Elections US : le plantage des sondages

On connaît déjà le nom des perdants, dans l’élection présidentielle américaine… Et les premiers perdants... ce sont les sondeurs. Le décalage entre les sondages et la réalité électorale aux Etats-Unis doit questionner sur l’influence néfaste de ces prévisions erronées. Parce que cela témoigne surtout d’une incompréhension des gens qui nous entourent.

https://www.franceculture.fr/emissions/lhumeur-du-matin-par-guillaume-erner/lhumeur-du-jour-emission-du-jeudi-05-novembre-2020

The Atlantic publie à cet égard les chiffres des derniers sondages avant le vote, et ceux-ci sont sans appel. Trump a obtenu un score supérieur aux sondages, aux 538 sondages. 538 sondages. Dans les fameux swings states, dans l’Ohio, 7 points de plus, le Wisconsin, 8 points de plus, 7 points dans l’Indiana, 5 points au Texas, 6 points en Floride en moyenne... 

En somme, les sondeurs ne se sont pas trompés comme en 2016, ils se sont encore plus trompés. Et il va falloir comprendre pourquoi les sondeurs sont devenus incapables de comprendre la mécanique d’une élection. S’ils se contentent de prendre une photo à un moment donné, alors la photo est singulièrement floue. Contrairement à tout ce que l’on entend, le big data, l’intelligence artificielle, la capacité de screener, d’étudier des milliards de tweet ou de post Facebook, tout cela n’a pas fait progresser d’un iota la capacité à prévoir le vote Trump, de 2016 à 2020. 

Vous pourrez attribuer cela à toutes les causes possibles : sous-déclaration de ce vote, sous-estimation dans les méthodes de redressement, cuisine des sondages... Le résultat est là, et pour les sondeurs, il n’est guère brillant. C’est d’autant plus ironique que les sondages sont pratiquement aussi américains que le hamburger, ou plutôt le Wiener Schnitzel, importés par un sociologue d’origine viennoise, Paul Lazarsfeld. Lazarsfeld a passé sa vie à étudier les médias et l’opinion, on lui doit notamment une théorie dite de « Two step flow theory », théorie de la communication à deux étages. 

Selon Lazarsfeld, les médias et les sondages n’influencent pas l’opinion, mais ceux que l’on appelle les leaders d’opinion, autrement, dit-il, ils influencent les influenceurs. Et le décalage entre les sondages et la réalité électorale aux Etats-Unis doit questionner sur l’influence néfaste de ces prévisions erronées. Parce que l’on soupçonnera une manipulation, parce que cela témoigne surtout d’une incompréhension des gens qui vous entourent.  Un peu comme si les électeurs de Trump parlaient une langue étrangère que l’on ne parvenait plus à traduire.

 

Prolonger :

 

Réparer les sociétés divisées avec David Goodhart

L’essayiste britannique continue son analyse de la montée du populisme. Après son bestseller, Les Deux Clans, dans lequel il a mis en lumière la nouvelle lutte des classes entre les « quelque part » (somewheres) et les « partout » (anywheres), il revient aujourd’hui avec La Tête, la main et le cœur (Les Arènes), dans lequel il critique la prédominance de «la classe cognitive», des “têtes”, au sein des sociétés occidentales. 

Comment est-ce que cela s’illustre dans l’élection outre-atlantique ? Comme dépasser les fractures des sociétés occidentales ? La crise du coronavirus peut-elle vraiment être une opportunité ? 

David Goodhart,  journaliste et essayiste britannique, auteur de  “ La tête, la main et le coeur ” (Les Arènes)

 

Le juste prix des vies humaines

Martine Fournier - Sciences humaines Mensuel N° 330 - Novembre 2020

Que valent les vies humaines ? Ont-elles toutes le même prix ? Peuvent-elles être sacrifiées au nom des intérêts politiques ou économiques ? Ces questions sont au cœur de la pensée politique et morale. La crise du coronavirus invite à les penser à nouveaux frais.

On ne peut cependant occulter que toute vie a son équivalent matériel, affirme Ariel Colonomos. Qu’elle soit l’objet d’intérêts économiques, militaires ou humanitaires, la vie des individus donne bien lieu à des évaluations qui demeurent au centre des questions politiques. Dans son dernier livre, Un prix à la vie, sous-titré « Le défi politique de la juste mesure », ce politiste, professeur à l’IEP-Paris et chercheur au Ceri, analyse sur la longue durée la manière dont les États ont évalué les vies. Sa réflexion le conduit à ce que devrait être le juste prix de la vie humaine.

Deux formes d’États se sont constituées successivement au fil de l’histoire et coexistent toujours aujourd’hui : l’« État patriarcal » et « l’État philanthropique ». L’État patriarcal « soupèse les vies à l’aune de ses intérêts » ; l’État philanthropique « soupèse ses intérêts à l’aune des vies ». Selon les contextes, l’histoire et la culture, on trouve des dosages différents de chacune de ces formules. Les États paient avec des vies la poursuite de leurs intérêts, mais aussi, pour des vies lorsqu’ils décident de sauver des personnes ou de réparer des injustices.

 

État-providence — Wikipédia

 

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