Procès Merah : le troublant témoignage de l’ex-directeur de la PJ

L’ancien directeur adjoint de la PJ a témoigné ce mardi 3 octobre, au deuxième jour du procès d'Abdelkader Merah. Interrogé sur la complicité du frère du "tueur au scooter", le fonctionnaire a dans un premier temps réaffirmé la thèse du "loup solitaire"… avant de se rétracter. De quoi jeter le trouble dans la salle. Par Patricia Neves

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Lorsque l’ancien directeur adjoint de la PJ, chargé de la lutte contre le terrorisme, monsieur Eric Voulleminot, arrive à la barre, en costume cravate impeccable, rien ne laisse présager le trouble qu’il s’apprête à provoquer à l’audience. Il est tard, dans le public les bancs commencent à se vider, mais les quelques parties civiles, les journalistes et les badauds encore présents ce mardi 3 octobre salle Voltaire, devant les assises spéciales de Paris, écoutent attentivement l’ancien fonctionnaire. Son témoignage, précis, préparé, ne subit au départ aucun accroc. En mars 2012, des dizaines et des dizaines d’enquêteurs, explique-t-il, ont travaillé jour et nuit pour neutraliser l’auteur des attentats de Toulouse et Montauban, "le tueur au scooter", Mohamed Merah, dont le frère Abdelkader est actuellement jugé pour "complicité d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste".

"Vidéosurveillance", "type d’armement", "moyen de fuite", "recherche internet", toutes les pistes sont explorées, détaille M. Voulleminot. Après quelques jours d’enquête, elles finissent donc par converger vers les frères Merah. Le 20 mars, au vu "de la gravité des faits", l’ordre est donné d’interpeller les deux hommes sans plus attendre. "A cet instant, en fin de soirée" confie l’ancien directeur, ses hommes se positionnent autour du domicile du premier suspect. Après plus de trente heures de siège et de négociations, Mohamed Merah - qui a revendiqué ses tueries au nom d’Al Qaïda et d’Al Zawahiri - est abattu. Mais son frère ? A-t-il participé aux crimes ?

"Je m'en tiens aux faits"

A cette question, la réponse de M. Voulleminot apparaît dans un premier temps sans appel :"Dans le choix de ses cibles, de son mode opératoire puis dans le passage à l’acte, Mohammed Merah a agi seul". "Seul", le terme sera répété plusieurs fois. "Mohamed Merah a-t-il été aidé à d’autres moments ?", demandent les avocats des parties civiles, interloqués. "Il faut rester prudent. Je m’en tiens aux faits", poursuit M. Voulleminot. Pour lui, le profil du tueur se rapproche plutôt du "loup solitaire", une "notion" qui n’est pas "incompatible" avec une "aide" extérieure mais, "d’après les éléments établis", Mohamed Merah "a conduit seul les opérations". Face à M. Voulleminot, les avocats des parties civiles, l’avocate générale, s’agitent. Un loup solitaire, s’étonne-t-elle, "choquée". Et Al Qaïda et Al Zawahiri ?

Pourquoi Abdelkader Merah a-t-il par ailleurs retrouvé son frère, à plusieurs reprises, entre les meurtres ? Pourquoi était-il présent au domicile de sa mère le jour où l’adresse IP de cette dernière s’est connectée à une petite annonce publiée sur internet, celle qui a précisément permis de cibler le militaire assassiné, Imad Ibn Ziaten ? Pourquoi Abdelkader a-t-il enfin participé au vol du scooter utilisé lors des tueries ? Autant de questions posées à l’unisson par les avocats des parties civiles. "Vous vous rendez compte que vous porterez la responsabilité de l’acquittement des accusés ?", interroge enfin Me Tamalet, l’avocat d’Albert Chennouf, père d’un militaire tué à Montauban.

La responsabilité de l'acquittement

Malaise dans la salle. "Seule la Cour portera la responsabilité ici de la condamnation ou pas des accusés", réagit aussitôt le président Franck Zientara. Mais M. Voulleminot se rétracte. Face aux avocats de la défense, d’Abdelkader Merah notamment, qui s’enquièrent des preuves permettant, dans le dossier, de démontrer la complicité du prévenu, l’ex-directeur de la PJ évoque à présent "un faisceau d’indices : les relations de frère à frère, l’adhésion d’Abdelkader Merah aux idées" de son cadet ou encore "sa présence sur le vol du scooter".

"On vient d’assister à un grand moment", ironise à son tour Me Christian Etelin, avocat de Fettah Malki, co-accusé d’Abdelkader Merah, suite au revirement du directeur. "En vous écoutant, insiste-t-il en s’adressant à M. Voulleminot dont l’assurance initiale semble avoir vacillé, je me suis dit, ‘mais dans quels draps il se met’ ? Et d’ailleurs c’est ce qui s’est passé : ‘Vous porterez la responsabilité de l’acquittement' !’" En reprenant ces mots de la partie adverse, Me Christian Etelin sous-entend qu'elle a fait pression sur le policier. "On a assisté à quelque chose d'hallucinant. Je n’ai pas d’autres questions…"

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