Les parents d’une djihadiste française mis en examen pour avoir envoyé de l’argent

Une enquête préliminaire avait été ouverte en novembre 2016. Le père et la mère de la jeune femme sont accusés de lui avoir versé entre 10 000 et 15 000 euros. LE MONDE | 08.12.2017 à 18h42 • Mis à jour le 09.12.2017 à 06h32 | Par Elise Vincent

http://www.lemonde.fr/police-justice/article/2017/12/08/terrorisme-les-parents-de-margaux-dubreuil-retenue-par-les-forces-kurdes-deferes_5226959_1653578.html

Les parents de Margaux Dubreuil, une djihadiste française retenue avec ses trois enfants depuis fin octobre, en Syrie, par les forces kurdes, ont été mis en examen, vendredi 8 décembre, pour « financement d’une entreprise terroriste », a-t-on appris de source judiciaire. Ils sont accusés d’avoir envoyé, selon nos informations, entre « 10 000 et 15 000 euros » à leur fille de 27 ans, depuis son départ pour la Syrie en 2013. Une démarche qui consistait à leurs yeux, à survenir à ses besoins, mais sanctionnable par la justice.

Ces mises en examen interviennent dans le cadre d’une enquête préliminaire ouverte depuis novembre 2016 par le parquet de Paris ; elle s’est transformée en information judiciaire, vendredi 8 décembre. Confiée désormais à un juge d’instruction, elle a été ouverte pour « association de malfaiteurs terroriste criminelle, soustraction de mineur en relation avec une entreprise terroriste et financement d’une entreprise terroriste ».

Contrôle judiciaire

Agés de 51 et 53 ans, originaires de Vendée et de Loire-Atlantique, les parents de Margaux Dubreuil, divorcés, ont, malgré la gravité apparente des charges, été laissés libres sous contrôle judiciaire. « [Ce contrôle judiciaire] est une décision juste dans le cadre de ce dossier, où des parents sont seulement venus aider leur fille et ses enfants, et absolument pas l’organisation à laquelle elle serait affiliée », ont réagi auprès de l’Agence France-Presse MWilliam Bourdon et Me Vincent Brengarth, les avocats de la mère de la jeune djihadiste.

Le 9 novembre, la jeune femme avait fait parler d’elle en témoignant à visage découvert, sur France 2, alors qu’elle avait été faite prisonnière peu de temps auparavant par les forces kurdes, lors de la reprise de Rakka. Elle avait livré des détails sur sa vie sous l’organisation Etat islamique (EI), raconté son mariage à plusieurs djihadistes français morts et insisté pour être rapatriée en France avec ses enfants âgés de 6 ans, 3 ans et cinq mois.

Lire aussi :   L’épineuse situation des djihadistes français et de leurs enfants prisonniers en Irak et en Syrie

Le cas des parents de Margaux Dubreuil n’est pas le premier du genre. Selon nos informations, une dizaine de parents, frères ou sœurs de djihadistes français sont actuellement mis en examen dans des procédures similaires ou ont été jugés.

« Venir en aide aux enfants »

En septembre, une mère de 43 ans, a été condamnée à deux ans de prison ferme pour avoir financé le départ de son fils et plusieurs de ses déplacements avant qu’il ne rejoigne les rangs de l’EI. Une sanction qu’elle avait considéré comme « une double-peine » alors que le décès de son fils lui a été annoncé, à l’été 2016.

« La prochaine étape est que les autorités réfléchissent à un moyen de venir en aide aux enfants de Margaux [Dubreuil] et de voir quel traitement pourrait leur être réservé. Ils sont actuellement détenus, c’est une situation qui ne peut pas s’éterniser. On doit tout mettre en œuvre pour permettre leur retour », ont pour leur part souligné MM. Bourdon et Brengarth, soucieux par ailleurs d’une issue diplomatique pour la fille de leur cliente.

Le nombre de combattants français et de Françaises capturés et formellement identifiés par les autorités dans la zone irako-syrienne depuis le début de la débâcle de l’EI, se monte à une dizaine d’adultes, auxquels il faut ajouter leurs enfants et des mineurs isolés.

Au moins 700 autres adultes et 500 enfants, seraient par ailleurs potentiellement dans cette zone, prisonniers eux aussi, ou en train de s’éparpiller dans des pays voisins ou de transit.

 

Prolonger :

 

Article 434-1 du code pénal  En savoir plus sur cet article...

Modifié par LOI n°2016-297 du 14 mars 2016 - art. 45 (V)

Le fait, pour quiconque ayant connaissance d'un crime dont il est encore possible de prévenir ou de limiter les effets, ou dont les auteurs sont susceptibles de commettre de nouveaux crimes qui pourraient être empêchés, de ne pas en informer les autorités judiciaires ou administratives est puni de trois ans d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende.

Sont exceptés des dispositions qui précèdent, sauf en ce qui concerne les crimes commis sur les mineurs :

Les parents en ligne directe et leurs conjoints, ainsi que les frères et soeurs et leurs conjoints, de l'auteur ou du complice du crime ;

2° Le conjoint de l'auteur ou du complice du crime, ou la personne qui vit notoirement en situation maritale avec lui.

Sont également exceptées des dispositions du premier alinéa les personnes astreintes au secret dans les conditions prévues par l'article 226-13.

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

L'auteur a choisi de fermer cet article aux commentaires.