Confusionnisme criminel d'affaires : le ressort du scandale ordinaire

Des journalistes, un groupe de presse, un magnat des affaires, une volonté de faire échec à la justice dans une affaire de corruption et du financement politique en France par une puissance étrangère. Le journalisme d'investigation révèle ici, aussi, les conséquences d'un journalisme politique superficiel qui contribue au succès d'incapables qui décrédibilisent la démocratie.

https://www.mediapart.fr/journal/france/050621/retractation-de-takieddine-mimi-marchand-mise-en-examen

L'article omet de signaler les peines complémentaires qui peuvent être prononcées. 

Cette actualité signale aussi l'étendue polymorphe du confusionnisme qu'évoque Philippe Corcuff. Extension du domaine du confusionnisme idéologique au médiatique, politique, criminel, financier, affaires, ...

Il ne faut pas non plus se laisser abuser par cette actualité. 

Elle souligne aujourd'hui une collusion entre un milieu d'affaires, un organe de presse et la pratique du carnet d'adresses - qui n'est qu'une expression du mépris pour le fonctionnement démocratique de la société et la manifestation d'une mentalité indigne de faire de la politique et de servir les concitoyens.  Cela se retrouve souvent dans l'actualité. Ces mêmes ingrédients participent au succès habituel de l'imposture politique, du scandale ordinaire, voire de l'illusion démocratique comme ce fut le cas lors des dernières élections présidentielles.

Cet article donne une idée du grand n'importe quoi qui dys-gouverne le pays.

Il rend visible les sous-terrains de la dérive fascistoïde qui minent les fondations de la démocratie et la confiance de l'opinion dans ses institutions. C'est aussi une forme de réseau social - une des plus anciennes (le clientélisme politique existait déjà l'Antiquité) - dont les promoteurs de la rigueur budgétaire - et de la politique d'austérité - s'abstiennent étonnamment d'évaluer et de dénoncer les coûts. Ces pertes comme le gaspillage des ressources publiques se retrouvent toujours et encore dans la pratique actuelle ; qu'elle soit au pouvoir ou dans l'opposition, qu'il s'agisse de l'exécutif - affaire Alexandre Benalla, affaire Alexis Kohler, ... - ou du RN, notamment.

Il n'est d'ailleurs pas possible de parler de politique car il n'y a rien de politique dans ces affaires.

C'est un phénomène criminel, de la délinquance. 

La politique, dans une société démocratique moderne telle qu'elle est proclamée par la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, est la gestion du bien-public dans l'intérêt général et le but de garantir le bien-être général. Le scandale relève du Droit pénal et non de la science politique. Les logiques que révèlent ces affaires ne sont pas des logiques partisanes ou idéologiques, c'est l'intérêt personnel et non les idées qui est poursuivi, mais des logiques d'association de malfaiteurs, de criminalité organisée, une caractéristique du dévoiement qu'imprime le néolibéralisme.

Une autre cause de la persistance de ce phénomène de détournement de l'action publique en invoquant fallacieusement la politique est le manque de sérieux de son analyse médiatique qui se contente d'en révéler factuellement chacune des manifestations sans la restituer dans son ensemble et rappeler ses ramifications.

Un scandale financier est traité isolément sans rappeler tous ceux qui l'ont précédés et révèlent les mêmes responsabilités professionnelles ou insuffisances institutionnelles, en terme de contrôle par exemple.

Cette insuffisance médiatique s'observe de façon comparable dans la couverture de l'épidémie de Covid qui se limite au nombre de victimes et de vaccinations mais ne traite pas de l'abstention politique à rééquiper les hôpitaux publics et la recherche publique, alors que le risque de nouvelles épidémies est annoncé depuis 30 ans.

C'est ainsi aussi que les victimes meurent de l'impéritie politique et médiatique. Car le défaut de ressources publiques que provoque la corruption affecte directement le fonctionnement et l'efficacité des services publiques.

Le saucissonnage des scandales par les médias ne sert pas du tout à la prévention ni à la dénonciation du phénomène. Celles-ci ne bénéficient pas d'une couverture médiatique sérieuse tant qu'il n'y a pas de contextualisation ni de mise en perspectives d'un phénomène nécessaire à une prise de conscience efficace de l'opinion sur son étendue, son importance et seuil inacceptable qu'il atteint.

La démocratie à basse intensité trouve donc aussi sa source dans les rédactions de presse, dans les écoles de journalisme.

La qualité des journalistes font la qualité de la démocratie. Un journalisme bourgeois, fait d'entre-soi et de proximité avec le pouvoir, ne peut que favoriser une France gangrénée dans une Europe gangrénée.  Il est ridicule dans ces conditions de se rassurer en se comparant ou prétendre donner des leçons de démocratie. La France et l'Europe ne sont d'ailleurs pas crédibles et les pays autoritaires se moquent de leurs mesures de rétorsion.

Le dégagisme et l'abstentionnisme ne sont peut-être aussi qu'une conséquence électorale de la faiblesse de la répression judiciaire de la délinquance des dirigeants politiques et financiers.

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