Pasolini défendait les policiers otages du système fondé sur la misère

Pasolini dénonçait en 1968 la manipulation de la misère qui est le premier ressort de la répression. Le PIB a doublé en trente ans. Pas la population. Où est passé l'argent qui manque aux salaires, aux services publics, aux retraites, aux services sociaux, ... ? Nuit Debout revendique la même chose que les syndicats de police, mais pour tout le monde.

http://cei.revues.org/277

Edwy Plenel fait la comparaison du style et de la doctrine en matière de Maintien de l’ordre entre la lettre du préfet de police Grimaud en 1968 et le télégramme du ministre de l'intérieur Cazeneuve en 2016.

Le film de Matthieu Bareyre et Thibaut Dufait "On ne sait jamais ce qu'on filme" montre des violences sur des personnes menottées, place de la République dans la nuit du jeudi 28 au vendredi 29 avril : « Quelle stupeur fut la nôtre, le lendemain, de découvrir tout ce que contenait ce plan… » (écouter Olivier Fillieule sur France inter (à 6 min 46 s.) : http://www.franceinter.fr/player/reecouter?play=1279505 )

Amnesty international s'émeut. Il ne peut en être autrement quand des faux en écritures publiques caractérisant des procédures - une accusation publique mensongère identique à celle qui sert de prétexte aux violences institutionnelles (Rémy Fraisse, mutilation au flash ball, ...) - ne retiennent pas l'attention des juges.

Reprenant le sens des communications de SUD intérieur dénonçant l'instrumentalisation arbitraire de la police (Les forces de l’ordre ne sont pas faites pour tuer ni brutaliser des manifestants, De la violence politique aux violences policières : halte à l’instrumentalisation de la police ! ), la CGT Com publie des affiches pour dénoncer la violence institutionnelle et  la répression ; « Aujourd’hui nos collègues policiers sont des boucs émissaires, (...). La police a reçu des ordres de ne pas intervenir et de laisser passer » les casseurs (source Le Monde).

La violence institutionnelle trouve des défenseurs qui invoquent l'honneur et les périodes sombres de l'histoire pour se justifier.

Les révélations sur le TTIP/TAFTA illustrent la communication mensongère du pouvoir.

 

La répression disproportionnée et injustifiée des foules (voir aussi : 1er-Mai sous contrôle policier ; Appel contre l'usage des Flash-Ball et LBDUn rapport dénonce l’impunité des violences policière ; On ne sait jamais ce qu'on filme ; ...) vise à dissuader les citoyens à s'exprimer et donc à limiter la mobilisation par la menace. Une politique de la peur destinée à minimiser le refus de l'opinion à la politique actuelle.

 

Les prétextes invoqués par les autorités pour justifier la répression révèlent une stratégie de disqualification des opposants par une communication faisant l'amalgame et créant la confusion. Une manipulation, de la désinformation, de la propagande.

Coluche faisait déjà un sketch en 1975 sur les casseurs : " Et pis y a les appariteurs. C'est les mecs payés par la police. En civil, y cassent les carreaux et après on dit qu'c'est les étudiants, tout ça. Alors on est obligés d'faire vach'ment gaffe ! Eh ben, dis tu vois pas qu'on tap'rait sur la gueule à un flic, eh ? oh, la vache ! Oh, la crise eh ! ... Eh, une fois c'est arrivé ! On a tapé sur un flic ! Ah, la crise eh ! Ils ont dit que c'était une bavure ! T'aurais vu la gueule de la bavure ! Moi, ça m'a fait passer l'envie de baver ! "

1968 - 2016 : est-ce comparable ? Non, puisque l'INSEE explique que le PIB en volume a quasiment doublé depuis trente ans. Pas la population.

En 1968, Pasolini a défendu les policiers - parce qu'ils étaient eux-mêmes " enfants de pauvres " - contre les fils de bourgeois qui critiquaient la répression, mais oubliaient que les "poulets" étaient aussi les victimes, les otages, du système paupériste :

« Adesso i giornalisti di tutto il mondo, compresi quelli delle televisioni, vi leccano, come ancora si dice nel lingua giogoliardico, il culo. Io no, cari. Avete facce di figli di papà (...) Siete pavidi, incerti, disperati (...) Quando ieri a Valle Giulia avete fatto a botte coi poliziotti, io simpatizzavo coi poliziotti. Perché i poliziotti sono figli di poveri, vengono da subtopaie, contadine o urbane che siano », l’Espresso, XIV, N°24, 16 juin 1968.

