Patrick Cahez
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Lien 1 déc. 2021

De l'invention capitaliste de la race aux USA pour optimiser les profits

La race ne ressortit pas à la biologie humaine (contrairement au fait de respirer ou de se reproduire sexuellement) ; ce n’est pas non plus une idée (comme la valeur de π) qui pourrait mener une vie en propre. Il s’agit plutôt d’une idéologie, qui naît à un moment historique donné, du fait de causes explicables. Elle évolue donc pour les mêmes raisons. Par Barbara J. Fields & Karen E. Fields

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https://www.monde-diplomatique.fr/2021/12/FIELDS/64165

La Virginie du XVIIe siècle offre un bon point de départ pour présenter cette histoire, ainsi que celle de la société des planteurs en Amérique du Nord britannique. L’État, qui menaçait à ses débuts de s’effondrer, découvrit sa vocation à partir des années 1620 : la culture du tabac. Les futurs États-Unis allaient alors connaître leur première expansion, reposant principalement sur les épaules des « serviteurs sous contrat anglais » plutôt que sur celles des esclaves africains. Ces Anglais « nés libres » pouvaient être achetés et vendus comme du bétail, enlevés, volés, misés lors de parties de cartes. Des magnats cupides rognaient sur leur nourriture et les privaient de leurs indemnités de liberté (freedom dues), voire de leur liberté elle-même, à l’issue de leurs années de service. Les serviteurs étaient battus, mutilés et souvent tués en toute impunité. Pour avoir exprimé des opinions défavorables au gouverneur et au conseil de gouvernement, un homme eut les deux bras brisés et la langue transpercée avec un poinçon, tandis qu’un autre eut l’oreille arrachée et dut effectuer un second contrat de sept ans de servitude.

La Virginie ressemblait à une entreprise à but lucratif, et il n’eût pas été possible de tirer profit de la culture du tabac par des méthodes démocratiques. Seuls ceux qui ont pu forcer un grand nombre d’individus à travailler à leur service sont parvenus à s’enrichir pendant le boom du tabac. Ni leur peau blanche ni leur qualité de sujet de la monarchie britannique ne mirent les serviteurs à l’abri de la brutalité et de l’exploitation. La seule dégradation à laquelle ils échappèrent fut l’esclavage perpétuel pour eux et leurs (...)

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Racecraft ou L’esprit de l'inégalité aux Etats-Unis

Si, dès leur enfance, on dispense aux états-uniens tout ce qu’il faut pour douter des histoires de sorcières, ce n’est guère le cas, en revanche, pour le racecraft. Pour nous, comme pour ceux qui croyaient jadis aux sorcières, la vie quotidienne produit une immense accumulation de preuves à l’appui de la croyance. Songeons simplement à la façon dont les médias classifient aux États-Unis les choses « par race » – sur des sujets aussi divers que les grossesses précoces, la « sous-représentation » des noirs parmi les donneurs de sang ou leur «sur-représentation» sur Twitter –, ne cessant d’alimenter de preuves factices le flot immense de la prétendue fracture raciale états-unienne.

Formé sur le modèle du mot « witchcraft [sorcellerie] », la notion de « racecraft » est proposée par les sœurs Barbara et Karen Fields pour désigner l’ensemble des croyances partagées et des pratiques collectives qui font exister la fiction de la « race » aux États-Unis.

Fruit de deux vies de réflexions, de recherches et d’engagements, cet ouvrage est d’abord un panorama complet de la réalité très particulière de la « race » dans ce pays. Au-delà, c’est déjà un classique qui alimente là-bas les vifs débats sur les manières d’aborder les questions dites raciales.

Un entretien par Galaad Wilgos pour Marianne : « On n’utilise pas une fiction, la race, pour combattre un fait, le racisme »

Pénurie de main-d’œuvre au Royaume-Uni « La chasse aux serveurs est ouverte » par Tristan de Bourbon-Parme  

Le Royaume-Uni manque de bras depuis le printemps. Transport, agriculture, industrie, restauration… De nombreux secteurs sont touchés, en particulier ceux qui avaient pris l’habitude de compter sur une force de travail européenne mal rémunérée. Pour le gouvernement, il s’agit de difficultés passagères sur la voie d’un Brexit qui libérera l’économie britannique.

La vie de M. Hywel Clark a changé au cours des six derniers mois. Pour le mieux. « Il y a deux ans, j’avais dit à ma petite amie : “Si je devais recommencer, je ne serais pas chauffeur de poids lourd” », se remémore ce souriant quinquagénaire installé dans la lointaine banlieue nord de Londres. « Depuis une dizaine d’années, le boulot était mal payé et surtout très mal considéré : quand j’annonçais aux femmes contactées sur des sites de rencontre que j’étais chauffeur, elles disparaissaient, en trouvant une excuse pour mettre un terme à notre rendez-vous dans les minutes suivantes. Amer, j’avais fini par prétendre que j’étais pilote de ligne… » Depuis six mois, il n’a plus besoin de recourir à ce subterfuge. « Aujourd’hui, nous explique-t-il en riant, on me dit que je suis un héros et que je sauve le monde lorsque je me lève le matin pour aller bosser. Et je viens d’être augmenté : avec quelques heures supplémentaires, je gagnerai 50 000 livres sterling par an [environ 60 000 euros], contre 40 000 [environ 48 000 euros] actuellement. » Du jamais-vu en vingt ans de carrière.

Le Royaume-Uni est secoué depuis le printemps par une pénurie sévère de chauffeurs de poids lourd. La crise couvait depuis longtemps. Tous les acteurs du secteur savent que le métier ne fait plus rêver. « La profession a perdu de son attractivité au fil des décennies à la suite de la décision des entreprises de transport d’embaucher au rabais des Européens, ce qui a fait stagner les salaires », reconnaît M. Rod McKenzie, le responsable de la stratégie de l’Association des transporteurs routiers.

Comme M. Steve Granite, le directeur d’Abbey Logistics, domiciliée à Saint Helens, une petite ville située entre Manchester et Liverpool, tous s’attendaient à un choc majeur au lendemain du référendum du 23 juin 2016, lors duquel 51,1 % des Britanniques ont voté en faveur d’une sortie de l’Union européenne. « Je pensais que le Brexit entraînerait le départ de nombreux chauffeurs (...)

MNCP : Mouvement national des chômeurs et précaires  - 30 nov. 2021

Le MNCP est l’héritier du syndicat des chômeurs créé par Maurice Pagat en 1981, jugeant « urgent et indispensable d’inviter les chômeurs à refuser la solitude, à résister, à se défendre, à s’organiser et à prendre enfin la parole ». Le chômage de masse* impose aux chômeurs et précaires de s'unir et ouvrir des lieux de solidarité et se donner les moyens d'être visibles et entendus.

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