Confinement en Guyane : la population abandonnée ?

Coronavirus: confinée, la Guyane risque une crise sociale

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RFI Publié le : 08/04/2020 Par : Samuel Zralos

Le département d’Outre-mer, habituellement confronté à une situation sociale précaire, doit supporter les conséquences du confinement, au niveau tant économique que social.

De notre correspondant, 

« On en est qu’au début, on sent de l’inquiétude, de l’interrogation, un certain désespoir. Ce qui va amener au bout d’un moment à une situation compliquée. Ça ne peut que dégénérer si rien n’est fait massivement et de façon durable. » Benoit Renollet, directeur territorial de la Croix-Rouge, ne cache pas sa préoccupation, alors que la Guyane entre – comme la France métropolitaine – dans sa quatrième semaine de confinement.

Avec 72 cas de Covid-19 officiellement recensés au 6 avril, la Guyane vient de passer en phase 2 de l’épidémie. L’Agence régionale de santé (ARS) admet que le virus « circule » et qu’il ne s'agit plus uniquement de cas importés ou secondaires. Mais même si la pandémie provoque son lot d’inquiétudes, de défiance et de rumeurs apocalyptiques, c’est aussi le confinement qui pourrait avoir des conséquences durables sur la vie du territoire.

En effet, dans ce département largement couvert par la forêt amazonienne, nombreux sont les habitants qui vivent au jour le jour. Pour beaucoup, confinement rime avec « un équilibre complètement perturbé » et avec une isolation sociale comme économique encore plus importante qu’en temps normal, se désole Fanny Gras, chargée des actions du Comité pour la santé des exilés (Comede), association particulièrement active auprès des non-Français, en nombre dans la région. « Dans les quartiers, les personnes sont déboussolées, le peu de repères qu’elles pouvaient avoir sur un éventuel soutien, elles ne les ont plus. Toutes les portes ont été fermées pendant quinze jours minimum », renchérit Benoit Renollet.

Des risques pour la santé…

Cette inquiétude, cette nervosité des Guyanais revient dans toutes les bouches et prend de multiples formes. Paradoxalement, l’épidémie actuelle limite ainsi l’accès aux soins de ceux qu’elle ne touche pas.

Si les services hospitaliers sont encore ouverts, la priorité aux cas graves ferme les portes à « tous les malades chroniques, à la santé primaire », explique le responsable de la Croix-Rouge. Si « une certaine continuité » est aujourd’hui assurée, les professionnels demeurent très inquiets, surtout que la dengue est en augmentation cette année.

… et un accès aux droits réduit

Confinés, pour partie dans des espaces très réduits, sans accès à l’eau ni à l’électricité, nombre de Guyanais se retrouvent, en plus, privés de ressources, puisque dépendant d’une économie informelle battue en brèche par l’interdiction de sortir. « Ils cumulent des difficultés d’accès à l’eau, au droit, à la santé, à l’alimentation », résume Benoit Renollet, et ne peuvent que difficilement se retourner. La plupart des associations ont fermé leur accueil au public, l’absence de véhicule propre empêche souvent d’aller chercher ne serait-ce qu’un colis alimentaire et, de toute façon, les autorisations de sortie elles-mêmes sont complexes d’accès, étant revendues jusqu’à 30 euros à celles et ceux dans l’impossibilité d’écrire le français.

« Il y a énormément de demandes d’aide alimentaire, les gens commencent à avoir vraiment faim. À chaque maraude, on repart avec une vingtaine de demandes de repas et c’est exponentiel », témoigne Aude Trépont. La coordinatrice générale de Médecins du monde en Guyane craint, elle aussi, que la crise sanitaire ne se « transforme en crise sociale ». Et d'ajouter : « Vu qu’il n’y a plus de ressources, on a déjà des situations de violence qui augmentent et ça pourra continuer à augmenter. » (...)

 

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