, 80% des couples parentaux s'entendent sur la répartition du temps des enfants chez leur père et mère

- plus de 80% des pères ne veulent pas la résidence alternée

- que sur les moins de 20% de pères qui demandent la résidence alternée, plus de 9 sur dix l'obtiennent ! Il ne reste donc qu'une part infime de pères qui demandent la résidence alternée sans être satisfaits. Et le plus souvent pour d'excellentes raisons !

Nous sommes loin de l'enfer pour les pères et deux conclusions s'imposent:

Premièrement, l'immense majorité des pères ne veulent pas de leurs enfants la moité du temps car cela entraînerait de nombreuses tâches parentales, domestiques et une partie de la charge mentale qui les accompagne. Un week-end sur deux leur suffisent pour passer du bon temps avec leurs enfants, maman s'occupera du reste.

Deuxièmement, on pourrait, en parallèle, rappeler les chiffres de la violence conjugale et de l'inceste (6% de la population en est victime, les hommes en sont l'immense majorité des auteurs) ce qui ferait apparaitre que le problème réside principalement dans le fait que des enfants ne sont pas suffisamment protégés des pères violents ou abuseurs.

Comme je l'ai déjà relevé ici, les organisations "de pères" se dressent contre tout ce qui permet aux femmes d'échapper à l'emprise d'un homme violent: divorce, maisons d'hébergement pour femmes victimes etc. Imposer la résidence alternée permet d'envoyer un message très clair aux mères qui tenteraient d'échapper à une situation douloureuse ou violente: "vos enfants en paieront le prix".

Surtout, il faut repousser l'idée qu'un député comme Latombe ait tout à coup songé à se lancer dans cette proposition de loi. En effet, un lobbying incessant est mené par les organisations masculinistes afin de faire passer leurs idées nauséabondes par des lois. Ainsi, parmi de nombreux autres exemples :

Comme je le démontrais déjà en 2013, les manifestations et escalades de grues des "SOS Papas" (proches de la Manif pour tous) participait de ce militantisme d'hommes pour qui l'égalité avec les femmes, c'est "non" et les pensions alimentaires, c'est "encore moins".

Or, à bien y regarder, la proposition de loi de Latombe ne fait que proposer avec insistance la résidence alternée aux parents séparés mais en leur imposant une "domiciliation" chez les deux parents, quel que soit le temps passé chez l'un ou l'autre. Cela signifie que plus de 80% des pères ne s'occuperont toujours pas plus de leurs enfants mais qu'ils bénéficieront de la moitié des avantages fiscaux et de la moitié des allocations familiales. Tout bénéfice...

Il ne s'agit donc finalement qu'un d'un coup de pouce financier aux pères. Pour le coup, une vieille demande masculiniste dont l'histoire a débuté aux Etats-Unis sur la revendication de la suppression des pensions alimentaires.

 

 

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.