Médiapart cautionne-t-il la violation des droits de l'Homme que propose Macron ?

Médiapart prend une grande responsabilité dans la politique des cinq prochaines années à inviter Emmanuel Macron. Elle est d'autant plus grande si le journal omet de placer le candidat face aux violations du droit fondamental qu'il s'apprête à commettre contre le Code du travail. Les droits sociaux sont des droits de l'Homme, socle de la démocratie. Ce qui se dira ce soir, c'est pour cinq ans !

Le respect de la loi s'impose.  L'élu n'est qu'un mandataire des électeurs. Ils lui ont confié la direction des affaires publiques pour faire progresser le bien-être général, ce qui est le but d'une société ; c'est sinon le règne de la loi du plus fort et il n'y a aucun intérêt pour le plus grand nombre d'adhérer à une organisation des pouvoirs publics qui ne les protège pas.

Les droits de l'Homme, dont les droits sociaux, sont au sommet de la hiérarchie des normes.

Le respect de la dignité humaine est la norme fondamentale. Elle fixe la limite intransgressible en conformité de laquelle s'apprécie l'exercice des libertés (liberté d'expression - aff. Dieudonné - mais également et pareillement, liberté d'entreprendre, liberté de commerce, liberté d'investir, ...).

Il n'existe donc pas de liberté absolue.

Cette construction juridique fonde l'Etat démocratique moderne. Le profit ne peut pas se concevoir et encore moins découler d'une activité portant atteinte à la dignité humaine.

La légitimité du pouvoir découle de l'élection démocratique ET du respect de la LOI. Qu'il s'agisse de Marine Le Pen ou Emmanuel Macron, rien ne leur permet donc de mépriser ou contourner  le droit.

Le front national méprise et stigmatise l'altérité, son nationalisme décrédibilise la notion juridique de nation et  son discours est incompatible avec les valeurs de la République.

En Marche ! n'en respecte pas non plus la lettre et l'esprit en prévoyant de porter atteinte au Code du travail.

Un parti politique est une association. L'article 2 de la Déclaration des droits de l'Homme lui pose l'obligation de garantir et protéger tous les droits de l'Homme selon l'interprétation téléologique de la Cour de Strasbourg. Un parti politique ne peut donc pas porter atteinte aux droits sociaux sans bénéficier d'un silence complice, ce que favorise une législation par voie d'ordonnances comme prévoit de le faire Emmanuel Macron.

Le fait qu' En Marche ! réfute le terme de parti politique, n'empêche pas de considérer qu'il en soit un.

Il existe un juge et un contentieux des élections politiques. Un objet illicite aux valeurs républicaines conduit à la dissolution de l'association qui les promeut. Le discours discriminatoire du front national devait normalement l'exclure de la compétition électorale, pusiqu'il est inconstitutionnel, porte atteinte au principe d'égalité et au respect de la dignité humaine.

Sur ce point, il  est contradictoire que Manuel Valls, qui a tout mis en oeuvre pour empêcher un saltimbanque de jouer un spectacle, n'ait jamais saisi les juridictions compétentes pour faire sanctionner un programme qui présente de mêmes défauts, alors qu'il se proclame l'adversaire acharné du front national. Sa posture superficielle a conduit le pays à la honte d'avoir une extrême-droite au second tour avec près de 40% des voix. 

C'est le  bilan du quinquennat qui s'achève, malgré sa prévisibilité : résultat de reniements électoraux,  de l'abdication démocratique, instrumentaliseation de  la peur et banalisation de l'Etat policier. Cette très mauvaise politique a bénéficié d'une très grande mansuétude.

C'est le fond de la question que pose l'émission de Médiapart  invitant Emmanuel Macron : va-t-on assister à un débat complaisant ce soir ?

Mise à jour : Voir les vidéos de la soirée

https://www.youtube.com/watch?v=7Q_agq-7dJE

https://www.youtube.com/watch?v=2vfmgyrjL3A

https://www.youtube.com/watch?v=kok4_kmPkeo

Cela donnerait alors l'impression que le journal cautionne d'avance ce qui va se passer après dimanche soir et à propos de quoi il existe déjà un doute très sérieux.