" Maintenant que tous les journalistes du monde, y compris ceux de la télévision,  vous lèchent le cul (comme cela se dit dans le langage grivois). Vous avez une tête de fils à papa, vous êtes tremblants, incertains, désespérés, ...  Quand vous vous êtes battus hier a via Giullia avec les flics, j'ai eu de la sympathie pour les flics. Parce que les flics sont des fils de pauvres, ils viennent des sous-taudis des campagnes ou des villes. "

Yannick Heanel s'interroge dans son article " Promettons l'enfer aux paradis fiscaux " (Charlie Hebdo N°1235 21/3/2016 p.13) de savoir si les dirigeants des banques méritent le châtiment que Dante réserve aux fraudeurs, trafiquants et concussionnaires ; qui sont harponnés par les démons et  jetés dans la poix brulante du huitième cercle de l'Enfer ? L'étude publiée par Oxfam CCFD Terre solidaire et le Secours catholique montre que les banques françaises ont réalisé cinq milliards d'euros de bénéfices en jouant sur les écarts de fiscalité entre les pays. Il n'y aurait pas de déficit budgétaire si les banques ne contournaient pas leurs devoirs fiscaux et Yannick Haenel de conclure " Soyons cruels comme disait Nietzsche : affirmons que les banquiers sont des traîtres ". Alternatives économiques d'avril détaille les gains réalisés.

Une criminalité financière très prospère bénéficie, d'une part, d'une mansuétude judiciaire et policière proportionnelle au préjudice social (2000 milliards de criminalité fiscale par an dans l'UE, 120 milliards de corruption, 180 milliards pour la France) et d'autre part d'une écoute politique attentionnée pour accélérer la régression sociale (prohibée), qui favorise le crime financier et augmente chaque année le montant des sommes éludées dont s'émeut le Figaro : Les chiffres affolants de l'évasion fiscale dans le monde - Le Figaro

La misère est (toujours) une réalité.

La violence et le mépris du capital sont mis en images, expliqués, démontrés, tournés en ridicule. Rien n'y fait.

Des voix s'élèvent pour dénoncer la politique du pire, l'atteinte à l'expression démocratique.

L'INSEE publie des chiffres détaillés. L'augmentation des inégalités est attestée. Les violences policières sont dénoncées, étudiées.

Le PIB a doublé en trente ans et ceux qu'ont enrichi les travailleurs reprochent à ces derniers de coûter trop cher. L'Etat n'a plus l'excuse d'une origine défavorisée du recrutement de la police, en cautionnant tous les ans au moins 180 milliards de fraudes. La situation est donc pire qu'en 1968. 

Ce ne sont pas les ménages modestes ou pauvres qui font de "l'optimisation fiscale" - un abus de droit - ni qui corrompent les administrations et les dirigeants.

C'est en Europe que les droits de l'Homme sont remis en cause aujourd'hui (David Cameron, François Fillon, François Hollande...). Ne pas agir est une abdication : Hôpital de Kunduz : MSF doit s’expliquer sur son attitude

" Il faut prendre le droit au sérieux et son analyse des institutions au sérieux, cesser d'y voir une sorte de décor qu'on pourrait changer comme on veut parce que le fond de la crise que nous vivons est une crise institutionnelle. S'il n'y a qu'une seule chose à retenir de ce livre, c'est qu'on nous assomme avec des discours sur l'économie, l'identitaire et le religieux. Ce qui se disloque plus ou moins, ce sont les cadres institutionnels des différents ordres sociaux. Penser qu'on peut substituer, à ce qui fonde et ce qui cimente une société, des nombres ; c'est une illusion, l'illusion des temps moderne et elle ne peut produire que de la violence (...) " Alain Supiot, professeur au collège de France, Esprit de justice, France culture, " Les statistiques font-elles la loi ".

Sources :

Bestiaire bruyant - Vacarme

Bestiaire bruyant - Cairn.info

Flaviano Pisanelli  La violence du Pouvoir : le regard de Pier Paolo Pasolini § 10 note 6 - les cahiers d'études italiennes http://cei.revues.org/277

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