Covid-19, confinement, faillites et responsables de la puissance publique

Les entreprises font faillites à cause des mesures de confinement qui sont la conséquence d'une politique d'austérité qui a réduit les capacités de l'hôpital public, malgré les alertes sur les risques de pandémie et les revendications des personnels hospitaliers, depuis des années. Cela soulève la question de la responsabilité de la puissance publique et surtout la faute de ceux qui gouvernent.

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Le risque de pandémie était annoncé depuis une quinzaine d'années.

Les revendications des personnels hospitaliers et la dénonciation d'une politique d'austérité fermant les hôpitaux et réduisant leur capacité d'accueil se sont heurtés à un refus politique de corriger les réductions budgétaires jusqu'à présent ; puisque rien d'efficace n'a été fait depuis la première vague du Covid-19.

Cette abstention à renforcer les moyens de la santé publique est incompréhensible au regard de la réactivité du pouvoir à dégager des milliards d'euros pour soutenir des grandes entreprises.

Il y a une incohérence à entendre l'xécutif - lié au patronat pour des raisons fiscales - prétendre qu'il faut imposer un re-confinement du fait d'un risque de saturation des hôpitaux, d'une part, alors qu'il n'a pas pris les décisions budgétaires qui s'imposaient pour garantir l'efficacité nécessaire de ce service public à assurer la santé publique et la sécurité des personnels, d'autre part.

Les autorités publiques ne peuvent pas invoquer la bonne foi au regard des alertes reçues et sa politique fragilisant la recherche fondamentale ; alors qu'il existe des dizaines de souches dangereuses pouvant provoquer d'autres épidémies.

Plusieurs rapports signalent l'impéritie des décideurs politiques et administratifs.

Les hauts fonctionnaires ont une obligation de conseil du politique. Ils ne peuvent pas couvrir des décisions politiques contraires au bien-être général, qui est le but d'une société démocratique moderne (consacré depuis plus de deux siècles par le droit constitutionnel).

Des plaintes sont en cours d'instruction devant la Cour de justice de la République.

Ces procédures ont une conséquence juridique pour toutes les victimes, y compris pour celles qui subissent des pertes d'exploitation.

D'autant que les compagnies d'assurance refusent de se substituer aux assurés malgré leur obligation de subrogation. Il est d'ailleurs étonnant que la puissance publique n'ait pas imposé aux assureurs d'exécuter leurs obligations.

Après le décès des dizaines de milliers de victimes, la faillite des petites entreprises soumises à des fermetures en conséquence d'une telle politique, ces fautes soulèvent a minima la question de la responsabilité de la puissance publique.

Le contribuable - le contribuable captif - n'a pas à supporter le coût de la condamnation de la puissance publique puisque l'Etat peut se retourner contre les personnes fautives et responsables par la voie de l'action récursoire.

C'est pourquoi il est inacceptable d'entendre l'inversion des responsabilités dans le discours des responsables de la situation actuelle.

Ils responsabilisent la base de la société et culpabilisent l'individu, ils opposent les citoyens selon leur âge, ils stigmatisent l'altérité, ils attisent la haine et s'en saisissent cyniquement pour justifier encore plus de répression pour faire taire la contestation tout en réduisant les libertés publiques.

Ils en oublient leurs obligations, notamment l'obligation positive à garantir l'efficacité des droits humains.

Le droit à la santé est un droit humain, comme la liberté d'expression, le droit à un recours effectif, le respect de la vie et le respect de la dignité, notamment.

Force est de constater que la régression continue des droits qui inspire les réformes est la cause de l'hécatombe prévisible actuelle, qu'elle soit humaine, sociale ou économique.

Les dirigeants ne peuvent pas invoquer l'erreur ou l'ignorance. Ils ont été alertés.

Leur surdité persistante et leur radicalité à imposer des décisions qui défient l'intelligence font que cet exécutif à la dérive est plus inquiétant que la maladie elle-même. Il y a moins de raison dans toute la majorité que dans le virus.

La médecine est une science empirique et chaque individu ne réagit pas pareillement à une maladie. Ce qui s'observe entre les cas asymptomatiques et les cas graves. Il y a donc une malhonnêteté intellectuelle, une faute politique - est-ce un stratagème ? - à invoquer la science pour se défausser.

Encore plus inquiétant, les gouvernants n'évoquent aucun changement profond du modèle - leur paradigme - dont il est notoire qu'il est à l'origine de la crise actuelle et dont il est déjà annoncé que ce modèle risque de produire d'autres épidémies, de plus en plus rapprochées (du fait, notamment, de l'effet conjugué de la déforestation et du changement climatique, qui sont liés).

Le vaccin ne peut donc apparaître au mieux comme une rustine provisoire* sur une route pleine de clous, sur laquelle le chauffeur de bus persiste à emmener 68 millions de passagers.

L'abstention à abandonner le modèle politique de la croissance - celui de l'optimisation immédiate des profits, celui de la mansuétude pour les grands fraudeurs et les grandes fortunes qui ne servent à rien - démontre que l'exécutif et sa majorité regardent par le mauvais bout de la lorgnette, et qu'ils conduisent le pays l'autre oeil dans le rétroviseur.

Comme analysé depuis longtemps, leur nouveau monde est une mauvaise copie de l'ancien. Du kitsch, du toc, du baratin ...à bout de souffle - déjà malade sans la pandémie

La pandémie de la Covid ne fait que confirmer une conception du monde divisé en deux ; comme l'a affirmé le président de la République.

Il y a les "premiers de cordées" et ceux qui ne sont "rien" (les premiers de corvée, c'est-à-dire à peu près tous ceux qui vivent de leur travail et non de la spéculation). C'est-à-dire qu'il y a ceux qui sèment la merde et ceux qui sont dans la merde. Et y restent pour permettre aux semeurs de rester propre.

La Covid-19 confirme cela, une conception et action politiques ringardes - fascistoïdes (lire Johann Chapoutot ou Barbara Stiegler, not.) - du néolibéralisme ; parce que fondées sur le rapport de forces et non le lien social, le principe d'égalité.

C'est la cause de la montée des états de guerre civile dans beaucoup de pays et l'affirmation de la violence institutionnelle dans d'autres ; quand ce ne sont pas les deux à la fois dans les mêmes.

Emmanuel Macron ne fait pas société. Il la dissout. Quant à Marine Le Pen, elle est une incompétence - son programme est nullissime - qui sert de refouloir vers une autre - qui a affirmé que le programme n'est pas important. Voilà ceux qui se sont retrouvés au second tour des élections présidentielles françaises en 2017 avec la bénédiction des médias. Comme Donald Trump s'est fait élire aux USA.

Enfin, ce n'est pas la véhicule qui provoque l'accident, mais le conducteur. On ne jugerait sinon que des carcasses de voitures.

Le prochain qui se présente pour la place est averti. Personne n'est allé le chercher.

 

* Pfizer a-t-il créé le vaccin miracle ?

La nouvelle la plus entendue de la semaine fut sans nul doute celle apportée par le laboratoire américain Pfizer et l’allemand BioNTech, lundi 9 novembre 2020, concernant la découverte d'un “ vaccin contre le covid efficace à 90% ”. Que signifie précisément cette annonce ?

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