Une voie d'émancipation solidaire et durable de l'emploi : la société coopérative

Une voie trop méconnue permettant aux travailleurs de s'émanciper des abus des "investisseurs" (dont les "fonds de pension"). Le pouvoir préfère promouvoir l'autoentrepeneur - qui augmente la paupérisation et la précarisation et ne favorise que les plateformes - que de faciliter la reprise des entreprises par leurs salariés dans une SCOP plus durable que ne le sont les SA.

https://www.monde-diplomatique.fr/2017/12/HEMMERICH/58209

Forces et limites de l’économie sociale et solidaire - Syndicats et SCOP, un mariage de raison

Pour reprendre leur entreprise en coopérative, les salariés doivent repenser toute l’organisation du travail en quelques mois. L’urgence conduit alors les syndicats à sortir de leur réserve vis-à-vis d’un mode de gestion dans lequel ils cherchent encore leur place.

par Margot Hemmerich & Clémentine Méténier   

Le site est vide, la grille définitivement fermée. Les bâtiments sont plus gris qu’hier. La banderole « Ecopla vivra ! » a disparu du fronton de l’usine qui fabriquait des barquettes en aluminium. Un silence enveloppe le lieu d’ordinaire si bruyant. Le ronronnement des machines s’est déplacé à seulement sept kilomètres de Saint-Vincent-de-Mercuze (Isère), dans la commune de La Terrasse. C’est là que vient de s’installer l’entreprise italienne Cuki, qui a racheté Ecopla et s’apprête à relancer la production. D’ici trois ans, l’entreprise s’engage à créer 44 emplois, dont 12 au minimum avant la fin 2017 — loin des 77 anciens salariés, qui ont dû renoncer au rêve de prendre directement en main leur destin.

Il y a moins d’un an pourtant, un autre avenir semblait encore possible pour les ouvriers de l’usine iséroise. En décembre 2016, plus de cinq cents personnes se réunissaient à la Bourse du travail de Grenoble afin de soutenir leur combat pour l’emploi et leur projet de société coopérative de production (SCOP). Parmi elles, M. Olivier Leberquier, délégué syndical représentant la Confédération générale du travail (CGT) à Fralib au moment de la lutte entre 2010 et 2014, aujourd’hui salarié de Scop Ti (lire « La coopérative au secours de l’emploi ? ») : « Notre combat a duré 1 336 jours. On a multiplié les actions, on s’est battus côte à côte pendant des années pour faire vivre notre projet coopératif et ne pas se laisser déposséder de notre production. Il faut vous battre », assenait-il aux salariés d’Ecopla. Présent également, M. Charles Piaget, syndicaliste et acteur du combat des « Lip » dans les années 1970 pour sauver l’entreprise horlogère de Besançon : « Notre lutte a duré quatre ans. Lorsqu’on a été mis dehors par les gardes mobiles, on avait caché des montres terminées, des établis et même des machines pour continuer la fabrication dans des ateliers clandestins. On avait du culot ! » Pour les « Ecopla », jusqu’à peu, la lutte était possible : d’autres l’avaient fait avant eux.

Prolonger :

Union régionale des Scop Auvergne-Rhône-Alpes

La Nef, une banque pas comme les autres - Le Monde

La Nef, en chemin vers la banque éthique

 

La coopérative au secours de l’emploi ? Des structures pérennes

 En 2015, il existait en France 2 855 entreprises coopératives (sociétés coopératives de production [SCOP] et sociétés coopératives d’intérêt collectif [SCIC]), soit une progression de 6 % par rapport à 2014 (contre une augmentation de 4 % pour les entreprises classiques). Ces coopératives employaient alors 51 500 salariés, dont 27 330 étaient également associés, pour un chiffre d’affaires de 4,5 milliards d’euros.

 Soixante-cinq pour cent des coopératives sont des créations ex nihilo, 13 % sont issues de la transformation d’entreprises saines en coopératives, 11 % de reprises d’entreprises en difficulté, et la même proportion de la transformation d’associations.

 Effectifs : 66 % des coopératives comptent moins de 10 salariés et regroupent 13 % des effectifs ; 26 % comptent entre 10 et 49 salariés (29 % des effectifs) ; enfin, 8 % comptent 50 salariés et plus (58 % des effectifs). En moyenne, une SCOP compte 21 salariés, contre 7 pour une SCIC.

 Secteurs d’activité des coopératives :

— Services : 1 350 coopératives, 18 400 emplois.

— Construction : 500 coopératives, 11 850 salariés, pour un chiffre d’affaires de 1,4 milliard d’euros.

— Industrie : 375 coopératives, 9 000 salariés.

— Éducation, santé, action sociale : 250 coopératives, 5 550 emplois.

— Commerce : 250 coopératives, 1 800 salariés.

 Rentabilité : fin 2014, 7 coopératives sur 10 étaient bénéficiaires. En 2015, le taux de pérennité à trois ans des SCOP a progressé de 3 % par rapport à 2014, pour s’établir à 80 % (contre 71 % pour l’ensemble des entreprises en France). À cinq ans, le taux de pérennité pour les SCOP et les SCIC est de 65 % (contre 50 % pour l’ensemble des entreprises).

 

La nécessité de légiférer

Si le droit de préemption des salariés reste à conquérir, l’une des solutions pour favoriser la reprise d’une entreprise serait d’agir avant le dépôt de bilan, aux premiers signes d’une baisse de vitalité. C’est l’un des objets de la loi du 31 juillet 2014 relative à l’économie sociale et solidaire, dite "loi Hamon". Elle a introduit un droit d’information préalable des salariés en cas de cession de leur entreprise afin de leur permettre de présenter une offre de reprise. Cette obligation a toutefois été limitée significativement depuis le 1er janvier 2016 par l’entrée en vigueur de la loi Macron : désormais, l’absence d’information n’est plus susceptible d’entraîner la nullité de l’acte et ne donne lieu qu’à une simple amende.

L’Union régionale des sociétés coopératives de production (Urscop) propose d’aller plus loin avec l’adoption d’une « loi Ecopla » qui renforcerait l’accompagnement des salariés en cas de déclenchement de leur droit d’alerte, quand ils constatent que leur entreprise est en mauvaise situation. « Pour l’instant, les tribunaux de commerce n’ont aucune obligation d’intervenir. Il faut absolument durcir la loi sur ce sujet, estime Mme Laurence Ruffin, présidente de l’union en Rhône-Alpes. Il n’est pas normal de ne pas réagir face à une entreprise qui, comme Ecopla (lire « La coopérative au secours de l’emploi ? »), dilapide sa trésorerie de façon flagrante. » Surtout, alors que, dans les cas de liquidation judiciaire, le droit actuel retient comme seul critère le remboursement des créanciers, au détriment de la sauvegarde des emplois, le projet de loi propose d’introduire le critère du maintien de l’emploi à long terme dans les clauses sur lesquelles le tribunal de commerce pourrait s’appuyer pour trancher, au même titre que dans le cadre d’un plan de cession.

Margot Hemmerich - Clémentine Méténier Journaliste.

 

La coopérative au secours de l’emploi ?

Charles Mathieu 

Pour éviter la fermeture de leur entreprise, des salariés choisissent de la reprendre sous un statut coopératif et de s’impliquer dans la direction. Un parcours non dépourvu d’embûches, comme le montre le récit de deux luttes emblématiques, à Carcassonne et à Gémenos

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

L'auteur a choisi de fermer cet article aux commentaires.