Plenel instrumentalisé ?

Au sein de la rédaction de Mediapart, l'invitation a semé le trouble. La base digère mal que son directeur ait pu accepter de relever Gilles Bouleau ou Laurent Delahousse au pied levé. Comment diviser la tribu des investigateurs de gauche en honorant son mentor ?

https://www.nouvelobs.com/politique/20180409.OBS4860/interviewe-par-pernaut-et-plenel-le-plan-com-machiavelique-de-macron.html

Sylvain Courage écrit dans l'OBS : " Et quelle riche idée d'intégrer Edwy Plenel, le flibustier de Mediapart, sur une antenne "mainstream" régulièrement suspectée de macronisme ! Très critique à l'égard du "président des riches", l'ancien directeur du "Monde" ne déteste pas dialoguer d’égal à égal avec les politiques. N'a-t-il pas commis naguère un livre d’entretien avec François Hollande ("Devoirs de vérité", 2006) ? On devine même que, derrière sa moustache austère, il raffole de ces échanges au sommet. Au sein de la rédaction de Mediapart, l'invitation a semé le trouble. La base digère mal que son directeur ait pu accepter de relever Gilles Bouleau ou Laurent Delahousse au pied levé. Comment diviser la tribu des investigateurs de gauche en honorant son mentor ? Machiavel, l’auteur de chevet de Macron, n’aurait pas désapprouvé le stratagème.

Ce que Macron doit à Machiavel, par Patrick Boucheron "

 

Pierre Rimbert conclu son article " Choisir ses héros " (Le Monde diplomatique mars 2018 p. 28) en citant Daniel Ellsberg : " Cela confirme ce que je sais des gens de médias: beaucoup d'entre eux aspirent à intégrer le pouvoir plutôt qu'à incarner un 4° pouvoir " (8novembre 1973 - magazine Rolling Stones) :

"Un fonctionnaire quelconque, un ministre, un directeur de théâtre ou de journal, peuvent être quelquefois des êtres estimables ; mais ils ne sont jamais divins. Ce sont des personnes sans personnalité, des êtres sans originalité, nés pour la fonction, c'est-à-dire pour la domesticité publique. " (Baudelaire)

 

En s'impliquant dans la communication présidentielle, l'entretien qui s'annonce sera sans concession pour Médiapart qui n'échappera pas à un jugement si Edwy Plenel manque à sa mission de critique, au risque de rejoindre les "éditocrates", auxquels il échappe pour l'instant.

L'opinion est clairement fixée sur le président et sa politique qui méprisent les droits de l'Homme.

C'est donc la profession de journaliste qui risque d'y perdre ce dimanche soir et notamment le journal Médiapart.

C'est en cela que le débat de dimanche sera décisif : se distingue-t-il de la "société du spectacle", de la "trahison des clercs", des "chiens de garde", ou des "nouveaux chiens de garde", ou encore "De la fumisterie intellectuelle" ? En quoi la prestation audiovisuelle d'Edwy Plenel échappera à la critique de Pierre Bourdieu ou de Dany Robert-Dufour à propos de la télévision ?

Au-delà du mépris affiché par le président pour la presse (1),  la compromission à un "ménage" présidentiel est d'autant plus incompréhensible que l'info continue émet un doute sur la capacité politique du président et qu'un nombre important de personnes font la démonstration d'une France solidaire qui rejette la politique antisociale actuelle

Mise à jour :

Dans l'OBS :

Macron sur TF1 : ces questions que Pernaut a laissées à Bourdin et Plenel

(...)

Critiqué pour sa position "caricaturale" sur la #LoiAsileImmigration, le @Defenseurdroits s’est énervé face aux députés @LaREM_AN...#directAN pic.twitter.com/x5V6gC3ZAb

— LCP (@LCP) 11 avril 2018

Symptôme du malaise : devant la commission des lois qui l'avait invité, le défenseur des droits Jacques Toubon, qui dénonce le texte depuis de longs mois, a rabroué deux élus LREM en leur rappelant que "les droits fondamentaux" n'étaient pas "caricaturaux". Nul doute qu'Edwy Plenel s'emparera du sujet dimanche soir.

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1.- l'article de Christophe Nobili (Par Toutatis c'est la guerre entre la presse et Jupiter ! Canard enchaîné page 4 28 mars 2018) résumant l'enregistrement de l'entrevue très chahutée du 14 février, entre Sibeth Ndiaye et les journalistes accrédités à l'Elysée, pour les informer de leur expulsion de leurs bureaux au sein de l'Elysée et leur relégation à l'extérieur des murs du palais, 4 rue de l'Elysée, mettant ainsi un terme à une situation existant depuis des dizaines d'années : " Jupiter ne veut plus que les journalistes croisent ses conseillers et ses visiteurs ".

L'OBS : "Je ne vois pas ce qui vous donne le droit de virer les journalistes de l'Elysée"

Le Point : Presse présidentielle : quand Emmanuel Macron fait du... Donald Trump

Libération : Au «Château», la fin des privilèges

Europe 1 : L'Elysée décide de déménager la salle de presse hors du Palais

LCP : L'Elysée décide de déménager la salle de presse hors du Palais

L'Express : L'Elysée décide de déménager la salle de presse en dehors du Palais

Les journalistes bannis de l'Elysée - Syndicat national des journalistes

Suite et fin d'Emmanuel Macron, le candidat des médias, par Marie Bénilde (Le Monde diplomatique) ?

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