Dette : le confusionnisme du nouveau récit néolibéral de l'exécutif

Le " quoi qu'il en coûte " n'est pas adressé aux électeurs pour améliorer leur sort ; mais aux investisseurs pour leur garantir la stabilité de leurs profits, menacés par les aléas économiques de l'épidémie de Covid, que la politique, qui leur est favorable, a aggravé la sinistralité compromettant leurs chiffres d'affaires. Romaric Godin propose un commentaire de cette analyse.

https://www.mediapart.fr/journal/economie/310321/comment-le-recit-conservateur-sur-la-dette-publique-reprend-le-dessus

Romaric Godin commente la note de l'économiste Anne-Laure Delatte et du sociologue Benjamin Lemoine du Laboratoire interdisciplinaire d’évaluation des politiques publiques (LIEPP) de Sciences-Po (disponible en intégralité ici) relevant que le « le cantonnement et les règles budgétaires contribuent à reconstruire un récit de la dette tout en s’inscrivant dans une logique politique conservatrice en évacuant toute alternative progressiste ».

L'analyse que propose Romaric Godin est intéressante mais elle ne distingue pas dans la dette publique les dépenses d'équipements et les dépenses de fonctionnement, ni dans ces dernières celles affectées aux fonctionnement efficace des services publics - dont la crise de Covid-19 a mis en évidence les conséquences de leurs destructions par la politique néolibérale menée depuis Jacques Chrirac - des dépenses somptuaires ou de prestige, qui ne visent qu'à satisfaire le confort ou les profits de certains.

Les dépenses d'équipements sont des actifs à long terme (comme cela l'est dans la comptabilité générale des entreprises).

C'est-à-dire qu'il s'agit d'un enrichissement de la collectivité nationale qui sert le bien-être général. Tout comme les dépenses de fonctionnement qui y sont affectées (le personnel des hôpitaux, des écoles, des collèges, des lycées, des universités, des laboratoires publics, des routes et autoroutes publiques, des services de secours - pompiers, sécurité civile, gendarmerie, police -, ...)

Cette dette publique, ces dépenses, sont des investissements productifs qui profitent à toute la population. Y compris et en premier lieu aux industriels et aux affaires qui bénéficient d'un équipement du territoire qui favorise leurs échanges, leurs approvisionnements, leurs communications, les secours et la sécurité, donc leurs profits.

Cette dette publique est donc productive, bénéfique. Elle est la sève qui nourrit l'économie nationale et la stabilise, lui permet de se développer.

Ces dépenses d'équipements et de fonctionnement sont à distinguer des dépenses de fonctionnement qui ne profitent qu'à un groupe, que sont les investisseurs privés.

L'article de Romaric Godin montre que ce sont à ces dépenses ciblées à la seule attention des détenteurs de capitaux que se limite de plus en plus la dette publique, au détriment des dépenses d'équipement et de services publics. Voir par ex. le choix politique de passer des contrats d'équipements PPP (Partenariat Public Privé) qui sont un moyen ruineux à rapprocher de la banqueroute en droit commercial, auquel prétendent s'assimiler aujourd'hui les promoteurs de la bonne gouvernance. De plus, compte tenu des taux très bas voir négatifs, rien ne justifie de passer par des PPP.

L'inconvénient de cette orientation de la politique budgétaire est de faire supporter aux seuls contribuables captifs la charge d'un endettement qui sert à augmenter les profits de personnes qui éludent l'impôt - par la fraude fiscale et l'optimisation (qui est elle-même une fraude) - et accroissent ainsi de mauvaise foi le déficit de ressources publiques dont ils tirent ensuite prétexte pour imposer une politique d'austérité.

Enfin, les scandales de détournements de fonds publics (les homards, les voitures de fonction, la réfection des bureaux des dirigeants, la mise à disposition d'agents publics au domicile, ...) sont à ranger dans les dépenses somptuaires au profit de particuliers. Il y a donc une distinction à rappeler à chaque fois à bien distinguer la dette publique à long terme affectée aux équipements publics et à leurs fonctionnements, qui sert le bien être général, de la dette publique à court terme qui sert un intérêt particulier et relève plus du droit pénal, d'un détournement de fonds publics, que des règles de la comptabilité publique.

La sanction pénale de la corruption et des détournements de fonds publics devraient  être renforcée en proportion à la menace et risque qu'ils font peser sur les comptes publics et la sécurité du pays. Ces infractions emportent de graves conséquences sur la stabilité sociale et la paix civile. Ils ne sont pas punis en considération de la gravité de ces menaces.

Le lecteur observera que les pourfendeurs de la dépense publique affectée au bien-être général (services publics, équipements, fonctionnement) ne s'inquiètent pas plus que ça de la dette publique affectée à la seule satisfaction des investisseurs privés.

Une actualité économique qui se satisfait d'escroquerie intellectuelle comme l'est la fausse théorie du ruissellement est malheureusement trop bien disposée à avaler le regain de la fausse théorie de la dette que distille une même idéologie néolibérale dont le seul souci n'est ni la perennité de la paix ou de la société mais uniquement la recherche de l'optimisation immédiate des profits. Cette évidence n'est pas dénoncée ni débattu dans les médias comme elle nécessiterait de l'être dans une société démocratique moderne. Ce qui explique que la domesticité publique de la finance abdique des valeurs qu'elle est censée défendre et garantir. 

Le monde nouveau renvoie confusément au très ancien de La Boétie.

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