Procès d'Alexandre Benalla, sera-t-il aussi celui de la flicosphère ?

L'AFP annonce le procès d'Alexandre Benalla. Des lecteurs s'étonnent de la lenteur de cette procédure par rapport à d'autres. Alexandre Benalla a été habilité au secret défense par la DGSI que dirigeait alors Laurent Nunez. Son activité a mis en cause un nombre important de hauts fonctionnaires du ministère de l'intérieur. La flicosphère a rendu cela possible. Va-t-on en parler ?

https://www.mediapart.fr/journal/france/130421/violences-du-1er-mai-alexandre-benalla-renvoye-devant-le-tribunal

Il y a effectivement une certaine différence qui contraste avec la vélocité qui a caractérisé les poursuites contre Christophe Dettinger, condamné par avance par les syndicats de policier et notamment celui des commissaires :

Monsieur, vous qui avez frappé un collègue à terre, vous êtes identifié. Pour un boxeur, vous ne respectez apparement pas beaucoup de règles. Nous allons vous apprendre celles du code pénal. @EmmanuelMacron @EPhilippePM @CCastaner @NunezLaurent @DGPNEricMorvan @prefpolice pic.twitter.com/zBNcD9kWMs

— Commissaires Police Nationale SCPN (@ScpnCommissaire) 5 janvier 2019

Se rappeler les préjugés discriminatoires dont un autre syndicat s'est fait complaisamment l'écho pour relayer dans la presse que le prévenu était membre de la communauté gitane et qu'il exigeait son incarcération immédiate :

«Il s'agit de Christophe Dettinger, ancien boxeur, membre de la communauté des gens du voyage, précise au Figaro Patrice Ribeiro, secrétaire général du syndicat Synergies-officiers. Cet individu sans gilet jaune fait partie de ces personnes qui viennent là uniquement pour frapper des forces de l'ordre. Ce type de comportement doit être sévèrement sanctionné, c'est-à-dire suivi de la prison avec écrou.»

Il est manifeste que ces syndicats, qui participent à la flicosphère*, ont été autrement plus silencieux et circonspects à propos d'Alexandre Benalla.

Ce contraste dégage une impression de mansuétude envers les puissants et une mise en musique d'un guet-apens judiciaire envers les faibles.

Nonobstant la différence de traitement réservée entre ceux qui ont fourni à Alexandre Benalla les images de vidéosurveillance, d'une part, et celui qui dénonce des actes de tortures au sein même du palais de justice de Paris, d'autre part...

Il ne faut pas non plus mésestimer l'inertie complice d'une presse complaisante qui s'abreuve directement auprès des forces de police pour remplir ses colonnes et attirer le chaland (et se vendre plus cher aux annonceurs). Du journalisme de préfecture, ou hippique quand il s'agit de politique, faire de "la bonne popol" comme ils disent, ou disqualifier des candidats qui menacent le programme électoral.

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* Flicosphère (voir les articles sur le sujet) : phénomène d'influence politique des hauts fonctionnaires de la police. Cette influence est sensible dans les différentes réformes qui ont fait régresser les libertés publiques et les droits sociaux, écarté l'intervention des magistrats du siège et surchargé ceux du parquet au point de rendre leur contrôle inefficace. Les lois sur les états d'urgence et la sécurité globale en sont l'illustration.

Cette influence s'est renforcée par, d'une part, une réforme de la police favorisant l'arbitraire hiérarchique, d'autre part, leur entrisme dans les médias et les services pléthoriques de communication dont ils disposent, nonobstant les réseaux sociaux. 

Lire à ce sujet dans le Canard de mercredi 7 avril 2021 dernier page 4  : " Les commissaires politiques de Darmanin " : Gérald Darmanin vient de débaucher du service 12 commissaires pour faire sa promotion sur les ondes et les plateaux télés jusqu'aux élections ; alors qu'il y a déjà 409 fonctionnaires détachés auprès des différents services de communication du ministère de l'intérieur (gendarmerie, police nationale, ministère de l'intérieur et préfecture de police).

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