Les Français s'en vont quand la France devient un problème

"Je ne me sens plus chez moi ici" : des jeunes quittent la France, dégoûtés des discriminations. Regards mal placés, sous-entendus racistes... Deux ingénieurs de 27 ans, expliquent comment l'expérience du racisme au quotidien les a convaincus de quitter la France.

https://www.francetvinfo.fr/societe/je-ne-me-sens-plus-chez-moi-ici-des-jeunes-issus-de-l-immigration-quittent-la-france-degoutes-des-discriminations_2929495.html

Remarquons que la fuite des capitaux angoisse plus le pouvoir que la fuite des Français.

Les Français qui ne sentent pas bien en France n'intéresse pas le pouvoir. L'important c'est le pognon comme sait si bien le faire remarquer chaque fois qu'il le peut le président et ses affidés.

Il serait néanmoins simpliste de considérer le seul aspect discriminatoire dans la cause de l'émigration des Français.

Un départ important des ressortissants (Les gens s'en vont) interroge sur le pays qui s'affirme ainsi plus comme un problème à fuir qu'un lieu où on aspire à rester.

L'importance de l'émigration montre que la république française ne garantit pas l'efficacité de sa devise et que ses institutions sont en échec.

La France est un problème, à commencer pour le président de la République qui la dénigre chaque fois qu'il le peut à l'étranger ; rendant ainsi la mission impossible des diplomates français à donner une image positive du pays qu'ils représentent. Ne pas s'étonner ensuite de la difficulté d'attirer des " investisseurs "... Qui va aller mettre un kopeck dans un pays que son président débine régulièrement ?

Cette ineptie signale la superficialité du président et l'incohérence de sa préoccupation économique, la croissance (c'est-à-dire satisfaire l'optimisation immédiate des profits d'un petit nombre). Or, sa fonction première n'est pas économique mais politique et juridique. Le président a pour mission de garantir le progrès social et le respect des droits de l'Homme  :

Au-delà des fanfaronnades présidentielles, les acteurs des trois pouvoirs institutionnels ne sont pas à la hauteur de cette obligation impérative que leur imposent leurs fonctions.

Les auditions  parlementaires dans l'affaire Benalla ont révélé - ou confirmé - un " régime de notables " (Ellul) et une " domesticité publique " (Baudelaire). La démission de Nicolas Hulot répond à ce même constat.

Celui d'un consensualisme à abdiquer et s'émanciper des impératifs du droit, à favoriser la forme sur le fond, à faire prévaloir la lettre sur l'esprit, expliquant des décisions de justice soulevant la question de l'escroquerie ou/et du faux (par ex. l'affaire Wolter Kluwers, les poursuites et condamnations pour délit de "solidarité", la répression syndicale, la répression des médecins du travail, ...). Cela démontre l'immaturité démocratique persistante dans les institutions et les auxiliaires de ces institutions. 

La responsabilité de cet échec démocratique dépasse le petit cercle des privilégiés du "régime des notables" et de la "domesticité publique".

Il y a lieu en effet de s'étonner de la complaisance des savants et des professionnels du droit, notamment au regard des enseignements de l'histoire contemporaine.

La violation permanente de l'esprit du droit, de la hiérarchie des normes ne fait pas débat parce qu'il n'y a pas de "juristes indignés" comme il existe des "économistes attérés".

L'histoire montre que la majorité des juristes ont une tendance naturelle à s'associer à la force et à l'ordre plutôt que de résister. Or, la logique du suffrage fait que la majorité emporte les élections.

La caution silencieuse des juristes - voir extrémistes comme à Montpellier - favorise donc la dérive fascistoïde du pays. Cette caution silencieuse pose la question de la bonne foi démocratique des juristes.

Elle interroge même sur l'utilité du droit et des juristes en France en considération de l'érosion des principes juridiques ces trente dernière années qui se caractérise par un reflux des libertés publiques et une régression sociale.  Une fatalité irrésistible contre laquelle aucun mouvement ne paraît vouloir s'émouvoir efficacement.

Ce manque d'affirmation d'une volonté démocratique permet la mystification formaliste d'un pouvoir législatif paillasson qui admet le diktat d'un exécutif procédant par inversion normative. C'est indigne car il(s) trahi(ssen)t les acquis démocratiques obtenus par la victoire sur le nazisme.

Il y a une grande hypocrisie du pouvoir à enterrer au Panthéon et célébrer René Cassin, Simone Veil, Pierre Brossolette, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Germaine Tillion, Jean Zay, Jean Jaurès, Jean MoulinPierre Brossolette ... en méprisant tout ce qu'ils incarnent. Le sommet de l'indécence de la communication politique est de s'approprier le lustre et le courage des autres pour faire de la notoriété par procuration, parler de soi.

Cette hypocrisie favorise l'amplification de la violence institutionnelle, la banalisation de la discrimination et la stigmatisation des concitoyens et du pays par le chef de l'Etat. Il trahit sa fonction par des propos de comptoir sans que cela n'éveille une réaction critique sérieuse et substantielle des constitutionnalistes. Chloroforme ? Alcool ? Paresse ? Lâcheté ? Abandon au mol embourgeoisement ?

Une telle mansuétude désespère les optimistes et peut finir de convaincre un Français d'être étranger en son pays. Sa solution à se retrouver en phase avec l'idéal républicain est de partir, aller trouver ailleurs un air plus frais, moins lourd et pesant. " La France, quant tu l'aimes, tu la quittes ".

Des Français vont donc ailleurs, comme Sertorius le fit : "  Rome n'est plus dans Rome, elle est toute ou je suis " (Acte III, Scène 1).

La quête d'un cadre plus propice rejoint la recherche d'un meilleurs ailleurs. Qu'il soit français ou autre, le migrant est un explorateur d'idéal. Ceux qui n'en ont pas les rejettent, souvent trop préoccupés à s'agripper aux fausses valeurs que la communication politique s'attache à promouvoir.

Prolonger :

Les déclarations d'Olivier Besancenot sur CNEWS (Punchline 2° partie 29/8/2018) à partir de 22'11" :

https://www.cnews.fr/emission/2018-08-29/punchline-2e-partie-du-29082018-792520

Son analyse sur "le kit économique monté à l'envers" à partir de 25'14"

Son appel à l'unité de la gauche pour les européennes autour d'un programme plutôt que d'une personne 29'11" : Discuter contenu, programme plutôt que des combines entre personne, du fond plutôt que de la mousse.

La maestria des interventions de Jean-Claude Dassier. Bientôt un Gérard de la télévision ?

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