L'union sacrée des conservateurs soutient un président qui ne doute pas

Un concert de conservateurs pour louanger un président qui ne pas fait pas grand chose - ou pratiquement rien - pour résoudre la contestation. Ce même cartel tente de faire porter abusivement la responsabilité d'une dérive qui trouve sa source dans l'intransigeance arbitraire du pouvoir arcbouté sur le défense des privilégiés.

Gérard Larcher, Alain Juppé et François Bayrou soutiennent Emmanuel Macron comme la corde le pendu. Sa politique inégalitaire ne favorise que le un millième de la population la plus fortunée, augmentant son revenu annuel de plus de 86000 euros (12 graphiques pour prendre la mesure des inégalités). Pendant que le président faisait ses propositions, son gouvernement faisait voter au sénat un allègement de l'exit tax.

L'allocution mélodramatique d'Emmanuel Macron - qui évoque "Mère courage" de Brecht (!) - ne résout pas les réalités qui font descendre les gens dans la rue. Emmanuel Macron se pince-t-il de théâtre comme Néron de chant ?

L'Union sacrée des conservateurs et des réactionnaires ne peut pas effacer une situation dramatique :

L'intervention d'Emmanuel Macron ne répond pas à ces millions de personnes et sa surdité persistante aux évidences fait glisser le mouvement à une remise en cause de la légitimité du pouvoir. Il persévère dans ses certitudes, refuse de douter, quand sa fuite du Puy en Velay lui a pourtant permis de constater à quel point il cristallise et synthétise le mécontentement.

Déconnectés des réalités, les membres du gouvernement et leurs relais médiatiques - ou agent d'influence - omettent de mette en perspectives le "déficit" de 10 milliards - qu'ils reproche déjà de façon indécentes aux Français - avec les 180 milliards qu'ils oublient lâchement de réclamer tous les ans à la très haute bourgeoisie d'affaires ; ainsi que les 5 milliards de la suppression de l'ISF, les 40 milliards du CICE, les milliards de fraudes à la TVA... Voilà de l'argent pour réduire très significativement et rapidement la dette et le déficit. Il est étonnant que cela échappe à un inspecteur des finances devenu président (et à son ministre du budget).

Augmenter le SMIC pose un problème, mais pas le salaire de plusieurs millions d'euros d'un PdG d'une entreprise française ayant déménagé son siège aux Pays-Bas pour éluder l'impôt en France (comme de nombreuses autres sociétés françaises). Il faudrait analyser l'utilité sociale - même au niveau mondial - des (très) grandes fortunes. Il y a quelque chose de dérisoire à entendre Bruno Le Maire vouloir faire payer des impôts aux GAFA quand son ministère n'est même pas capable de les faire payer aux grosses entreprises françaises.

Le pouvoir semble ne pas comprendre le mouvement des "gilets jaunes".

Ce n'est plus une contestation sociale, mais un mouvement populaire qui a brisé l'isolement, l'individualisation qu'ont favorisé les nouveaux modes de gestion et les NTIC. Les personnes se sont redécouvertes. Elles ont retissé - sur les barrages, lors des manifestations - un lien social, redécouvert une humanité, atomisés par 10 ans (ou plus) de net-économie. C'est l'expression d'un un ras-le-bol émancipé d'un contrôle social numérique. Une dynamique collective et solidaire les anime et les motive à continuer. Elles ne quitteront donc pas l'espace publique comme ça.

Menacer les "gilets jaunes" de la responsabilité des violences commises par les "casseurs" est retourner la responsabilité.

Les violences des "casseurs" sont la conséquence du refus du pouvoir à entendre et répondre aux demandes. C'est donc le pouvoir qui instrumentalise politiquement le risque des violences et manipule ce risque dans le but de disqualifier la contestation, la démobiliser et justifier la répression ; une répression disproportionnée, au mépris du droit et des personnes, tant des citoyens que des forces de police et de gendarmerie. Le pouvoir est donc le seul responsable des dégradations en refusant d'ouvrir des négociations que la situation sociale déplorable notoire du pays impose.

Emmanuel Macron a une conception anachronique de sa fonction qui n'a rien à voir avec notre époque. Il fait reposer sa légitimité politique sur l'illusion de pouvoir continument infantiliser la population. Il décrédibilise, il "démonétise" le discours public et sa fonction (il y a le mot démon dans démonétiser).

Un Etat a d'autant moins besoin d'un chef d'Etat qu'il admet que les puissants s'émancipent de son autorité.

Limiter l'autorité publique à canaliser des foules est inepte. C'est réduire un pays à une caserne, voire une prison. Le mouvement des "gilets jaunes" fait que les gens échafaudent un autre possible. N'y a-t-il pas de la prétention à imaginer que la menace d'une sanction suffira à les convaincre de l'abandonner ?

Enfin, éveiller la stigmatisation de l'altérité au sein des gilets jaunes en terminant son intervention sur l'identité juste après avoir signé le Pacte de Marrakech montre une fois de plus l'incohérence du personnage, la contradiction entre son discours et ses actes, et n'est pas digne de la République.

C'est nourrir l'extrême-droite pour manipuler et disqualifier un mouvement de protestation populaire contre des conditions indécentes d'existence, dans lesquelles les relègue sa politique. Et il désigne par avance les incendiaires, par qui le scandale arrivera : les maires.

Hayek prétendait que capitalisme et démocratie sont incompatibles. La fin d'intervention confirme le camp du président, démontrant qu'il considère l'extrême-droite comme l'idiot utile de la finance. Il y a une perversité à ce jeu, dont l'histoire montre clairement où il mène. Il ne peut pas l'ignorer, ni ses conseillers. C'est mépriser de mauvaise foi les valeurs de la démocratie que d'attiser les braises de la haine et de la discrimination.

La "méthode" d'Emmanuel Macron soulève très clairement la question de la légitimité de l'autorité publique dans un Etat démocratique moderne.

Le président prend le pari d'être un Friedrich Ebert français.

Emmanuel Macron a une fois de plus fait la démonstration qu'il refuse de se remettre en question, exclut le doute. Fort de ses certitudes, il sacrifie la paix sociale et la démocratie pour ménager une classe de privilégiés qui trichent et fuient leurs responsabilités. Cela porte à s'interroger s'il est vraiment fait pour cette fonction et s'il correspond à l'emploi. C'est François Hollande qui l'a embauché. Pour quoi faire ?

 

Mises à jour :

" Le néolibéralisme et le conservatisme ont en commun une défiance vis-à-vis de la démocratie. " (Justine Lacroix)

L'Internationale des "gilets jaunes" 14/12/2018 Par Nadine Epstain

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