Bibliothèque de la Pléiade : spoliation d'un bien juif pendant l'occupation ?

La Pléiade, une légende dorée - Amour de la littérature, sobre élégance : les éditions Gallimard jouissent d’un prestige sans faille, que symbolise la Pléiade. L’histoire de cette collection jette pourtant une grande ombre sur la vénérable maison. Par Thierry Discepolo.

https://www.monde-diplomatique.fr/2021/02/DISCEPOLO/62793

Il n'y a pas que la pédophilie de cachée sous le tapis dans l'édition française du 21° siècle.

Comme pour l'affaire Matzneff, l'indignation s'est exprimée au Québec.

 

Prolonger :

L'histoire des Schiffrin, père et fils

Par John R. MacArthur  5 décembre 2011

John R. MacArthur

Les gens peuvent se pardonner pour se réconcilier. Par contre, un tel geste est-il possible entre une nation et un individu ?

L'autre soir, la France a essayé de faire justement ce geste à l'égard de deux de ses fils rejetés et déshérités — les grands éditeurs André et Jacques Schiffrin — en accordant à André la Légion d'honneur. Pour que la cérémonie au Consulat de France à New York réussisse, deux éléments étaient cependant nécessaires: sincérité de la part du représentant de l'État et satisfaction de la part du récipiendaire. Pas si facile, puisque l'État en question n'est pas toujours franc et André Schiffrin, à mon avis, aurait de quoi être amer envers la France.

L'histoire des Schiffrin, père et fils, n'est pas assez connue dans le monde francophone, encore moins aux États-Unis. Immigrant juif, ayant fui la Russie pendant la Grande Guerre, Jacques Schiffrin s'est établi en France comme éditeur dans les années 1920. Son intelligence s'est vite manifestée dans la création en 1931 de la Bibliothèque de la Pléiade, qui reste la collection de référence de la littérature française. Pour ce succès d'estime et commercial, Jacques est obligé, par manque de fonds, de trouver un partenaire; Gallimard serait le bon choix et Jacques y est embauché pour gérer une nouvelle filiale.

Mais voilà que l'invasion des nazis en 1940 et l'ascension de Vichy avec ses lois antisémites bouleversent la famille Schiffrin. Pour se conformer à la nouvelle donne, Gaston Gallimard renvoie Jacques Schiffrin. Les trois Schiffrin prennent la fuite vers le Midi. Aidés par un Américain, Varian Fry, et leur proche ami André Gide, Jacques, Simone, et André, alors âgé de six ans, se retrouvent à New York. Là, malgré sa pauvreté et son angoisse, Jacques Schiffrin se réinvente comme éditeur des grandes plumes de la résistance; il se retrouvera, enfin, aux côtés d'un autre réfugié d'Hitler, Kurt Wolff, fondateur de la maison Pantheon. (...)

 

Allers – retours Paris-New York – Une éducation politique (Mémoires)

André Schiffrin

Avant d’être l’éditeur américain le plus connu en France pour ses prises de position en faveur de l’édition indépendante et contre les grands groupes, André Schiffrin a suivi un itinéraire mouvementé. Fils de Jacques Schiffrin, fondateur de la Pléiade, il a six ans lorsqu’en 1941 il doit quitter la France pour les Etats-Unis, ses parents, juifs tous les deux, fuyant l’avancée des Allemands. Leur installation à New York s’avérera définitive. Le milieu intellectuel dans lequel il grandit, qui mêle Américains et réfugiés, dont Hannah Arendt, forge son éducation politique. En 1949, ses parents l’envoient seul en France pour un séjour qui lui permettra de rencontrer André Gide, Roger Martin du Gard… Ses années d’étudiant à Yale sont marquées par le climat pesant du maccarthysme et c’est avec incrédulité et bonheur qu’il découvre la liberté de s’instruire à Cambridge. Une excellente préparation au vent de libération des années soixante. Dès lors, il ne cessera ses allers-retours entre Europe et Etats-Unis, puisant dans sa double appartenance l’essence de son indéfectible liberté de penser.

À propos

«La dimension littéraire de ce bildungsroman est évidente et bien plus qu’attachante.» Télérama
«Le livre est rempli de rencontres, d’anecdotes, de réflexions. On n’y est pas entre soi. On y est envahi par la figure de l’Autre.» Le Magazine Littéraire
«Une passionnante aventure transatlantique sous le signe de la liberté» Le Monde
«C’est plein de surprises, d’anecdotes curieuses, de réflexions imaginatives et de remarques percutantes. Ça se lit avec étonnement et beaucoup de plaisir.» Le Canard enchaîné

 

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