Penelope Fillon : de complice à victime

L’interview exhumée par « Envoyé spécial » a surtout contribué à changer l’image qu’a eue le grand public de l’épouse de François Fillon. (Violaine Morin Journaliste au Monde)

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Alors que le Canard enchaîné publie une deuxième salve de révélations le 1er février, l’émission « Envoyé spécial » annonce la diffusion d’un document exclusif le lendemain : Penelope Fillon, interviewée en 2007 par une journaliste britannique, alors que son mari vient de devenir premier ministre, y affirme nettement : « Je n’ai jamais été son assistante. » Paradoxalement, l’élément qui devrait accabler François Fillon, alors que sa communication a déjà déraillé à de multiples reprises, a l’effet de changer l’image de son épouse muette jusqu’ici.

Dans cette interview, Penelope Fillon apparaît d’abord comme une femme sans profession qui s’ennuie. « Je me suis inscrite à l’université », dit-elle à la journaliste Kim Willsher, du Daily Telegraph. Elle parle de ses activités « ennuyeuses » du quotidien. Puis commence une séquence où Mme Fillon semble clairement souffrir de son statut de femme au foyer, et de l’image qu’elle renvoie à ses propres enfants. « Je me suis soudain rendu compte que tout ça, le tourbillon, avec les enfants… Si je n’avais pas eu le dernier, je serais sans doute allée chercher un travail… », explique-t-elle.

« Je me suis tout à coup rendu compte que les enfants ne me voient que comme leur mère. Alors je leur explique, vous savez, j’ai un diplôme de français, j’ai fait du droit, j’ai eu le concours d’avocat, je ne suis pas si stupide. Je me suis dit que [l’université] me remettrait au travail, que ça me stimulerait. »

Toxique pour son mari, le document rétablit sans doute une part de vérité : éduquée, diplômée, Penelope Fillon a tout sacrifié pour ses enfants et pour la carrière de son mari. Dans la sincérité manifeste de cette confession, il est difficile de déceler quelqu’un qui a, en pleine conscience, détourné de l’argent public. Dès lors, le doute s’installe et la machine médiatique se remet en branle dans l’autre sens : Mme Fillon était-elle seulement au courant qu’elle touchait des centaines de milliers d’euros comme « assistante » ? Ne serait-elle pas plus victime que complice ?

Plus de 5,4 millions de personnes ont regardé l’émission. Certaines, en lien avec le monde politique ou médiatique, ont réagi, dont la députée écologiste Cécile Duflot :

« Les mots avec lesquels Mme Fillon parle de l’image que ses enfants ont d’elle respirent la sincérité et la tristesse. Je ne crois pas que cette femme soit de la duplicité inouïe que signifierait sa connaissance de la situation. La violence personnelle de ce qu’elle est susceptible de vivre en ce moment est donc incroyable. Elle devrait être soutenue et protégée. »

Une conversation s’ensuit avec la journaliste Audrey Pulvar, qui rappelle que Mme Fillon a « choisi » de ne pas travailler. L’humoriste Sophia Aram déplore que le « Penelopegate » désigne « plutôt la victime que le présumé coupable ». Sur Slate.fr, l’éditorial de Titiou Lecoq abonde dans ce sens, qui est finalement celui vers lequel M. Fillon et ses proches allaient depuis le début, invoquant sa discrétion, justifiant son activité sur le terrain de « l’intelligence », comme si c’était sur ce point que le doute existait. « J’ai été étreinte d’un terrible soupçon », écrit la journaliste :

« Je m’étais déjà dit que quand tu filais un emploi fictif à ta femme, ça me paraissait logique de la prévenir, histoire qu’elle ne dise pas dans plusieurs interviews qu’elle n’a jamais travaillé pour toi. Pourquoi cette erreur ? A moins que cette femme soit tellement considérée comme quantité négligeable que, du coup, tu ne lui expliques rien. »

Pénélope Fillon, lors du meeting de son époux, le 29 janvier, à La Vilette à Paris.

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