Suicide d'un Afghan expulsé, le «cynisme» du ministre de l'Intérieur allemand

Mercredi, les autorités afghanes ont confirmé la mort du jeune demandeur d'asile récemment renvoyé par Berlin. Une expulsion dont Horst Seehofer s'était vanté à l'occasion de son anniversaire. Par Florian Bardou, avec AFP — 11 juillet 2018 à 17:16

http://www.liberation.fr/planete/2018/07/11/apres-le-suicide-d-un-afghan-expulse-le-ministre-de-l-interieur-allemand-critique-pour-son-cynisme_1665795

Au sein du gouvernement de coalition allemand, Horst Seehofer, le ministre de l’Intérieur, issu de l’ultraconservatrice CSU, est une épine dans le pied d’Angela Merkel. Attaquée par son ministre bavarois sur sa politique migratoire, la chancelière a d’ailleurs été contrainte de mettre de l’eau dans son vin pour éviter de justesse une crise gouvernementale fatale à la «GroKo». Mais l’encombrant personnage, que ses détracteurs jugent puéril, n’en est pas à une sortie près, au risque d’affaiblir un peu plus l’union gouvernementale.

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Vives critiques et appels à la démission

Tandis qu’il présentait mardi son «migration masterplan», Horst Seehofer s’est en effet vanté selon la presse allemande de l’expulsion récente et «peu habituelle» de 69 demandeurs d’asile afghans, dont 51 depuis la seule Bavière, le 4 juillet, jour de son 69anniversaire. Des propos qui ont pris une autre dimension ce mercredi avec l’annonce et la confirmation, par le ministère afghan des Réfugiés, du suicide à Kaboul d’un jeune réfugié de 23 ans, expulsé par Berlin ce jour-là. Selon le porte-parole du ministère Hafiz Ahmad Miakhail, le jeune homme, dont l’identité n’a pas été révélée, était arrivé en Afghanistan avec ses 68 autres compatriotes. Il a été découvert mardi dans sa chambre d’hôtel, une semaine après son arrivée, a précisé l’Office international des migrations (OIM).

Horst Seehofer feiert seinen 69. Geburtstag mit 69 Abschiebungen nach Afghanistan, unfassbar zynisch #Seehofer pic.twitter.com/ijyw7IsIg0

— Tilman (@tilman_s) 10 juillet 2018

De son côté, le ministère allemand de l’Intérieur a également confirmé les informations fournies par les autorités afghanes. De quoi susciter de vives critiques, voire quelques appels à la démission, parmi les Verts, Die Linke (gauche radicale) et les socio-démocrates de la coalition à l’encontre du ministre de l’Intérieur en raison de son «cynisme». «Il n’a pas seulement échoué moralement, il n’a tout simplement pas compris le principe de l’article premier de notre Constitution», a ainsi réagi le député vert d’origine iranienne Omid Nouripour, cité par le site l’hebdo libéral de gauche Die Zeit.

Expulsions par petits groupes

Après avoir accueilli plus d’un million de réfugiés principalement syriens et afghans en 2015-2016, la nouvelle coalition au pouvoir autour d’Angela Merkel a décidé de serrer la vis sous la pression de son allié de la CSU. L’Allemagne a commencé les expulsions d’Afghans par petits groupes fin 2016, des jeunes pour la plupart, au terme d’un accord entre les autorités européennes et afghanes. Selon le ministère des Réfugiés, «depuis le début de l’année, 148 Afghans» ont été mis de force dans un avion par Berlin et renvoyés à Kaboul, ville réputée dangereuse par l’ONU en raison des attentats. L’un d’eux, arrivé en février 2017, avait été blessé dans un attentat deux semaines après son retour forcé. D’après un sondage publié en juin, près de 90 % des Allemands souhaitent une accélération des expulsions d’étrangers en situation irrégulière, et 62 % des personnes interrogées considèrent que les étrangers sans papiers arrivant aux frontières de l’Allemagne doivent être refoulés.

Florian Bardou avec AFP

 

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