L'information disponible sur le programme d'Emmanuel Macron pêche d'un grave déséquilibre. On n'y décèle pas ou très peu le souci d'un pays solidaire et social, ce qu'attendent au moins 75% des personnes.

Le programme d' En marche ! est avant tout  comptable et gestionnaire. Il s'adresse aux possédants.

On ne peut pas modifier du droit autrement qu'en invoquant des motifs juridiques pertinent pour le faire.

La comptabilité n'est pas une argumentation juridique. Elle est étrangère au droit.

Elle est donc inopérante et ne peut pas justifier le mépris des droits sociaux - dont ceux protégés par le Code du travail et qui relèvent de la compétence exclusive du législateur - qui sont des droits de l'Homme et que l'Etat, le président et l'Assemblée ont l'obligation positive de garantir et de faire progresser.

La légistique impose le respect des normes et le Conseil d'Etat sanctionne la responsabilité de l'Etat du fait des lois inconventionnelles qu'il prend.

ALORS Médiapart va-t-il mettre Emmanuel Macron face à la violation du droit fondamental, l'inversion normative, à laquelle il se prépare ?

  • C'est une affirmation supplémentaire du mépris politique pour l'Etat de droit fondé sur les droits de l'Homme.
  • Cela creusera encore plus le fossé entre le pays réel et le pays légal.
  • Cela fera le lit et le miel de l'extrême-droite, allié objectif du capital.

Emmanuel Macron ne peut pas ignorer de bonne foi que la régression sociale est prohibée en droit - voir l'explication détaillée publiée au Journal officiel - et l'illégalité de l'inversion normative par laquelle il compte procéder (comme François Hollande l'a promue en faisant prévaloi les accords particuliers - contractuels - sur la loi).

Il y aurait  une contradiction dans la ligne éditoriale à s'émouvoir des conséquences politiques d'un quinquennat méprisant durablement le social (voir le décret de Marisol Touraine sur l'augmentation insultante  de 0.5 euros des infirmières de nuit)  et laisser, d'autre part,  prospérer médiatiquement des programmes politiques contraires au droit constitutionnel, à la Convention européenne des droits de l'Homme, au droit international public.

Médiapart fait très bien ce travail contre le front national.

Il doit en faire de même ce soir et placer Emmanuel Macron face à la violation du droit qui caractérise son programme.

La science politique n'est que superficielle, si elle se limite à l'énonciation de mesures et d'action qui se font au mépris des principes qui fondent la société démocratique. Un programme politique n'est qu'une imposture s'il méprise les droits fondamentaux.

On ne  peut pas distinguer dans la violation des droits de l'Homme.

Admettre l'une d'entre elles, c'est toutes les favoriser.

Il n'y a pas de droits civils et politiques efficaces si les droits économiques, sociaux et culturels ne sont pas garantis de même.

Or, Emmanuel Macron a un discours qui tend à opposer les premiers au seconds et faire croire que les seconds sont moins importants. Ce qui est faux. Les droits du travail ont été internationalement consacrés dans le traité de Versailles, dès 1918, parce que les nations avaient pris conscience de la responsabilité des déséquilibres sociaux dans le déclenchement du conflit mondial.

Médiapart s'est donc posé un défi démocratique ce soir au risque de passer pour trop complaisant, complice, à l'égard d'un candidat.

Sera-t-il capable d'opposer efficacement  la contradiction à Emmanuel Macron en invoquant la prééminence des droits de l'Homme, notamment des droits sociaux, sur la logique comptable qui inspire son programme ?

Souhaitons-le  lui et encourageons-le à le relever brillamment.

 

 

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Ce soir, dès 19h30. Invité: Emmanuel Macron. Battre Le Pen, et ensuite?

3 mai 2017 Par La rédaction de Mediapart

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Battre le Front national et sa candidate, Marine Le Pen, dimanche 7 mai : comment et pour faire quoi ? Emmanuel Macron sera notre invité pour une émission spéciale d'« En direct de Mediapart », vendredi 5 mai dès 19 h 30, retransmise en direct et en accès libre sur notre site, sur YouTube et Facebook. Il sera interrogé par la rédaction

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